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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Croisières en tout genre

L’été tire à sa fin mais c’est fou ce que l’on voyage ces derniers temps. Le droit aux vacances n’y est pour rien, cette fois : c’est par simple et légitime souci de sécurité, par exemple, que diverses personnalités libanaises, redoutant d’être la cible d’attentats programmés, ont séjourné dernièrement – ou séjournent encore – à Paris. C’est des destinations plus chaudes, cependant, que nous propose impérieusement l’actualité. New York, cité interdite. Nul n’arrive à comprendre l’insistance du président de la République à conduire la délégation libanaise à la session annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies, alors que tout, absolument tout, s’y oppose. À l’intérieur, le régime fait figure d’assiégé : éclaboussé par l’arrestation de ses quatre gardes-chiourmes soupçonnés d’avoir fait assassiner Rafic Hariri, il a perdu cette semaine l’indulgence embarrassée que lui accordaient encore l’Église maronite et le général Michel Aoun. Le chef de l’État a essuyé, de même, le refus publiquement exprimé du Premier ministre Siniora de l’accompagner à New York. Et c’est en pestiféré que le président du Liban – il en a été dûment averti – risque fort de se voir traiter à New York. Le siège de l’ONU est terre de l’humanité, certes, et les Américains ont bien été obligés d’y accueillir entre autres leur bête noire, Fidel Castro. On voit mal toutefois quel retentissement mondial, quel spectaculaire retournement d’opinion peut escompter de son discours Émile Lahoud, dans ce Palais de Verre rompu à la langue de bois. On imagine encore plus mal quelle contribution au débat mondial sur la réforme de l’ONU pourrait être celle d’un président dont le départ figure en tête des réformes réclamées à cor et à cri dans son propre pays, tant il symbolise une ère révolue d’atteintes aux libertés et d’aliénation entière à la Syrie. On imagine très bien, par contre, la honte qui serait celle des Libanais, toutes appartenances confondues, si le chef de l’État devait être exclu des innombrables rencontres bilatérales (et même des réceptions officielles !) qu’organise l’Administration américaine en marge des travaux de l’Assemblée. Lahoud indésirable, Siniora bienvenu en revanche et Saad Hariri parfaitement attendu : pour rendre plus clair encore le message, Washington, non sans cruauté, aura été jusqu’à remuer le fer dans la plaie. New York, il faut l’espérer de toutes ses forces, était une croisière mort-née. Le président est aujourd’hui un voyageur sans bagages ; et en annulant au finish ses réservations, il se rendrait à lui-même comme au pays un signalé service. Damas et ses brumes. Le voyage de l’année, c’est celui de l’opiniâtre Detlev Mehlis débarquant lundi prochain dans ce qui était pour lui une cité explicitement interdite : l’ombrageuse Damas dont les maîtres, en effet, voyaient dans cette visite une intolérable atteinte à la souveraineté et la dignité nationales. Assiégé lui aussi par la communauté internationale, le régime baassiste a dû s’incliner sans cesser pour autant de clamer son innocence. Et c’est énorme. Car en acceptant que soient interrogés ceux qui présidaient, sur place, à l’impitoyable asservissement du Liban, le pouvoir syrien ne peut faire autrement que s’exposer, d’emblée, à un risque majeur : celui que va représenter la conviction intime d’un procureur universellement mandaté et respecté, dont nul ne pourra mettre les conclusions en doute ; d’un investigateur à l’opiniâtreté légendaire, résolu à percer tous les brouillards, à démonter tous les rouages, libanais et autres, de l’effroyable mécanisme qui a broyé Hariri. Jusqu’où remontera l’enquête, le proche avenir le dira ; mais on peut d’ores et déjà affirmer que d’une façon ou d’une autre le style de pouvoir, sinon le pouvoir, est condamné à changer en Syrie. Terminus à l’ombre. Ce petit guide des voyages serait incomplet sans une évocation du voyage au bout de l’ignominie que viennent d’entreprendre les personnages soupçonnés d’avoir planifié l’attentat du 14 février. Que la certitude de l’impunité ait favorisé tous les crimes et excès passés, on le savait déjà. Ce que l’on découvre aujourd’hui, c’est que cette même certitude, confortée au fil des ans, ne pouvait qu’engendrer une incroyable stupidité politique : trop, c’était trop, et en tuant Hariri, les comploteurs auront finalement creusé leur propre tombe. Les fortunes, elles, on ne s’était même pas donné la peine de les enterrer. À l’exemple d’un establishment politique longtemps soumis et largement corrompu, l’opulence s’affichait volontiers ; les somptueuses villas et les voitures de grand luxe étaient faites pour être admirées, les comptes en banque gonflaient tranquillement jusqu’au sauve-qui-peut des tout derniers jours. Sous la vigilante ombrelle, aveuglement et arrogance allaient sinistrement du même pied.

L’été tire à sa fin mais c’est fou ce que l’on voyage ces derniers temps. Le droit aux vacances n’y est pour rien, cette fois : c’est par simple et légitime souci de sécurité, par exemple, que diverses personnalités
libanaises, redoutant d’être la cible d’attentats programmés, ont séjourné dernièrement – ou séjournent encore – à Paris. C’est des destinations plus chaudes, cependant, que nous propose impérieusement l’actualité.
New York, cité interdite. Nul n’arrive à comprendre l’insistance du président de la République à conduire la délégation libanaise à la session annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies, alors que tout, absolument tout, s’y oppose. À l’intérieur, le régime fait figure d’assiégé : éclaboussé par l’arrestation de ses quatre...