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L’opposition Kataëb face à l’accord Gemayel-Pakradouni

Le Liban est le pays des paradoxes, se plaisent à asséner nombre d’observateurs. Sauf que parfois, le paradoxe frôle chez nous l’absurde, voire l’aberration poussée dans les retranchements de l’impudence. Il en est ainsi de l’actuel processus de réconciliation inter-Kataëb. Une initiative certes louable, sur le plan du principe. Mais dans les faits, elle suscite maintes interrogations. Dans le sillage de l’intifada de l’indépendance, du mouvement du 14 mars et de la fin de l’occupation syrienne, il était tout à fait normal – et de nombreux Libanais attendaient désespérément cette heure – que le parti Kataëb s’engage, enfin, sur la voie de la réunification des rangs internes afin que le parti se réconcilie avec son passé, avec la ligne de conduite qui a historiquement été la sienne. Celle de son fondateur … Mais en guise de réconciliation, c’est à un accord bilatéral entre le président Amine Gemayel et le président en exercice du parti, Karim Pakradouni, que nous avons eu droit plutôt, dans ce qui paraît être un « marché » entre deux fractions partisanes. L’opposition Kataëb conduite par Élie Karamé a en effet été totalement exclue du comité ad hoc chargé de gérer la phase de transition visant à préparer l’élection d’un nouveau directoire et donc la mise en place d’une refondation du parti. La grande question à cet égard est de savoir pour quelles raisons le président Gemayel a marginalisé de la sorte l’opposition Kataëb qui regroupe, entre autres, non seulement celui qui a été l’un des principaux bras droits du fondateur du parti et, d’ailleurs, son successeur à la tête des Kataëb (Élie Karamé), mais également les vétérans et premiers compagnons de route de feu Pierre Gemayel, notamment Antoine Moarbès, Chaker Aoun et Antoine Jazzar. Cette marginalisation est d’autant plus troublante – et déplorable – que l’opposition Kataëb en question avait été ces quinze dernières années, contre vents et marées, l’un des porte-étendard de la ligne historique du fondateur du parti, dénonçant sans relâche les efforts du pouvoir prosyrien et de l’appareil sécuritaire syro-libanais visant à dénaturer le rôle des Kataëb. Sur les circonstances de la formation du comité ad hoc formé par MM. Gemayel et Pakradouni, M. Karamé a précisé, dans une interview express à L’Orient-Le Jour, que la fraction qu’il représente – et qui comprend de nombreux anciens responsables et cadres du parti – n’était pas au courant de l’accord conclu. « Il s’agit d’une entente entre deux personnes, souligne M. Karamé, et nous ne sommes pas concernés par cette démarche. Il aurait fallu associer toutes les parties et tous les courants à la réconciliation, sinon on ne peut pas parler de réconciliation globale. Ils vont se baser sur les statuts actuels (pour élire un nouveau directoire). Or nous avons rejeté ces statuts et nous avons engagé une procédure judiciaire pour invalider les élections qui ont eu lieu ces dernières années conformément à ce règlement intérieur. » Au nom de l’opposition Kataëb, Antoine Moarbès avait mis au point le dossier juridique qui a permis de saisir le parquet de la plainte des opposants conduits par Karamé. Récemment, un jugement a été rendu en faveur des plaignants. En débit du succès juridique remporté ainsi par l’opposition Kataëb – qui a déclenché en quelque sorte le processus de redressement au sein du parti –, le courant dirigé par Karamé a été tenu à l’écart du comité de transition. « Pourtant, des émissaires étaient entrés en contact avec nous pour initier une réconciliation globale, mais cette initiative a été court-circuitée par l’accord bilatéral conclu entre le président Gemayel et M. Pakradouni », déplore M. Karamé qui affirme qu’il n’est pas question de renoncer au procès (contre la direction Kataëb). L’ancien chef du parti s’élève, en outre, contre « la désinformation orchestrée par ceux qui prétendent que lors de l’élection du président du parti en 1986, j’étais le candidat d’Amine Gemayel, alors qu’en réalité, les responsables proches de ce dernier ont voté contre moi ». Ce que dénonce principalement M. Karamé, c’est le fait que ceux qui ont défendu la ligne politique du fondateur du parti durant les années de tutelle syrienne ont été mis à l’écart, alors que « ceux qui se sont faits l’instrument du pouvoir inféodé à Damas ont été en quelque sorte réhabilités, voire récompensés ». Ironie du sort : les compagnons de route de Pierre Gemayel, qui se sont solidarisés avec le mouvement du 14 mars, ont été ainsi pratiquement mis à l’écart alors que l’on s’emploie à légitimer à Saïfi l’un des symboles de l’ancienne tutelle syrienne, le député Nader Succar, lequel, de surcroît, ne doit son existence politique qu’à la bienveillance du Hezbollah à Baalbeck… Michel TOUMA

Le Liban est le pays des paradoxes, se plaisent à asséner nombre d’observateurs. Sauf que parfois, le paradoxe frôle chez nous l’absurde, voire l’aberration poussée dans les retranchements de l’impudence. Il en est ainsi de l’actuel processus de réconciliation inter-Kataëb. Une initiative certes louable, sur le plan du principe. Mais dans les faits, elle suscite maintes interrogations.
Dans le sillage de l’intifada de l’indépendance, du mouvement du 14 mars et de la fin de l’occupation syrienne, il était tout à fait normal – et de nombreux Libanais attendaient désespérément cette heure – que le parti Kataëb s’engage, enfin, sur la voie de la réunification des rangs internes afin que le parti se réconcilie avec son passé, avec la ligne de conduite qui a historiquement été la sienne. Celle de son...