Par Fouad Khoury-Hélou
Le Liban fait face aujourd’hui à un problème majeur : une part considérable de sa population est au chômage. Pour combattre cela, il faut modifier les lois du travail, ainsi que le mode de cotisation à la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS), qui entrave le recrutement des salariés par les entreprises.
Aujourd’hui, le chômage déclaré et non déclaré, et surtout le chômage des jeunes, atteint un seuil élevé au Liban. Aussi, les jeunes Libanais finissent souvent par émigrer en quête de travail. Cette situation, en partie due à la crise économique, est aggravée par le fait que chaque entreprise doit cotiser à la CNSS, pour chaque salarié, un pourcentage additionnel du salaire qu’elle verse à celui-ci. Laquelle CNSS est censée à son tour offrir une sécurité à cet employé (indemnité de fin de service, couverture médicale, allocations).
Or, souvent, cette cotisation revient trop chère pour les entreprises, surtout pour les faibles salaires. Plus précisément, les « faibles salaires » (ouvriers, serveurs, livreurs, etc.) correspondent à des employés nettement moins productifs que les employés aux salaires élevés (lesquels ont souvent fait des études et possèdent des compétences spécifiques). Ces « faibles salaires » sont donc moins « rentables », et ne font pas gagner à leur employeur beaucoup plus que ce qu’ils coûtent. Les entreprises sont donc souvent réticentes à supporter en plus une cotisation CNSS. Conséquence, elles n’embauchent plus, et la population se retrouve sans travail et concurrencée par la main-d’œuvre étrangère.
Il faut changer cela. Le Liban tente aujourd’hui de mettre en place des réformes pour soutenir la croissance économique. Nous devons faire en sorte que cette croissance soit « riche en emplois », en encourageant les entreprises à embaucher des salariés libanais. Il faut réduire fortement les cotisations payées par les entreprises à la CNSS pour tous les faibles salaires (par exemple, en dessous de 750 000 LL ou 500 $). Il faut également assouplir les lois du travail et réformer le régime de la CNSS, pour faciliter le changement d’emploi et rendre le temps de travail plus flexible. L’effet combiné de ces mesures encouragera les entreprises à recruter des employés libanais légalement et en leur donnant tous leurs droits.
Cela dit, si les entreprises paient moins de cotisations à la CNSS, cela pourrait diminuer les prestations de la CNSS aux salariés, ce qui serait socialement injuste. Pour empêcher cela, l’État libanais doit lui-même payer à la CNSS le différentiel des cotisations, uniquement pour les salariés libanais, et ce à condition de mettre en place un système informatisé pour vérifier l’identité et la nationalité libanaise du salarié.
L’État peut trouver les fonds nécessaires pour cela, en licenciant ses nombreux fonctionnaires improductifs et en leur conseillant (justement) d’aller trouver du travail dans le privé. Ou alors en mettant en place des impôts qui ne pénalisent pas directement l’emploi : impôts sur les bénéfices, taxes sur la consommation, sur les transactions immobilières, etc. Ce qu’on appelle la « fiscalisation des cotisations sociales ». C’est un moyen rapide et efficace d’encourager le recrutement des salariés dans le secteur privé, de combattre le chômage et, donc, de renforcer la stabilité du pays.
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