analyse
Le régime de Karimov dans
le cercle vicieux des répressions
le 15 mai 2005 à 00h00
Le régime du président ouzbek Islam Karimov, qui a opté ces dernières années pour la répression dure des opposants, n’a plus guère d’autre option que de poursuivre dans cette voie, estiment les experts, et ses principaux alliés à Moscou et à Washington vont devoir reconsidérer leur politique dans ce pays d’Asie centrale.
Le régime d’Islam Karimov fait face « à une situation sans issue qu’il a lui-même créée », assure David Lewis, qui travaille dans la capitale kirghize Bichkek pour l’organisation indépendante de prévention des conflits International Crisis Group. Par deux fois, le pouvoir ouzbek a réagi à des séries d’attentats, en 1999 (16 morts) et 2004 (47 morts), attribués par les autorités aux islamistes, en serrant encore plus la vis.
Depuis mars 2004, une centaine de personnes ont été condamnées à des peines allant de 6 à 20 ans de prison, toujours pour extrémisme religieux ou menace de l’ordre constitutionnel : membres présumés des partis islamistes interdits comme le Hizbi Tahrir, musulmans modérés, ou simples opposants ayant distribué des enregistrements de radios occidentales comme la BBC ou Radio Free Europe.
Ces vagues de répression ont accru davantage encore le mécontentement populaire qui tire ses sources du marasme économique, de la corruption, et d’un sentiment d’impuissance du pouvoir à faire changer les choses, dans cette république turcophone et rurale, la plus peuplée d’Asie centrale (25 millions d’habitants). Elles ont en outre eu pour effet de pousser la population vers l’opposition islamiste.
Les analystes s’accordent à dire qu’Islam Karimov est passé à côté des occasions qu’il avait pour développer l’économie du pays – notamment après l’ouverture d’une base aérienne américaine en 2001 qui a entraîné des aides financières – et qu’il est désormais trop tard pour sauver la situation.
La grogne contre le régime laïc de Karimov constitue un défi non seulement pour Islam Karimov, mais également pour les États-Unis et la Russie, tous les deux présents dans la région.
Les États-Unis avaient obtenu le consentement de Karimov et du président russe Vladimir Poutine pour ouvrir leur base après les attentats du 11 septembre 2001.
Depuis, Washington a appuyé le président ouzbek et a largement fermé les yeux sur les rapports l’accusant de graves abus en matière de droits de l’homme et dénonçant les tortures dans les prisons.
Mais « les États-Unis vont devoir faire des choix très difficiles », estime David Lewis. « Jusqu’à maintenant, les communiqués américains ont été très prudents », mais « la pression pour couper les liens » avec Tachkent va devenir plus forte.
La Russie, également alliée inconditionnelle de Karimov et qui craint une propagation du militantisme islamiste à ses frontières ainsi qu’un afflux de réfugiés d’Asie centrale, devra aussi reconsidérer sa politique ouzbeke au fur et à mesure que les troubles vont prendre de l’ampleur.
Christopher BOIAN (AFP)
Le régime du président ouzbek Islam Karimov, qui a opté ces dernières années pour la répression dure des opposants, n’a plus guère d’autre option que de poursuivre dans cette voie, estiment les experts, et ses principaux alliés à Moscou et à Washington vont devoir reconsidérer leur politique dans ce pays d’Asie centrale.
Le régime d’Islam Karimov fait face « à une situation sans issue qu’il a lui-même créée », assure David Lewis, qui travaille dans la capitale kirghize Bichkek pour l’organisation indépendante de prévention des conflits International Crisis Group. Par deux fois, le pouvoir ouzbek a réagi à des séries d’attentats, en 1999 (16 morts) et 2004 (47 morts), attribués par les autorités aux islamistes, en serrant encore plus la vis.
Depuis mars 2004, une centaine de personnes ont été...
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