Au Art Lounge (une « lounge-galerie » installée dans une ancienne usine désaffectée, corniche du Fleuve, face Groupe Plus), la multitude d’autoportraits d’Ara Azad forment une foule de visages.
À la fois différentes et à la fois pareilles, ces faces de l’artiste sont autant d’expressions d’un talent ultrasensible et tourmenté. Car Ara Azad est de ces natures passionnées, aux coups de pinceau fiévreux et à l’inspiration sortant des tripes.
Pas de nombrilisme cependant – en dépit des apparences ! – chez ce peintre, plutôt humaniste et à la conception de l’art comme lieu sacré d’échanges, d’empathie et d’interaction.
Volubile, aussi prolixe en paroles qu’il est minimaliste dans son dessin, Ara Azad, visage oblong, nez proéminent, regard acéré et barbe de deux jours, affirme avoir trouvé dans l’art sa raison d’être. En fait, il s’y est retrouvé. Après des études d’architecture qui, dit-il, « ne m’ont pas apporté l’épanouissement que je recherchais », ce féru de musées se retrouve, un peu par hasard, à l’école du Musée des beaux-arts de Boston. Là, dès les premiers cours, il réalise que «l’art était ce que j’avais toujours fait dans ma vie sans m’en rendre compte », dit-il, un brin emphatique. Diplômé de cette institution prestigieuse, il poursuivra sa formation à la non moins renommée Tufts University à Boston, avant de se lancer dans le cycle des expositions à travers le monde. New York, Berlin, la biennale de Florence en 2003, le palais de Tokyo (musée d’art contemporain) à Paris, Prague, Beyrouth (au musée Sursock notamment)… Ses travaux, toujours axés sur l’humain, acquièrent au fil des accrochages et des expériences une densité élaguée de tout excès.
Du chromatisme audacieux des débuts, de la fougue d’un pinceau exacerbé par l’expérience de la guerre et celle des « visions de tragédies inoubliables », Ara Azad est passé progressivement vers un épurement du trait et des couleurs, posées en touches éclatantes sur fond blanc.
Variations d’une même
figure
Peintures expressionnistes par excellence, ses toiles, à l’huile, à l’acrylique ou encore au fusain, mettent en scène un visage émacié. Pas tout à fait le sien, pas tout à fait un autre, comme ayant pris une dimension universelle, ce visage, au nez phallique, au regard charbonneux et aux cheveux ébouriffés en ailes d’oiseau, semble refléter toute une palette de sentiments et de situations inhérentes à la vie.
À l’instar de ces portraits de groupe d’une même figure, changeante suivant les étapes de la vie (jeunesse, âge mûr et vieillesse) ou se métamorphosant, au cours d’une même journée, en fonction de l’interlocuteur qu’elle a en face d’elle (inconnu, famille, collègues, amoureux, etc.).
Variations autour d’un même thème, les solos, duos (Adam et Ève représentés par un autoportrait et une femme-pomme), ou assemblées d’une même face, délivrent une certaine violence contenue, une tristesse, sous-jacente, qui se dégage surtout des regards. Intenses, ces « oiseaux noirs aux ailes repliées » donnent toutes leurs expressions aux visages. D’une grande puissance d’évocation, ils portent en eux tout le frémissement des inquiétudes, douleurs, lassitudes et plus rarement espoirs des « clones » d’Ara Azad. Ses frères en humanité et en peinture.
Jusqu’au vendredi 3 juin, tous les soirs à partir de 19h.
Zéna ZALZAL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Au Art Lounge (une « lounge-galerie » installée dans une ancienne usine désaffectée, corniche du Fleuve, face Groupe Plus), la multitude d’autoportraits d’Ara Azad forment une foule de visages.
À la fois différentes et à la fois pareilles, ces faces de l’artiste sont autant d’expressions d’un talent ultrasensible et tourmenté. Car Ara Azad est de ces natures passionnées, aux coups de pinceau fiévreux et à l’inspiration sortant des tripes.
Pas de nombrilisme cependant – en dépit des apparences ! – chez ce peintre, plutôt humaniste et à la conception de l’art comme lieu sacré d’échanges, d’empathie et d’interaction.
Volubile, aussi prolixe en paroles qu’il est minimaliste dans son dessin, Ara Azad, visage oblong, nez proéminent, regard acéré et barbe de deux jours, affirme avoir trouvé...