Éduquer, informer
Je suis perplexe depuis que j’essaie de comprendre les élections dans notre pays. Je suis un Libanais qui a grandi outre-mer. Dans les pays occidentaux, chaque parti, chaque candidat explique son programme et donne l’occasion aux électeurs de se familiariser avec ses idées. Au Liban, je ne vois que culte de la personnalité. C’est étrange, et je me demande souvent où se situe la responsabilité de la presse, dont le devoir consiste à informer ses lecteurs mais aussi à les éduquer.
Quand donc apprendra-t-on à respecter les jeunes et les principes les plus élémentaires de la democratie ?
Nicolas HABIB
Australie
Triste exemple
Quel triste visage nous sommes en train d’offrir à nos soutiens étrangers ! À peine avons-nous franchi un pas vers notre émancipation que nous retrouvons les vieilles habitudes qui nous ont amenés à nous entretuer. Par notre incapacité à nous projeter durablement dans un avenir démocratique, nous apportons à la Syrie la plus belle démonstration que sa tutelle nous était indispensable.
À ceux qui croient que l’avenir du Liban ne se joue que dans les arcanes de Rabieh, Moukhtara ou Koraytem, je rappelle qu’une nation se construit tous les jours, dans l’intimité de chaque foyer, par des adultes responsables et altruistes. Si chaque Libanais, de tout âge et de toute confession, se lève chaque matin en se disant: «Aujourd’hui, que vais-je faire pour mon pays?» le mouvement initié le 14 mars perdurera et ne sera pas uniquement à la merci de quelques décideurs.
Pr Jean-Jacques MOURAD
Paris
Belle surprise !
Je ne vous dirai pas mon nom car je voudrais rester anonyme. Merci de le comprendre. Je voudrais partager cette petite «aventure», si je peux l’appeler ainsi, avec vous: la semaine passée, par hasard, j’ai découvert grâce à votre page consacrée aux lecteurs que mon mari a eu envie de vous faire partager ses idées à propos de la situation actuelle.
Mais je fus surprise, car je n’étais pas au courant! En fait, vu sa manière de décrire les choses, j’ai découvert qu’il avait des dons pour l’écriture et qu’il s’exprimait mieux ainsi qu’oralement. Je l’encourage à continuer et bravo ! Merci pour tout.
NDLR : Heureux que vous ayez découvert, grâce à L’Orient-Le Jour, cet aspect caché du talent de votre conjoint. En espérant que bientôt, il réussira aussi son oral…
« Paint ball » à la canadienne
J’ai été surpris d’apprendre la nouvelle par la télévision et de la retrouver, par la suite, dans votre journal Il s’agit des joutes de «paint ball» qui, nous apprend-on, servent à l’entraînement des partisans d’el-Qaëda, au Canada.
Les sports extrêmes sont populaires parmi nos jeunes, mais il existe des lois sur le contrôle des armes à feu (sportives) qui sont difficilement applicables et n’ont pas bonne presse.
C’est pourquoi depuis peu, la police annonce avoir déjoué des complots visant à provoquer des tueries dans des écoles secondaires (high schools) où se concentrent des adolescents. J’imagine que cette histoire de «paint ball» remplit le même rôle. L’influence de notre voisin américain tout-puissant se fait aussi sentir dans nos institutions canadiennes qui doivent s’ajuster pour ne pas trop déplaire à Washington. Je crois que cela explique cette nouvelle sur le recrutement de terroristes canadiens et il faut prendre cela avec «un grain de sel», comme une blague.
Normand PARISIEN
P.Q., Canada
Projet de loi électorale
Actuellement, le pays est divisé entre :
1- partisans du scrutin par caza ;
2- partisans du scrutin par mohafazat.
Il est vrai que :
– dans la formule du caza, les électeurs ont une meilleure connaissance des candidats, ce qui donne plus de valeur à leurs suffrages ;
– dans celle du mohafazat, les électeurs peuvent défavoriser les candidats indésirables, d’éviter ainsi les candidats de défi.
Nous proposons :
1- des élections à la fois dans le caza et dans le mohafazat, où les voix des candidats du caza (C) seraient multipliées par un coefficient de (6 ou 7) par exemple: soit (CX7) et additionnés aux voix obtenues dans le reste du mohafazat (M). Le résultat du scrutin serait : (M + CX7). Cette formule favorise les suffrages obtenues dans le caza et permet aux électeurs du mohafazat de tempérer, par leurs suffrages, les candidats indésirables pour la majorité des habitants du mohafazat ;
2- de permettre aux Libanais résidant à l’étranger de participer au scrutin (à l’instar des pays démocratiques les plus avancés,) et d’ajouter leurs suffrages à ceux des Libanais du Liban.
Cela permettrait d’envisager, à un assez court terme, l’abolition de l’appartenance religieuse et confessionnelle du candidat et son remplacement par son appartenance nationale au caza, comme souhaité par la majorité des Libanais.
Dr Malek BASBOUS
Non à une certaine realpolitik
Nous n’avons cessé, à partir de l’étranger, de défendre depuis 1975 notre cause.
Aussi, la victoire d’aujourd’hui est-elle aussi, un peu, la nôtre.
C’est bien pourquoi
nous ne pouvons accepter ce qui se passe sans rien dire.
Tout le monde a l’air de s’adapter à la nouvelle donne électorale et s’y prépare avec listes et candidats. Comme si le principe d’une certaine realpolitik était de retour.
Et c’est justement contre cela que nous avons lutté des années durant.
La loi électorale est injuste. La plus mauvaise des décisions serait le boycott.
Nous avons encore suffisamment de souffle pour changer les cours des évènements. Le «deal» qu’on cherche à nous faire avaler est clair.
Qu’est-ce qui fait de la date officielle des élections une date sacrée?
Comment se fait-il qu’une prorogation d’un mois pour trouver une solution soit tout simplement impensable et risquerait de remettre en cause la paix mondiale?
Raymond NAMOUR
Côte d’Ivoire
Bernée ?
Ça y est, encore une fois, une fois de plus, une fois de trop. Être bernée à 20 ans passe encore, à 40, c’est grave. Bien que les doutes étaient plus forts que l’espoir. Le désir de croire en un Liban nouveau, libre de toute tutelle, libéré des corruptions externes comme internes, est resté, encore une fois, de l’ordre du fantasme.
Liberté, indépendance, vérité… Que de mots utilisés, vendus en surenchère par tant de pantins opportunistes. Toute cette classe politicienne devrait céder la place. Elle nous empoisonne la vie. Elle nous dérobe nos droits de citoyens. Encore une fois, une fois de plus, une fois de trop, nous voilà face à la vérité (pas celle que tout le monde réclame ces jours-ci) mais la vraie, pitoyable : le citoyen libanais est mis à l’écart. Il est broyé, étouffé par ces dirigeants qui s’arrogent le droit de défendre ses intérêts, son bien-être, sa vie.
La vérité, la vraie, est la suivante : ceux qui la réclament aujourd’hui nous ont encore une fois menti. Mais les avons-nous seulement crus cette fois ? J’espère que non, j’ai bien peur que oui.
Nayla MOUKARBEL
Sables mouvants
Aussi vrai que deux négations ne font pas une nation (merci Georges Naccache !), on ne bâtit pas une nation sur les sables mouvants de l’exclusion.
En imposant de force, pour des raisons qui ne convainquent personne, une loi inique qui empêche la bonne représentation de tous les Libanais, nos dirigeants et toutes les parties ayant contribué à cette aberration creusent sciemment une faille dans les fondements mêmes du Liban nouveau, supposé naître de la libération.
Je fais partie de ceux qui ont vraiment cru au mouvement d’unité nationale qui s’est déclenché spontanément avec la mort de Rafic Hariri. Je fais partie de ceux qui ont pensé (naïvement?) qu’une victoire de l’un serait une victoire de tous.
Que nous travaillerons tous, main dans la main, à construire une nation. À dépasser des années d’une oppression justifiée par « l’unité nationale et le contexte régional extrêmement délicat ». Et voici que le passé, avec ses calculs mercantiles, nous remonte à la figure.
Rafic Hariri n’est pas mort le 14 février. Il est mort le jour où l’on a délibérément poignardé dans le dos le mouvement d’unité nationale et décidé de faire taire la voix d’une frange entière de la population, sans laquelle l’indépendance n’aurait pu être obtenue. Il est mort lorsque les dirigeants qui s’étaient soulevés pour réclamer la vérité sur son assassinat ont oublié qu’ils avaient pris une dimension nationale et sont redevenus de petits chefs de clan ou de communauté.
Mais il n’est pas trop tard encore pour éviter une cassure dans le pays. Il n’est pas trop tard encore pour rectifier le tir et ouvrir une nouvelle page.
Marielle KHOURY
Libérer les esprits
Chacun se souvient de ce fameux «syndrome de Stockholm» observé dès les années 70 par les compagnies aériennes.Il a révélé que les anciens otages de terrorisme, victimes d’un détournement d’avion, se mettaient, bizarrement, à éprouver une attirance pour les idées et les personnes mêmes de leurs anciens ravisseurs. La persistance de sentiments aussi troubles peut, d’ailleurs, durer longtemps après qu’ait pris fin, d’une façon ou d’une autre, la prise d’otages.
Il me semble que les élus libanais actuels passent par une telle phase: ils continuent d’agir et d’éprouver des sentiments de crainte, révérence et sujétion alors même que le dernier soldat syrien a quitté le sol libanais. Que l’on me pardonne ce très mauvais jeu de mots: en refusant d’abroger la loi électorale de 2000, alors imposée par l’occupant, les députés libanais continuent de faire aujourd’hui comme syrien n’avait changé le 26 avril.
Cela explique l’ampleur de la tâche: il est urgent de libérer les esprits et pas seulement les territoires. Vingt-neuf ans d’asservissement (l’espace d’une génération entière!) ont contribué à créer, chez certains, une mentalité servile.
Bien sûr, il ne s’agit pas, pour les élus et le peuple libanais, d’ignorer ou de défier la Syrie. Beyrouth ne pourra jamais renoncer à entretenir de bonnes relations avec Damas, quelles que soient la conjoncture et les ciroconstances politiques. Il s’agit seulement, pour le Liban, d’avoir enfin, face à la Syrie, une attitude de personne adulte, majeure et responsable.
Vivement une ambassade syrienne à Beyrouth!
Henri VIVIER
Lecteur parisien
Le gène politique
On va encore dire que je suis pessimiste. Mais à quoi est-on en train d’assister ? Le 14 mars à démontré une seule chose : le peuple libanais, et plus particulièrement la jeunesse, a une maturité civique et politique que nos dirigeants n’ont pas. À l’unité du 14 mars, succède la foire d’empoigne des élections. Avec une loi électorale inique, privilégiant les chefs tribaux, comment peut-on répondre aux aspirations d’un peuple? Pour ne prendre que l’exemple de Beyrouth avec un siège maronite!
On justifie cela en disant que les chrétiens doivent voter pour des musulmans et vice versa, alors que c’est s’ancrer encore plus dans le confessionnalisme. Si nous voulons un pays moderne, débarrassé des miasmes confessionnels, il faut les traquer partout où ils se trouvent. Commençons peut-être par ne pas définir les sièges en fonction de l’appartenance religieuse, par rayer cette mention de nos cartes d’identité. Élisons en fonction de programmes politiques et pas en fonction d’allégeances tribales ou confessionnelles. Ayons des partis politiques avec un programme autre que confessionnel ou tribal. Le Liban peut s’enorgueillir d’avoir participé au décodage du génome humain: nous avons découvert le gène politique…
Le 14 mars, la population a exprimé d’une même voix une revendication principale : l’indépendance de décision. C’est ce message uniquement qui a fédéré tant de composantes de la société libanaise. Le point positif, c’est que cette fédération a pu avoir lieu ; le point négatif, c’est qu’un fois l’objectif atteint, cette fédération n’avait plus de raison d’être.
Manifestons, reportons ces élections, de quelques semaines ou quelques mois, parce que l’alternative c’est encore une longue, longue législature, avec les mêmes archaïsmes, et ce quel que soit le résultat des urnes.
Dr Christian HOMSY
Bruxelles
Et les programmes ?
À quelques semaines des élections, il est temps de se demander sur quelles idées nous allons pouvoir choisir nos représentants.
En effet, plutôt que de se disputer sur les configurations des circonscriptions, ajustées de-ci de-là au petit bonheur, ou sur l’opportunité de gracier Samir Geagea dans une ambiance survoltée, il serait bon que nos dirigeants nous communiquent dès que possible leurs programmes ou au moins leurs intentions.
À savoir donc, que compte faire concrètement tel(le) député(e) ou tel groupe concernant: la réconciliation nationale, les relations avec les pays voisins, le statut civil (mariage, succession…), l’éducation et la culture, l’environnement, la cohésion sociale, le statut des réfugiés, le vote à l’étranger…
Autant de sujets à traiter point par point et qui nous permettraient d’étudier le pour et le contre de chaque proposition.
Il faut un minimum de temps et de sérénité, non seulement pour élaborer ces intentions, mais aussi pour les étudier, et surtout pour permettre à l’électeur de voter non pas avec ses émotions, mais avec sa raison.
Serge SÉROF
Appréhensions et déceptions
Général,
Je vous souhaite la bienvenue. Votre place est parmi nous, et nous sommes heureux de voir qu’avec votre retour le puzzle libanais gagne une de ses composantes légitimes.
Je voudrais attirer votre attention sur nos appréhensions et (déjà) nos déceptions. Je devine qu’un homme de votre taille ne peut qu’être réceptif à la critique. Avant de vous élire député ou président, et puisque le passé enseigne l’avenir, dites-nous avec vos mots ce qui devrait nous rassurer en vous et nous assurer un meilleur avenir?
Mise à part la victoire électorale, à quoi rime vos alliances? Vous a-t-il fallu une guerre puis un exil pour dialoguer avec vos adversaires d’hier?
Vous vous créditez un peu égoïstement de la libération du Liban.
Vous n’êtes ni bleu ni rouge et blanc, vous êtes orange. Cette troisième couleur ne semble pas rassembler les deux autres mais se distingue de toute autre. Votre combat est-il différent de celui du million de Libanais qui ont manifesté le 14 mars en blanc et rouge? Vos couleurs semblent nous dire, aujourd’hui comme hier, que Michel Aoun est aouniste avant tout.
Enfin quel est votre projet? Vous avez dû avoir le temps de bichonner un bon plan d’action. Mais déjà cet audit national que vous proposez est-il cohérent ou n’est-il qu’un slogan-opium pour ce bon peuple?
Bienvenu donc, mon général, dans ce pays qui est resté malgré tout le votre au sens propre et figuré. Nous cherchons en vous une réponse à cette longue attente. Ne nous décevez pas une fois de plus, l’exil du cœur serait alors plus long que celui de Paris.
Mona ABOU MRAD
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