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Actualités - Opinion

Menace larvée d’une confrontation au sein du pouvoir

Selon un ancien responsable, le Liban politique vit actuellement une expérience inédite. Une tentative étonnante, et détonante, de mariage entre une autorité ancienne qui s’accroche, et une autorité nouvelle qui tente de l’évincer. Le clivage de fond persiste. Et, une fois le Conseil des ministres mis en place, des heurts pourraient se produire. Risque d’autant plus grave, ajoute cette personnalité, que le pays traverse une phase délicate de mutation, entourée de dangers multiples. Il s’en trouve fragilisé. Au point que les parties lésées qui cherchent à lui nuire peuvent s’en donner à cœur joie, sans difficulté pour tenter de l’empêcher de se libérer vraiment. Pendant trente ans, le Liban a subi la tutelle syrienne, politique et sécuritaire. Les élections se déroulaient à l’ombre de lois que les décideurs façonnaient à leur guise. Les gouvernements étaient formés sur leur initiative, camouflée ou non. Ils tenaient la situation par le biais de services sécuritaires pour ainsi dire mixtes, libanais et syriens, qui veillaient sur tout de très près, contrôlaient aussi bien les actes privés que publics. Les forces syriennes se sont retirées. Précipitamment. Et le Liban n’a pas eu le temps de se préparer à prendre en main ses propres affaires, sans parrain pour lui donner des directives. Il n’a pas réhabilité, restructuré, réorganisé ses services, sécuritaires ou administratifs, en fonction d’une indépendance retrouvée. De plus, les Syriens ont laissé des cellules de renseignements clandestines, pour assumer un rôle déterminé. Dès lors, selon la même personnalité, il était erroné de mettre sur la touche les cadres des services avant de leur trouver des remplaçants capables, dûment titularisés. Les tiraillements sur les nominations ont en effet débouché sur un palliatif préjudiciable pour le fonctionnement, à savoir la désignation d’intérimaires sans autorité solide. Leurs ordres ne sont entendus que d’une oreille distraite, car leurs subordonnés savent qu’à tout moment ils peuvent être dégommés. D’où un laxisme croissant à tous les niveaux, le pays se retrouvant en quelque sorte sans bouclier sécuritaire pour parer les coups de comploteurs dont les visées peuvent être économiques autant que politiques ou sécuritaires. Précédent Le Liban a connu une telle situation, mais pour une courte période, au début des années soixante-dix. On avait alors évincé les cadres du Deuxième bureau, dont on avait laminé à l’époque le trop puissant pouvoir occulte. Mais, pour compenser le déficit sécuritaire que cela entraînait, il y avait un nouveau président de la République, Sleimane Frangié, et un gouvernement fort, dit des jeunes, dirigé par Saëb Salam. Aujourd’hui, poursuit cette personnalité, il n’y a ni têtes efficaces dans les services ni nouveau président de la République ou de la Chambre. Certes le Parlement, bien qu’il ne compte que 61 figures nouvelles sur 128, peut être considéré comme nouveau. Car la majorité y est détenue par l’ancienne opposition. Mais elle s’est trouvée incapable de former rapidement un gouvernement à sa guise. Car les fidèles alliés de la Syrie ont réussi à lui mettre des bâtons dans les roues, pour bloquer la formation d’un gouvernement cohérent, condition nécessaire pour le redressement politique, économique et sécuritaire. Toujours selon l’ancien responsable, la Syrie a tout fait pour empêcher la mise en place d’un cabinet dont la plupart des éléments lui seraient hostiles et exerceraient des rétorsions sur ses fidèles. Toujours est-il qu’avec le concours d’appels pressants de dignitaires religieux divers, l’on a finalement opté pour une formule dite d’union nationale. Avec aussitôt des exigences exorbitantes de barrage. L’on a ainsi prétendu qu’aucun des portefeuilles dits de souveraineté ne devait être dévolu à un parlementaire de la majorité connu pour être distant de la Syrie. Car il risquerait de se livrer à une vindicte contre les prosyriens, à travers notamment des nominations, des mutations, administratives ou sécuritaires. L’on a de même exigé, et obtenu, que les Affaires étrangères, domaine sensible, soient confiées à un chiite agréé par Amal et le Hezbollah, qui restent proches de la Syrie. De même, la Justice a été attribuée au Courant patriotique libre et non à un membre de la majorité. Tandis que la Défense est prévue, encore une fois, pour un proche du régime. Avec en vue la constitution d’un tiers de blocage au sein du Conseil des ministres, face au pouvoir de la majorité. Contourner tous ces obstacles, conclut l’ancien responsable, ne suffit pas. Car le pouvoir naissant risque, à cause de l’amalgame entre deux camps opposés, d’imploser à tout moment. Émile KHOURY

Selon un ancien responsable, le Liban politique vit actuellement une expérience inédite. Une tentative étonnante, et détonante, de mariage entre une autorité ancienne qui s’accroche, et une autorité nouvelle qui tente de l’évincer. Le clivage de fond persiste. Et, une fois le Conseil des ministres mis en place, des heurts pourraient se produire. Risque d’autant plus grave, ajoute cette personnalité, que le pays traverse une phase délicate de mutation, entourée de dangers multiples. Il s’en trouve fragilisé. Au point que les parties lésées qui cherchent à lui nuire peuvent s’en donner à cœur joie, sans difficulté pour tenter de l’empêcher de se libérer vraiment. Pendant trente ans, le Liban a subi la tutelle syrienne, politique et sécuritaire. Les élections se déroulaient à l’ombre de lois que les...