Lundi noir
Lundi noir pour la démocratie, la paix et les droits de l’homme. Autant la libération d’un prisonnier politique (Samir Geagea) ne peut être accueillie qu’avec soulagement, autant la libération de fauteurs de troubles doit être rejetée par tous, sans exception. Ainsi, au Liban, il est permis de se révolter contre l’armée (en tuant au passage plusieurs officiers), et de manifester violemment contre le gouvernement pour pouvoir continuer à cultiver et vendre de la drogue, mais aussi menacer la paix civile et les intérêts occidentaux. Je ne suis pas étonné de voir autant d’attentats, autant d’enquêtes qui ne mènent à rien. De toute façon, les criminels (si on parvient à les démasquer) seront libérés sous divers prétextes, ou bien iront tout simplement se réfugier dans un des nombreux camps palestiniens du pays.
Avec un système judiciaire et un système basé sur le confessionnalisme, je ne vois pas comment le Liban sera un jour un pays vraiment calme. Et tant pis pour le million et demi de touristes qu’on espérait accueillir cette année.
Jean MOUKARZEL
Que reste-t-il du 14 mars ?
Est-il normal que la loi d’amnistie pour Geagea ne voie le jour qu’en englobant les crimes contre l’armée libanaise et l’État libanais ? En tout cas, c’est le peuple qui a décidé à travers ses représentants.
Adieu la justice ! Vive la justice !
Quatre mois après, le gigantesque, le fabuleux, l’extraordinaire, l’euphorique 14 mars est tellement loin que plus personne ne s’en rappelle ou ne veut s’en rappeler.
Que reste-t-il de cet esprit qui a emporté les foules dans un ouragan de liberté, soudées dans une même aspiration ? Que reste-t-il de notre rêve le plus fou qui, contre toute espérance, s’est réalisé ?
Malheureusement, les Libanais sont passés maîtres dans l’art de l’autodestruction. Et ils ont sacrifié sur l’autel des traditions, des querelles tribales et des anciennes chefferies tout ce que les jeunes de ce pays ont voulu exprimer en ce jour béni.
Il faut dire que cette révolution dite blanche vire ces temps-ci au rouge et à mon avis, si ça continue, c’est le peuple qui verra rouge.
Carole MOUZANNAR NAWAR
Prisonnier de la terreur
Tant que la 1559 n’est pas appliquée, le Liban demeurera prisonnier de la terreur et des assassinats. Il est grand temps d’opérer un grand nettoyage, comme il l’a si justement dit Nicolas Sarkozy en parlant des banlieues en France. Tant qu’il y aura des îlots qui échappent à l’autorité de l’État, le Liban restera la cible des terroristes.
Les hommes politiques doivent comprendre que la 1559 est la seule garantie pour arrêter la spirale des attentats.
Un rapport de sécurité de l’État révèle que l’attentat contre Élias Murr, ancien ministre de l’Intérieur et actuel ministre de la Défense, a été planifié dans le camp palestinien de Aïn el-Héloué.
Nous avons besoin d’un État fort, capable de nous protéger et de défendre nos intérêts.
Il faut arrêter de se cacher derrière son petit doigt, prendre son courage à deux mains et réclamer haut et fort l’application de la résolution 1559. M. Joumblatt et ses alliés doivent arrêter de pratiquer la langue de bois ou plutôt le double langage au sujet de cette résolution.
Il faut commencer par réorganiser la vie dans les camps palestiniens et les vider des terroristes.
Il faut engager un vrai dialogue avec le Hezbollah pour le convaincre de déposer les armes.
La 1559 est la seule voie capable de nous assurer une paix réelle.
Michel EL-SABBAGH
Le souvenir de la guerre
J’essaye de comprendre le comportement de cette jeunesse libanaise qui, à l’occasion d’événements exceptionnels (élections, retour au pays, amnistie, etc.), se défoule dans la rue en convois bruyants, feux d’artifice et pétards.
Pourquoi tant de bruits ? Et pourquoi ce recours à des explosions qui rappellent un peu trop le bruit de la guerre ?
Ce qui me frappe, c’est la jeunesse de ces personnes, qui n’ont pas en général connu cette guerre.
Moi qui suis né après 39-40, j’ai pourtant gardé le souvenir de mes parents qui m’interdisaient tous les jeux se rapprochant de près ou de loin de la violence.
Alors, à qui la faute aujourd’hui au Liban, aux parents qui laissent faire ? Ou à une jeunesse à laquelle il manque quelque chose ?
Peut-être que le fait de ne pas avoir voulu leur parler de cette guerre, de ne pas avoir voulu faire son autocritique, de l’exclure des manuels scolaires est pour quelque chose dans ce défoulement ?
Quoi qu’il en soit, il est paradoxal de voir une population qui, d’une part, vit traumatisée par des attentats et, d’autre part, doit supporter les pétards et feux d’artifice.
Yves KERLIDOU
Les blocages de la Constitution
Je serais intéressé de connaître les solutions que l’on peut apporter aux blocages du système actuel. Je cite entre autres :
1- La capacité de M. Nabih Berry à bloquer le fonctionnement du Parlement. Exemple : lorsqu’il a empêché le Parlement de voter la libération de Geagea avant les élections, et ce en ne conviant tout simplement pas les députés à une session extraordinaire, alors qu’une majorité supposée d’entre eux étaient favorables à cette loi.
2- La capacité du président de la République à bloquer la formation d’un gouvernement. Exemple: ce qui s’est passé dernièrement avec Lahoud et Siniora (attention, je ne dis pas que l’un ou l’autre a raison, je constate simplement le blocage du système).
3- La capacité du chef de l’État à bloquer l’action du gouvernement. Exemple : la période Hariri-Lahoud.
4- Le gouvernement qui se cramponne à son pouvoir alors que la rue gronde. Exemple : le 14 mars.
Après tout, ce que l’on demande à un système, à une Constitution, c’est d’abord de fonctionner, et s’il y a une chose à retenir des récents évènements, 14 mars y compris, c’est bien que la Constitution libanaise ne fonctionne pas. Le pays est sans gouvernance depuis bientôt un an, et encore si on considère que les périodes Hariri-Lahoud représentaient un fonctionnement normal.
D’autre part, ce serait faire montre de beaucoup d’idéalisme que de croire possible pour toutes les parties libanaises d’être d’accord sur une politique. C’est pourquoi je ne crois pas aux gouvernements d’union nationale en temps normal (cette période représentant un cas exceptionnel). La représentativité des parties du peuple, c’est à l’Assemblée nationale qu’elle doit se faire, pas au gouvernement. En effet, exiger une représentativité au sein du gouvernement, c’est encore voir le Liban comme une mosaïque de religions, alors que c’est de ce schéma qu’il faut sortir, pour passer à une mosaïque d’idées.
Camille EL-HAGE
Halte aux attentats !
Qu’attendent nos responsables pour réagir fermement à cette série noire qui traumatise un peuple déjà marqué par des années d’une guerre insensée ?
Ces malfaiteurs, voulant déstabiliser la situation à travers leurs crimes odieux, ne comprennent pas qu’ils ne font que renforcer la volonté du peuple à demeurer uni dans sa détermination à protéger le Liban, en l’empêchant de basculer de nouveau dans l’incertitude.
Rien ne peut affaiblir la volonté d’un peuple désireux de vivre librement et dignement au nom d’une démocratie basée sur des droits légitimes et sacrés.
Hilda DADOURIAN
Après les 30 années de misère
L’élaboration de l’accord de Taëf semble avoir obéi à des considérations propres à l’époque. L’équipe en charge de la rédaction du texte avait vu ce qu’elle voulait voir, après une guerre civile importée et imposée aux Libanais. Il s’agissait de donner satisfaction à l’ensemble des parties chrétiennes et musulmanes, mais aussi de favoriser certains et de rogner les ailes à d’autres. C’est ainsi que l’on a limité les prérogatives du président de la République et élargi celles du chef du Législatif et du Premier ministre.
L’essentiel est que les députés libanais se soient mis d’accord face au fait accompli, sous la pression d’une Syrie jouissant de la couverture saoudienne. Or, un tel texte aurait dû être rédigé par des législateurs libanais et soumis à l’approbation du peuple par voie de référendum. Le mandat français avait pris fin le 22 novembre 1943. Il faut croire, hélas, que l’indépendance fut obtenue prématurément, car les Libanais n’étaient pas assez matures. C’est ainsi que nos politiciens avaient offert à la Syrie, sur un plateau d’argent, une fois de plus, en 1975, leur pays. Aussi avons-nous vécu trente années de misère. Et ce n’est pas fini, ainsi qu’en témoigne depuis quelques jours la situation à la frontière libano-syrienne.
Aujourd’hui, la Syrie veut se comporter en nouveau Saladin (1171- 1193) – encore un Tekriti… –, l’homme qui avait envahi les pays du Croissant fertile (la grande Syrie) ainsi que l’Égypte, le Hedjaz et la Mésopotamie avant de reprendre Jérusalem aux croisés, en 1187, et de signer avec eux une paix de compromis en 1192. Le Moyen-Âge appartient au passé, chers amis. Le monde a changé, le développement atteint le moindre recoin de notre planète Terre ; la Lune et Mars sont à portée de main, mais nos amis syriens croient encore au Croissant fertile.
Salah EL-ACHKAR
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