Devant une pierre tombale en carton, des colons d’Atsmona, en cours d’évacuation hier, se sont rassemblés pour une parodie macabre de cérémonie en forme de menace de mort voilée visant Ariel Sharon « qui les arrache à leurs maisons ».
Dans le cadre de cette « cérémonie », ces colons ont disposé une fausse pierre tombale. Elle est entourée de cinq autres fausses pierres tombales qui portent les noms des plus grands ennemis du peuple juif dans l’histoire, d’Aman, vizir d’Assuérus, un roi de Perse qui fomentait d’anéantir les juifs du royaume (5e s. av. J.-C.), en passant par l’empereur romain Titus qui détruisit le second Temple de Jérusalem en 70, Adolf Hitler et Yasser Arafat.
À l’origine de ce « cimetière des malfaisants », la famille Arouch, qui est l’une des premières à recevoir la visite des officiers venus lui demander de se tenir prête à évacuer la colonie. Joseph, Ruth et leurs sept enfants s’étaient préparés depuis plusieurs jours à cette visite en fabriquant les pierres tombales en carton et en les disposant devant leur maison vouée à la destruction.
Yedidia, une des jeunes filles de la famille, se refuse à dire explicitement à qui est destinée la « tombe vide ». Mais, ajoute-t-elle en visant implicitement le Premier ministre Ariel Sharon, initiateur du retrait de la bande de Gaza, « tout le monde comprend ».
Le chiffre de six tombes n’a pas été choisi par hasard puisqu’il fait référence aux six millions de juifs massacrés par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
Tsadok Rab, un colon recourant aussi au thème très sensible de la Shoah, a déjà annoncé qu’il rendrait aux soldats qui viendront l’évacuer sa médaille, offerte par l’État d’Israël pour rendre hommage à son combat contre les nazis. Le vieillard de 82 ans, en chaise roulante, a rendu visite aux Arouch peu avant le début de l’évacuation. Étoile jaune épinglée au costume, cet ancien partisan en Tchécoslovaquie, survivant du camp de concentration de Bergen Belsen, n’hésite pas à comparer le sort des colons de la bande de Gaza à celui des victimes juives d’Hitler. « Je ne veux offenser personne, mais c’est ce que je ressens au fond de moi », dit-il, au bord des larmes, et en brandissant sa médaille face aux caméras de télévision et des photographes.
À l’écart de ces manifestations outrancières, la plupart des familles ont fait leurs derniers paquets. Les habitants, dans leur grande majorité, ont en effet décidé de partir en dépit de la difficulté. Selon Eli Ovits, un porte-parole de l’armée israélienne, « il y a un accord tacite avec les leaders de la communauté pour que tout se passe dans le calme et que l’on évite les évacuations par la force ». Avant de partir définitivement, la plupart des colons sont allés une dernière fois prier à la synagogue.
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