Nos amis les Perses ont la négociation diplomatique dans l’âme. Rien que dans le cadre du dossier du nucléaire, ils ont réussi à jouer aux équilibristes adroits sur le fil qui les sépare du Conseil de sécurité de l’Onu. Ils jurent par tous les ayatollahs que leurs ambitions d’enrichissement de l’uranium se limitent au secteur civil et n’ont aucune visée guerrière. Mais allez faire gober ce vœu de chasteté militaire aux États-Unis. Déjà qu’ils placent l’Iran dans l’axe du mal, il n’est pas question de laisser aux héritiers de Khomeiny la latitude de tripoter des produits radiants, de peur de les voir un jour ou l’autre métamorphosés en têtes d’ogive et bricolés sur des missiles à courte, moyenne ou longue portée. « Déférez-moi cette affaire devant le Conseil de sécurité », tonnent les États-Unis. « Donnons la chance à la diplomatie», rétorque l’Union européenne.
Et voilà que depuis plusieurs mois, différents rounds de négociations ont eu lieu entre les deux parties, européenne et iranienne. Nombre de propositions ont été avancées à la République islamique afin de la décourager de toute reprise des activités d’enrichissement, suspendues actuellement de manière temporaire.
Sentant imminent le risque de se retrouver devant le Conseil de sécurité, Téhéran se soumet aux exigences internationales. Mais à chaque fois que l’atmosphère diplomatique se détend, doublée de félicitations pour l’attitude conciliante, et alors que l’affaire semble définitivement résolue, l’Iran hausse le ton et rouvre le dossier, grâce à une brèche, souvent technique. Et les négociations de reprendre sur de nouvelles bases.
Cette technique de négociation à l’iranienne en deux temps, d’abord accord de principe sur le plan général, mais ensuite désaccord sur le détail, s’avère fructueuse. En effet, on connaît le seuil des concessions que devrait effectuer la République islamique : elle doit abandonner ses ambitions en matière d’enrichissement, ni plus ni moins. Par contre, les limites des compensations européennes et américaines ne sont pas aussi bien définies. Téhéran essaie à chaque fois de soutirer des « dédommagements » encore plus importants à l’Europe et aux États-Unis, en matière de coopération technique et scientifique, notamment et surtout en matière… nucléaire.
Et ce manège ne fait que durer. Reste à savoir jusqu’où l’Occident peut aller dans ses offres, alors que Téhéran essaye de soutirer le maximum, sachant pertinemment que, pour les Européens, l’option de la reprise de l’enrichissement est exclue. Aujourd’hui, l’Iran presse ses interlocuteurs de faire une nouvelle proposition. Satisfaisante, il se soumettrait… pour probablement polémiquer par la suite sur un autre détail.
Les négociations sur le nucléaire se fondent sur l’équation suivante : Téhéran ne peut se payer le luxe d’aller devant le Conseil de sécurité, et l’Europe ne peut se permettre un échec diplomatique qui compromettrait une assise politique qu’elle essaie péniblement de conforter dans la région. Au contraire, si ces pourparlers aboutissent, l’Union européenne pourra alors réclamer un rôle plus conséquent dans le processus de paix au Moyen-Orient. Sinon, elle peinera à s’imposer comme interlocuteur crédible face à des États-Unis omniprésents.
Téhéran et Bruxelles ont tous les deux intérêt à conclure un accord. Mais le résultat n’est pas pour autant garanti. En témoignent, les multiples fois où l’on croyait le point de non-retour atteint, tellement la tension était forte. « Que nenni, semblent toutefois dire les Iraniens, nous sommes toujours prêts à négocier. »
Bruno BARMAKI
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