Miné par des conflits internes et associé aux échecs de l’Autorité palestinienne, le Fateh, mouvement historique de la lutte palestinienne, est pour la première fois confronté au risque de perdre le pouvoir, au profit des radicaux du Hamas.
Fondé par Yasser Arafat en 1965 comme un mouvement de libération nationale, le Fateh exerce le pouvoir depuis 1994 en tant que force dominante au sein des institutions de l’Autorité palestinienne, mais peine toujours à se transformer en véritable parti politique.
Tenu par beaucoup de Palestiniens comme largement responsable de la corruption et l’insécurité qui sévissent dans les territoires palestiniens, le Fateh craint d’en payer le prix lors des législatives de janvier lorsqu’il aura à affronter le très influent mouvement islamiste Hamas.
« Depuis sa création, le Fateh n’a connu que des phases de domination et d’ascension, mais il se trouve aujourd’hui aux portes d’une nouvelle époque. S’il ne la gère pas comme il faut, il risque de perdre la direction de l’Autorité palestinienne et de l’OLP », estime Abdelmajid Soueilem, professeur de sciences politiques à l’université palestinienne al-Quds (Jérusalem). « Le Fateh se trouve à un tournant. Les prochaines élections législatives constituent un nouveau défi qu’il doit relever, sous peine de perdre le pouvoir », ajoute-t-il. « Le Fateh doit réaliser qu’il affronte un nouveau rival puissant qui s’appelle Hamas », renchérit M. Soueilem.
Jamal Chehadeh, membre du Conseil révolutionnaire, une instance dirigeante du Fateh, reconnaît lui-même que le mouvement traverse une passe difficile. « Nous sommes conscients des difficultés qui nous attendent, notamment les élections législatives. Nous devons bien nous préparer en tenant compte des erreurs du passé », confie-t-il. Selon lui, la direction du Fateh « travaille sérieusement pour remettre de l’ordre dans ses rangs et se donner les moyens de poursuivre son rôle en remportant les prochaines élections législatives ».
Latents depuis plusieurs années, les conflits entre vieille et jeune garde du Fateh ont éclaté au grand jour après la mort en novembre 2004 de Yasser Arafat, qui exerçait un contrôle sans partage sur le mouvement. Le fait que son successeur à la tête du Fateh, Farouk Kaddoumi, basé à Tunis, ne soit pas toujours sur la même longueur d’onde que le nouveau président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui veut inculquer ses méthodes pragmatiques et modérées aux caciques du mouvement, rend la situation encore plus compliquée.
Si les récents succès électoraux du Hamas aux municipales en Cisjordanie et dans la bande de Gaza tracassent les chefs du Fateh, ceux-ci peinent toujours à élaborer une stratégie claire pour éviter une déroute lors des législatives. « L’absence de progrès dans le processus de paix, les échecs de l’Autorité palestinienne et notre incapacité à nous réorganiser ont porté un coup au Fateh et à sa réputation », admet Azzam al-Ahmad, ancien ministre et membre lui aussi du Conseil révolutionnaire du mouvement.
Il estime toutefois que le mouvement pourra, dans sa quête de se maintenir au pouvoir, compter une nouvelle fois sur... Yasser Arafat. « La ténacité du président Abou Ammar (Arafat), son confinement dans son QG pendant trois ans par Israël et son martyre dans des circonstances mystérieuses ont donné à l’opinion publique la conviction qu’il a été tué parce qu’il symbolise la lutte palestinienne », dit-il. « Or, il est aussi le symbole du Fateh et cela peut nous aider », ajoute-t-il.
Nasser ABOU BAKR (AFP)
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