Applaudi à l’étranger pour avoir mis fin à la colonisation dans la bande de Gaza, le Premier ministre israélien Ariel Sharon est ouvertement menacé au sein de son propre parti, le Likoud.
« Le Likoud n’a jamais été aussi proche d’une scission. La ligne de fracture est profonde et idéologique », a déclaré hier à la radio militaire le ministre sans portefeuille Tzahi Hanegbi, président de son comité central. M. Hanegbi a récemment rejeté une demande de convoquer le comité central pour arrêter une date pour l’élection d’un nouveau chef du Likoud, M. Sharon n’étant plus mandaté, selon ses opposants, pour diriger le parti qu’il a fondé après le retrait de Gaza considéré comme une trahison de l’idéologie nationaliste. « Au sein du parti, on réclame la réunion du comité central pour régler des comptes avec le Premier ministre. Personne n’utilisera le comité central à des fins de vengeance politique », s’est insurgé M. Hanegbi. Ce dernier est favorable à des primaires au sein du Likoud à l’automne. Les prochaines élections législatives sont prévues pour novembre 2006. C’est le chef du parti qui remportera le plus grand nombre de sièges au Parlement qui formera le prochain gouvernement.
Pour le politologue israélien Akiva Eldar, qui relève l’abîme entre les positions défendues par M. Sharon et celles de son rival au sein du parti, l’ancien ministre des Finances, Benjamin Netanyahu, « l’implosion du Likoud est déjà une évidence ». « Il a été injurié cette semaine au Parlement par un député de son propre parti comme jamais il ne l’a été par l’opposition », souligne M. Eldar. Il faisait allusion à la sortie du député Uzi Landau, chef de file des durs du Likoud, qui ont tout fait pour torpiller le désengagement et qui a traité publiquement M. Sharon de « menteur, tricheur et corrompu ».
Un sondage du Haaretz publié hier donnait en outre le Premier ministre largement perdant face à Benjamin Netanyahu parmi les quelque 150 000 membres du Likoud. M. Netanyahu est crédité du soutien de 46,9 % des membres du grand parti de la droite alors que M. Sharon n’obtient que 30,5 %.
Pire encore pour le Premier ministre, un éventuel duel avec Uzi Landau pour la tête du parti donnerait ce député de base gagnant avec 45 % des suffrages contre 37 % seulement pour M. Sharon. M. Landau a récemment annoncé sa candidature pour succéder à M. Sharon à la tête du parti.
M. Sharon, une des figures historiques du Likoud, a construit sa carrière en se présentant pendant pratiquement trois décennies comme le champion de la colonisation avant de décider d’abandonner Gaza. Il est passé outre, pour ce faire, au non catégorique du Likoud à son plan soumis à référendum au sein du parti en mai 2004, ce qui lui a valu d’être traité de « dictateur ».
« Sharon joue aujourd’hui sa dernière partie politique », estime Akiva Eldar. « Il a besoin de temps, et le temps c’est justement ce qui lui manque le plus », souligne-t-il.
« Les applaudissements à son plan de désengagement historique qui fusent de toutes parts dans le monde seront de courte durée », prévoit-il en faisant référence notamment au fait que M. Sharon a été invité à prendre la parole en septembre devant l’Assemblée générale de l’ONU, une instance où il a fait figure d’accusé durant des années. « Sharon doit maintenant démanteler les points de peuplement sauvages en Cisjordanie comme il s’y est engagé auprès des États-Unis s’il veut conserver leur soutien », affirme M. Eldar. « Et, pour que le désengagement soit un succès, il faut que la trêve qui prévaut actuellement avec les Palestiniens se poursuive, que la réinstallation des colons évacués soit réussie et que s’estompent, dans les esprits, les images des colons arrachés à leur maison », conclut le politologue.
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