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Actualités - Reportage

À Alma el-Chaab, une situation qui persiste depuis 1948

Jamil Zoorob est le moukhtar de Alma-el-Chaab. Les épreuves par lesquelles le Liban-Sud est passé « depuis 1948 », ainsi que son âge lui ont donné beaucoup de recul sur les événements. C’est avec détachement et un humour teinté de cynisme qu’il évoque la situation. Jamil Zoorob a été élu moukhtar de Alma el-Chaab en 1964. « Au fil des ans, le conseil municipal a vieilli, tous ses membres sont morts et j’en suis devenu le président. Après les premières élections, après la libération, je suis redevenu moukhtar », raconte-t-il. On devine l’amertume de Jamil Zoorob au détour d’une phrase, d’un regard ou d’un soupir. «Tout va bien dans la bande frontalière, et ce depuis longtemps. Cette maison en est témoin», dit-il. La maison qu’habite le moukhtar était en construction en 1948, quand elle avait abrité une quarantaine de réfugiés palestiniens. «Ils venaient d’être chassés de chez eux et tout le monde les avait accueillis», raconte-t-il. «Une vingtaine d’années plus tard, il fallait vivre avec les couvre-feux; nous étions interdits de sortir de chez nous à partir du coucher jusqu’au lever du soleil», soupire-t-il, un sourire au coin des lèvres, se souvenant de l’armée libanaise qui était présente mais qui ne pouvait pas agir contre les feddayin… «Ensuite il y a eu les Israéliens et leurs 22 ans d’occupation. Durant les années quatre-vingt, ils avaient grignoté des terrains du village, là en face de nous, s’appropriant des centaines de mètres en profondeur dans le territoire libanais, plantant des barbelés, affirmant qu’ils sécurisaient leur frontière», se souvient Jamil Zoorob. Il ajoute: «Des délégations de Alma el-Chaab s’étaient rendues à Beyrouth pour porter plainte auprès des autorités. En vain. Ce sont les Israéliens qui avaient décidé, quelques mois plus tard, de reconnaître la frontière du village et d’ôter les barbelés.» «Puis il y a eu la libération. Au début, tout le monde s’est intéressé au Liban-Sud, les journalistes, les politiciens, les diplomates… pour quelques mois seulement», enchaîne le moukhtar. Faisant un bilan de la situation actuelle, il indique : «Les routes sont mauvaises, le système de santé précaire, les gens manquent d’argent… mais maintenant on peut circuler librement, aller à Tyr ou à Beyrouth quand bon nous semble.» Quel souvenir garde-t-il de la libération du Liban-Sud ? « Les gens se sont rassemblés chez moi, puis nous avons été à l’église. J’ai rassuré tout le monde en leur disant qu’il ne faut plus avoir peur… que ceux pour lesquels on avait peur avaient fui derrière la frontière». dit-il. Le moukhtar s’arrête de parler, se rend compte qu’il ne veut pas laisser libre cours à ses pensées. On saura quelques histoires à ce sujet. Que l’un des habitants de la localité, âgé d’une soixantaine d’années, était rentré au pays, après sa fuite en Israël, pour servir une peine de prison à Roumieh. Une fois remis en liberté, il a décidé de quitter pour les États-Unis chez l’un de ses fils. On saura aussi qu’un jeune homme du village, qui avait effectué son service militaire à Beyrouth et qui voulait rejoindre les rangs de l’armée, n’a pas été accepté à l’école militaire. «On lui a tout simplement expliqué que son père était un agent d’Israël, peut-être qu’ils ont raison, ils savent mieux que nous…», indique le moukhtar. Jamil Zoorob ne se sent pas concerné par les législatives, encore moins par les manifestations qui ont eu lieu au centre-ville. « Que ce soit dans les cazas de Tyr ou de Bint-Jbeil, la communauté chrétienne n’a pas de siège au Parlement, et les jeunes gens du village qui s’étaient rendus à Beyrouth pour les rassemblements ne m’ont même pas demandé mon avis. Si je l’avais su, je les aurais empêchés », dit-il. Le moukhtar de Alma el-Chaab préfère garder profil bas pour préserver sa dignité. Ce doit être pour lui le seul moyen de pouvoir vivre en paix dans son propre village. Il n’est pas le seul habitant de la bande frontalière à avoir choisi cette option.

Jamil Zoorob est le moukhtar de Alma-el-Chaab. Les épreuves par lesquelles le Liban-Sud est passé « depuis 1948 », ainsi que son âge lui ont donné beaucoup de recul sur les événements. C’est avec détachement et un humour teinté de cynisme qu’il évoque la situation.
Jamil Zoorob a été élu moukhtar de Alma el-Chaab en 1964. « Au fil des ans, le conseil municipal a vieilli, tous ses membres sont morts et j’en suis devenu le président. Après les premières élections, après la libération, je suis redevenu moukhtar », raconte-t-il.
On devine l’amertume de Jamil Zoorob au détour d’une phrase, d’un regard ou d’un soupir. «Tout va bien dans la bande frontalière, et ce depuis longtemps. Cette maison en est témoin», dit-il. La maison qu’habite le moukhtar était en construction en 1948, quand elle...