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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Les fonds du problème

Avant même d’avoir formé son gouvernement Fouad Siniora, fidèle second de Rafic Hariri, réussit déjà à s’imposer comme l’homme des premières. Il appartient, pour commencer, au bloc le plus numériquement important dans les annales de l’Assemblée. Et c’est une quasi-unanimité parlementaire, elle aussi sans précédent, qui l’a désigné pour présider le tout premier gouvernement de l’ère postsyrienne. Mais surtout, Siniora est l’homme par qui arrive une inattendue, une inespérée concorde. Les dernières semaines auront rudement éprouvé les nerfs des Libanais, à peine remis du terrible choc encaissé le 14 février. Les citoyens n’ont jamais bien compris par quel maléfice la belle unité du 14 mars n’est plus qu’une pièce de musée entreposée aux archives nationales. Ils ont assisté, sidérés, à l’éclatement de l’opposition, à la valse effrénée des étiquettes, aux alliances contre nature, puis aux échanges d’invectives et d’accusations qui ont jalonné les dernières élections législatives, tout cela sur fond de meurtriers attentats à la bombe. Comme sous l’effet d’un coup de baguette magique, ce fut alors ce dernier jeudi de juin où l’on vit notre improbable république baigner soudain dans un véritable état de grâce. Ce n’est plus des piques mais des civilités que l’on a échangées, avec force sourires, lors des consultations qu’engageait le président Émile Lahoud. Au palais de Baabda – l’objet même d’un litige vieux de quinze ans –, on a même vu fraterniser, devant les caméras, deux généraux de crise, le « rebelle » et celui qui, avec le soutien décisif de l’armée syrienne, le délogea de son réduit. En ces temps de doute et d’incertitude, le Liban avait bien besoin d’un peu de sérénité. Et il va en avoir davantage besoin pour offrir au monde l’image d’un petit pays débarrassé enfin de toute tutelle et capable de se gouverner lui-même : un Liban vivant et viable, s’avançant résolument vers le progrès malgré toutes les menées de la subversion. Lui aussi natif de Saïda, camarade de jeunesse et enfin plus proche collaborateur du mythique Hariri, Fouad Siniora n’est sans doute pas un personnage particulièrement charismatique ; mais jamais charisme et panache ne pourront avoir raison de l’implacable cruauté des chiffres. Siniora est sans doute, pour l’homme de la rue, un bien peu populaire Monsieur Impôts dont le nom est intimement associé au surendettement du pays. C’est perdre de vue cependant que les plans de ce grand technicien des finances, qui matérialisait en quelque sorte la vision haririenne brute, se sont heurtés à une obstruction systématique qui paraît définitivement levée aujourd’hui. Son dernier projet de budget, victime des tiraillements politiques, le montrait déjà : le Premier ministre désigné dispose d’un programme de réformes répondant parfaitement aux exigences répétées des puissances désireuses de venir en aide à notre pays. Il n’en sera peut-être que plus impopulaire, mais tant pis : pour douloureuses que puissent s’avérer certaines des mesures qu’elles impliquent – notamment le dégraissage d’une administration scandaleusement pléthorique – ces réformes sont devenues en effet un véritable visa pour la survie ; et Siniora est bien la personne adéquate pour les mener à bien, en dépit des défis politiques que devra affronter son équipe et à leur tête la mise en application de la résolution 1559 de l’Onu. Mais quid des autres réformes, non moins nécessaires et que réclame avec insistance le peuple cette fois ? Nul n’ignore à quel point les irrégularités et abus, trafics et commissions ont alourdi la facture de la reconstruction. Car non contents de se disputer les miettes de pouvoir et d’influence que leur laissait le tuteur syrien, les responsables de l’époque se sont notoirement partagé de juteux territoires, pour le plus grand bonheur de leurs proches et protégés ; des fonds de secours étatiques ont même été livrés en concession, en gérance libre ; des fortunes nouvelles ont été étalées avec cette insolente ostentation qu’autorise la certitude de l’impunité. La concorde retrouvée commande-t-elle donc que l’on jette, d’un commun accord, un pudique voile sur le passé ? Et la transparence tant promise ne vaut-elle finalement que pour d’hypothétiques lendemains ? Le Liban se promet de vivre propre et c’est déjà cela, bien sûr ! On peut regretter cependant qu’il le fait moins par souci d’hygiène et parce que les voleurs ont été chassés du temple, mais par simple obligation : parce que l’œil des donateurs étrangers est désormais là, dans l’obscure caverne d’Ali Baba.
Avant même d’avoir formé son gouvernement Fouad Siniora, fidèle second de Rafic Hariri, réussit déjà à s’imposer comme l’homme des premières. Il appartient, pour commencer, au bloc le plus numériquement important dans les annales de l’Assemblée. Et c’est une quasi-unanimité parlementaire, elle aussi sans précédent, qui l’a désigné pour présider le tout premier gouvernement de l’ère postsyrienne. Mais surtout, Siniora est l’homme par qui arrive une inattendue, une inespérée concorde.
Les dernières semaines auront rudement éprouvé les nerfs des Libanais, à peine remis du terrible choc encaissé le 14 février. Les citoyens n’ont jamais bien compris par quel maléfice la belle unité du 14 mars n’est plus qu’une pièce de musée entreposée aux archives nationales. Ils ont assisté, sidérés,...