Fidèle à sa philosophie positive de la vie, la maison Cartier n’aurait pu trouver au Liban meilleur partenaire que Tony Salamé, capitaine à l’optimisme infaillible du (très) beau, du (très) bon et du (très) festif. Mercredi dernier, dans la douceur d’une soirée de juin, une fête se donnait en plein air, rue al-Moutran, dans le centre-ville de Beyrouth en proie à la morosité. On y célébrait, à moins d’un an de son ouverture, le succès de la boutique du joaillier français à Beyrouth, l’une des premières décorées aux nouvelles normes de la maison. Patrick Normand, représentant de Cartier pour le Moyen-Orient, parle de ce local comme d’un porte-bonheur : « Depuis cette première ouverture, Cartier continue à se développer dans la région, ce qui est très excitant. Nous venons d’ouvrir une très jolie boutique à Qatar et nous venons de signer pour une deuxième boutique de 250m2 à Ryad, toujours dans le concept inauguré à Beyrouth. »
L’art de la fête étant l’une des valeurs de la maison Cartier, Normand racontait l’inoubliable inauguration des deux boutiques rénovées de Dubaï : sur la terrasse située entre Bourjuman et l’Emirate Towers, l’espace a été détourné pour créer un univers magique sur le thème de l’écrin rouge et or. Les créations du joaillier s’échappaient de l’immense boîte pour le plus grand bonheur des invités.
Une Panthère, trois esthétiques
Rue al-Moutran, on célébrait surtout l’arrivée des nouvelles créations de Cartier. Plus agressif que les années précédentes, en 2005, le joaillier cherche d’abord à étonner, à surprendre pour séduire. Autour de la ligne Panthère, un classique de la maison depuis les années 30, trois esthétiques ont été déclinées.
La première, figurative, est inspirée de la tête de la panthère. Ici, les bijoux sont de véritables sculptures aux lignes puissantes, d’inspiration cubiste. La bague est démesurée, follement audacieuse. Le doigt passe à travers la gueule du félin complice. Dans le collier pompon, la tête de la Panthère est suspendue à une longue chaîne en or jaune et se termine par une multitude de chaînettes qui dansent au moindre mouvement. C’est presque un trophée de chasse, dans la plus pure esthétique Art déco, à nouer autour du cou de sa belle comme l’eût fait Tarzan.
La deuxième déclinaison est inspirée du pelage de la panthère. C’est une série de gammes sur le thème or jaune/ laque noire. Le travail de la laque est très géométrique. Des incrustations en forme de losanges forment des taches précieuses sur le galbe lisse et rond des bagues au fini parfait. Une simple émeraude à l’eau claire évoque l’œil du fauve.
La troisième ligne joue sur le thème de la griffe. Sur le bijou, des égratignures stylisées. Partout où la panthère a posé la patte, un saignement de laque ou de diamants s’écoule en traces lumineuses.
La ligne Himalia
Il s’agit d’un thème à la fois simple et précieux, exploité sous des angles différents. Il articule des ronds barrés de rectangles avec des alternances d’or jaune et d’or blanc, de diamants jaunes et de diamants blancs. Parfait premier bijou de jeune fille, le bijou Himalia sait se faire sensuel, notamment dans un double pendentif qui orne simultanément le dos nu et le décolleté.
Création horlogère : la Pacha
Démesurée, la première Pacha était la montre la plus ample de sa génération avec un diamètre de 38mm. Lors de sa création, elle n’avait séduit que les plus audacieux. Actuellement, non seulement elle fait partie des classiques, mais elle a influencé la tendance aux grands cadrans, même pour les femmes. La nouvelle Pacha est une pièce d’une grande pureté, plus affinée, plus plate et doucement arrondie sur les côtés. Disponible en or blanc, jaune et rose, elle est dotée d’un mouvement automatique de manufacture créé par Jaeger-Lecoultre.
La Tankissime
La Tank, montre à boulons stylisés, créée en 1917 sur le modèle des chars américains, est un incontournable pour les grands collectionneurs de l’horlogerie. Sa nouvelle version en or rose ajoute de la sophistication à son allure sportive et de la chaleur dans son côté macho. Dans sa version féminine, elle adoucit un accessoire à la virilité marquée.
De nombreux défis ont guidé les dernières créations de Cartier. Il s’agissait, pour une maison vieille de 158 ans, de rester fidèle à l’esprit d’origine sans se répéter, de se maintenir à la pointe de la modernité tout en restant classique, de cultiver la simplicité sans glisser dans la banalité. Remettre dans la mouvance l’or jaune longtemps détrôné par l’or blanc, pousser l’or rose au rang des tendances des prochaines années, autant d’options audacieuses dont Cartier est également le chef de file. Le résultat est conforme à la personnalité de cette maison qui s’est épanouie entre les deux guerres mondiales : extravagant, joyeux, ludique et toujours épuré. À admirer chez Cartier, au centre-ville, rue al-Moutran.
NEWS
Marithé et François Girbaud exposent
leur savoir-faire à Florence
Jusqu’au 10 juillet prochain, le Pitti Immagine de Florence présente une monographie inédite des créateurs français Marithé et François Girbaud intitulée « Altro Jean ». L’exposition développe leur leitmotiv « Il faut laver le jean de ses idées » et retrace le parcours des deux designers, des années 60 à nos jours, dans une mise en scène qui souligne la manière dont ils ont réussi à transformer ce vêtement utilitaire en vêtement de mode.
Entre le lancement du jean délavé ou l’invention du Blue Eternal — denim indigo qui ne se délave pas —, le jean n’a de cesse de se métamorphoser entre leurs mains.
Interprétant le jean comme une attitude et non comme un simple vêtement, les deux stylistes se portent inlassablement sur la coupe et la construction même du pantalon.
De cette exposition se dégage aussi l’identité très affirmée de Girbaud à travers la présentation de campagnes publicitaires singulières et parfois provocatrices, au langage unique, signées par de grands photographes comme Oliviero Toscani ou le très récent visuel de l’Ultima Cena par Brigitte Niedermair.
C’est le designer Kristian Gavoille, déjà fidèle aux créateurs, qui signe l’imposante scénographie des quelque 2 000m2 de la Gare Léopolda de Florence au sein de laquelle modèles singuliers, prototypes, dessins techniques et originaux, documents graphiques, audiovisuels et photographiques seront exposés.
Souvent rares et exclusifs, ils pourront être observés dans un parcours scindé en zones thématiques : Prologue américain, Stonewashed, Denim Research, Jean Alternative, Amérasie, Jeanéalogie, De Métamorphojean au jean M+FG, Be Blue Eternal, Washed Words et Lazer Syndrone.
Une véritable première pour ces savants fous du jean.
BIJOUX
Baccarat et Bernardaud, sensuels sans chichis
À l’heure où Paris fait appel aux plus grands créateurs pour composer de somptueux colliers de pâtes, les grandes maisons françaises de cristal et de porcelaine sont parfaitement dans la mouvance du bijou qui secoue les conventions. Les matières qui animent leurs créations, malléables et riches en contrastes, offrent à l’imagination un support privilégié.
L’eau pure du cristal de Baccarat forme autour du cou, aux lobes des oreilles, entre les doigts, un ruissellement sensuel et rafraîchissant. Déclinée en thèmes floraux et minéraux, cette ligne de bijoux est l’un des plus grands succès de la cristallerie française. Fragile, elle n’en est que plus émouvante. À la beauté de sa matière qui fait intervenir les quatre éléments (l’eau, la terre, l’air et le feu) s’ajoutent des détails en or fin qui font du bijou Baccarat un accessoire à l’aise dans toutes les situations. Guirlandes délicates d’étoiles ou de fleurs, galets et cœurs évoquent des sensations chaudes et liquides, mais contrastent avec la froideur et la dureté de l’objet. Des bijoux à chérir comme des talismans.
Chez Bernardaud, porcelainier de haute tradition, le bijou a fait une entrée récente balayant du même coup le cliché conventionnel dont souffrait la marque. Très seventies, le bijou Bernardaud joue sur le thème du disque solaire, pastilles de porcelaine finement peintes à la main, déclinées en séries d’inspiration diverse. En pendentifs, en bagues, en bracelets, les designers de la maison ont tablé sur la modernité graphique en noir et blanc de l’esprit jungle, sur le romantisme floral, l’exubérance orientale et les couleurs ludiques des sulfures de Murano. Le résultat fait le bonheur des femmes qui cultivent la simplicité avec recherche. Zen, mais à cheval sur les codes de la séduction.
FIFI ABOU DIB
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