Le secteur de l’assurance a vécu durant plusieurs décennies dans un contexte de fort développement de son activité, ainsi que de résultats globalement positifs. La moindre croissance à venir du marché, conjuguée à la dégradation brutale des marchés financiers et de la sinistralité en dommages, conduisent aujourd’hui ce secteur à envisager une forme de révolution industrielle. Le point sur les rouages de ce marché mondial.
Après deux années noires pour le secteur, les assureurs pensent à repartir de l’avant. C’est la conclusion d’une enquête de Solving International sur 40 leaders mondiaux. Selon le cabinet de conseil en stratégie et management, le monde de l’assurance devrait connaître de nouvelles opérations de croissance externe à la faveur de la remontée des marchés financiers.
Selon le rapport, l’activité des assureurs reste certes concentrée dans les pays riches et économiquement développés, l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest et l’Asie du Sud-Est représentant 95% de l’assurance mondiale entre 1995 et 2001. Mais le secteur est lui-même caractérisé par une faible concentration à l’échelon international. Les dix premiers groupes mondiaux ne représentent que 19,3% de l’activité du secteur. Hormis le champion incontesté AIG, dont la capitalisation boursière atteint 135 milliards d’euros, ses cinq challengers évoluent entre 25 et 35 milliards d’euros de capitalisation boursière seulement.
Dans ce marché très fragmenté, il est difficile de dégager un profil type de groupe mondial, tant en termes de poids de l’international que de répartition des activités entre la vie et l’assurance dommages. Parmi les dix plus grosses compagnies du secteur, cinq sont mondiales (Allianz, AXA, Zurich, ING, AIG), et deux opèrent sur un seul continent (Generali, Aviva). Premiers pays de l’assurance, le Japon et les États-Unis alignent trois leaders purement nationaux: Nissay, Dai-Ichi Mutual Life et State Farm. Autant de géants tirant leurs revenus d’un cocktail d’activités différentes. Dai-Ichi Mutual Life est numéro deux mondial de l’assurance-vie, et State Farm occupe le deuxième rang de l’activité dommages à l’échelle de la planète.
Dans cette situation, quelle stratégie les assureurs adopteront-ils pour se développer? Selon Solving International la performance d’AIG repose sur une combinaison de facteurs difficilement reproductibles du fait même de l’histoire du groupe, né il y a quatre-vingts ans à Shanghai.
En revanche, le cabinet de conseil observe que les multispécialistes présents sur un terrain stratégique délimité affichent de meilleures performances que les généralistes. Par ailleurs, l’assurance dommages des particuliers et l’assurance-vie figurent parmi les lignes de produits les plus rentables.
Les années de crise que le secteur a traversées ces derniers temps ont conduit à un affinage du positionnement stratégique et de la performance opérationnelle de nombreux assureurs qui devraient se répartir dans quatre profils types (leader mondial, bancassureur, multispécialiste et acteur local).
Dans ce contexte de crise financière et de marché unique, quelle stratégie ont adopté les sociétés d’assurances? Les entreprises internationales ayant déjà des filiales dans nombre de pays européens accentuent leur croissance externe pour s’ancrer davantage et appréhender la réalité du marché unique de façon plus directe et réactive. Elles amélioreront ainsi leur expertise. Par ailleurs, les sociétés spécialisées par modes de distribution ou types de produit cherchent à se spécialiser encore plus sous l’effet de la concurrence pour profiter au maximum de leur avantage comparatif. Enfin, les sociétés qui se situent à mi-chemin entre les deux catégories précédentes optent pour l’une ou l’autre de ces configurations au risque de ne pas pouvoir supporter un accroissement de concurrence.
Trois mots-clés semblent devoir marquer les évolutions de positionnement sur la chaîne de valeur au cours des prochaines années: désintégration, industrialisation, coopération.
La menace des bancassureurs
On savait les banques très présentes sur le marché de l’assurance-vie. D’après l’enquête annuelle du cabinet Solving International sur l’assurance en France, elles sont aussi très actives en assurance dommages. Pour les compagnies, cette concurrence devrait même s’amplifier dans les prochaines années. Or, affectés par la morosité des marchés financiers, l’émergence de risques industriels devenus difficiles à assurer et la crise de la réassurance, les assureurs traditionnels n’ont «pas suffisamment pris conscience de la menace des bancassureurs en dommages», estime Solving.
Le cabinet rappelle que les banques se sont taillé une place de choix sur le marché de l’assurance, et notamment les banques mutualistes comme le Crédit mutuel, le Crédit agricole et les Banques populaires. Tout en poursuivant leur développement en assurance-vie, où leur modèle reste très compétitif, elles investissent l’assurance dommages.
Dans ce domaine, leur activité connaît une croissance régulière, passant de 490 millions d’euros en 1995 à 1,9 milliard en 2001. Les banques détiennent désormais 5,1% du marché de l’assurance automobile et 8,7% du marché de la multirisque habitation. De surcroît, cette activité est rentable. Leur ratio combiné, qui rapporte les sinistres et les charges d’exploitation au montant des primes, est inférieur de 15 points en moyenne à celui des assureurs traditionnels. Les banques ont une activité «rentable en dommages, alors même qu’elle est récente et en phase de croissance», constate Solving. Les bancassureurs ont en outre su se positionner et se développer sur le marché rentable de la prévoyance individuelle, où leur activité a crû de 28% par an entre 1998 et 2004.
«Au regard du marché, les bancassureurs ont su se doter d’armes propres, notamment en termes d’innovation produit», souligne-t-on chez Solving. En témoigne notamment la multiplication de produits liés aux services bancaires, qui ont permis aux banques de pénétrer le marché de l’assurance sans s’attaquer frontalement aux assureurs classiques.
Les bancassureurs représentent un réel danger à moyen terme pour les assureurs traditionnels. Solving estime que, sur le marché de l’assurance dommages, «trois groupes (Crédit agricole-lyonnais, Crédit mutuel, CNP) devraient intégrer le classement des dix premiers du marché» d’ici à 2010. De la même façon, le marché de l’assurance-vie devrait continuer de connaître un mouvement de concentration sous l’impulsion de fusions bancaires en cours, voire à venir.
Bonnes performances
françaises pour 2004
Le marché de l’assurance français tient la forme. Tous secteurs confondus, le chiffre d’affaires affiche une progression de 11%, à 157,3 milliards d’euros, après une hausse de 8% en 2003. Championne incontestée l’année dernière, l’assurance-vie grimperait de 13% en ayant engrangé 117 milliards d’euros. La baisse des livrets d’épargne réglementée a certes favorisé l’assurance-vie. Malgré cela, l’appétit des Français se maintient pour cette catégorie de placements.
Du côté de l’assurance dommages, l’année 2004 s’est soldée par une augmentation du chiffre d’affaires de 4,4%, les primes ayant atteint selon les estimations 22,9 milliards contre 22 milliards l’année précédente. Si la croissance de l’activité a marqué le pas par rapport à 2003 (+ 6%), les conditions d’exploitation ont été beaucoup plus saines, les risques étant mieux tarifés, le ratio combiné (sinistres + frais généraux sur primes) s’est amélioré. En effet, ce ratio est passé sous la barre de 100% pour atteindre 98,6%.
Renforcer les groupes
européens
Si l’Europe est le deuxième marché mondial d’assurance après les États-Unis, celui-ci n’est pas encore arrivé à maturité et conserve un fort potentiel de croissance, notamment en ce qui concerne les retraites. Les institutions communautaires ont jeté les bases d’une réglementation européenne de l’assurance avec trois générations de directives, dont les effets (concentration des acteurs, élimination des distorsions de concurrence, fin des politiques tarifaires publiques…) ne se sont pas encore pleinement fait sentir. Les textes européens favoriseront la naissance de groupes de dimension véritablement européenne. En effet le taux d’« européanisation » de l’activité par branche et par taille d’entreprise fait clairement apparaître que seul le secteur non-vie des grandes entreprises est ouvert à l’international.
De plus, les grands groupes européens n’ont de grosses implantations que dans un petit nombre de pays. Des rapprochements sont encore possibles, y compris au sein de l’Europe. Les bancassureurs et sociétés financières sont probablement ceux qui ont tiré le plus vite profit de l’introduction de l’euro et de la constitution d’un marché unique du fait de leur dissémination importante, d’une plus grande proximité avec leurs clients et de la possibilité d’effectuer naturellement des placements internationaux attractifs.
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