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Actualités - CHRONOLOGIE

Naissance, enfin, du gouvernement Siniora après de longues tractations

C’est au terme de dix-huit jours de tractations, d’un total général de six entretiens à Baabda (et de neuf heures de débat durant la seule journée d’hier) que le premier cabinet de l’ère postsyrienne a finalement vu le jour, hier soir, au palais présidentiel. Un accouchement difficile, qui coïncide d’une manière hasardeuse avec le 63e anniversaire du Premier ministre, Fouad Siniora. À l’issue d’une ultime rencontre de concertations avec M. Siniora, en présence du président de la Chambre, Nabih Berry, le président de la République, Émile Lahoud, a finalement contresigné le décret n° 14952, donnant naissance à un gouvernement de vingt-quatre ministres représentant les principales forces politiques du pays, à l’exception du Courant patriotique libre (CPL-aouniste). L’équipe ministérielle compte dans ses rangs 10 ministres députés, le reste étant extraparlementaire. Onze des vingt-quatre membres du cabinet ont déjà été ministres, dont sept dans le gouvernement Mikati. Treize personnalités obtiennent un portefeuille ministériel pour la première fois. Sur le plan politique, le président Lahoud obtient trois ministres (Sarraf, Rizk et Murr), dont les ministères de la Justice et de l’Environnement, qui étaient initialement du lot du CPL. Mais ce n’est pas suffisant pour lui assurer la minorité de blocage (avec Amal et le Hezbollah). Il lui faudra compter, en fonction des conjonctures, sur les prises de position de Tarek Mitri pour pouvoir faire opposition à la majorité du Bristol. Il convient de noter l’entrée du Rassemblement de Kornet Chehwane au cabinet, ainsi que le retour des Forces libanaises, représentées par un ministre pour la deuxième fois de leur histoire, et de la « ligne gemayeliste » du parti Kataëb. C’est également la première fois que le Hezbollah participe directement, par le biais d’un de ses députés, Mohammed Fneich, à un gouvernement, tout comme c’est la première fois que le mouvement Amal n’est pas représenté par des personnalités extraparlementaires et extrapartisanes. Enfin, sur un plan plus particulier, Nayla Moawad est la troisième femme à accéder à un poste ministériel dans l’histoire du pays. C’est le secrétaire général du Conseil des ministres, Souhail Bouji, qui a rendu publique la formation du nouveau cabinet, avant de laisser la parole à M. Siniora. « J’ai grand espoir que cette équipe œuvrera d’une manière homogène et solidaire pour être à la hauteur des défis auxquels le Liban est confronté », a-t-il déclaré. Il a cependant refusé de répondre aux questions concernant la 1559 et le désarmement du Hezbollah avant l’élaboration de la déclaration ministérielle. M. Siniora a précisé que la commission ministérielle pour la rédaction de ce document sera formée aujourd’hui, et que la première séance du Conseil des ministres aura lieu après la photo-souvenir de l’équipe gouvernementale. Le Premier ministre s’est par ailleurs félicité de l’entrée du Hezbollah au gouvernement. « C’est une excellente chose que le Hezbollah soit dans le cabinet », a indiqué M. Siniora, soulignant que ce parti possède « une forte base populaire et devait être représenté ». « J’ai veillé à ce que M. Fneich fasse partie de ce gouvernement, et je suis fier de sa présence, qui plus est à ce portefeuille. C’est bien que le Hezbollah soit représenté, et c’est d’ailleurs tout à fait naturel qu’il le soit parce qu’il fait partie intégrante de la nation », a-t-il précisé. Il a ajouté que son cabinet « déploierait tous ses efforts pour avoir les meilleures relations, sincères, amicales et sans failles avec la Syrie ». « Nous sommes deux pays frères et voisins, qui avons des intérêts communs, une histoire et un avenir communs. Nos relations sont fondées sur le respect mutuel, et rien ne peut séparer les deux peuples libanais et syrien, parce qu’ils désirent être aux côtés l’un de l’autre en fin de compte. Quoi qu’il advienne, nul ne peut modifier la donne géographique », a-t-il dit. Il a rappelé qu’il s’était engagé, une fois que le cabinet obtiendra la confiance, à se rendre en Syrie « pour éliminer les causes de ce refroidissement dans les relations bilatérales » et mettre fin au problème à la frontière. Il a enfin défendu la médiation menée par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. M. Siniora a ensuite rappelé avoir tenté en vain d’inclure le courant du général Michel Aoun dans son équipe. « Toutefois, si les choses n’ont pas marché, je suis prêt à coopérer avec toutes les parties, y compris celles qui ne figurent pas au gouvernement », a-t-il dit. « Je suis démocrate, je crois dans les libertés. (…) Je vais œuvrer d’arrache-pied pour que tout le monde puisse exprimer son point de vue. Je défendrai la position de Michel Aoun comme s’il s’agissait de la mienne », a ajouté le Premier ministre. « Le général Aoun a le droit d’exprimer son point de vue sur toutes les questions. Nous protégerons ce droit. Je pense qu’il n’y a pas de pouvoir sain sans opposition. L’opposition est nécessaire et rectifie le cours des choses. J’accueillerai positivement les critiques qui seront formulées à l’encontre du cabinet, parce que ce sera pour son bien », a-t-il ajouté. Une première rencontre entre Fouad Siniora et Émile Lahoud s’était déroulée dans la matinée, mais n’avait pas débouché sur la formation du cabinet. M. Siniora avait précisé qu’il restait deux problèmes à résoudre, et qui ont nécessité une deuxième rencontre entre les deux hommes, en soirée. Des problèmes de représentation, relatifs au ministère de la Justice. Émile Lahoud exigeait l’octroi du portefeuille à Sélim Jreissati, et c’est finalement Charles Rizk qui l’a obtenu. En outre, le ministrable Atef Majdalani a été remplacé, à l’Environnement, par Yaacoub Sarraf, tandis que Jihad Azaour, un instant contesté aux Finances, a finalement conservé son portefeuille. En somme, le cabinet a été, une fois de plus, l’œuvre d’un compromis entre le chef de l’État et la majorité parlementaire.

C’est au terme de dix-huit jours de tractations, d’un total général de six entretiens à Baabda (et de neuf heures de débat durant la seule journée d’hier) que le premier cabinet de l’ère postsyrienne a finalement vu le jour, hier soir, au palais présidentiel. Un accouchement difficile, qui coïncide d’une manière hasardeuse avec le 63e anniversaire du Premier ministre, Fouad...