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Actualités - Opinion

Le point L’ours et l’éléphant

George W. Bush vient de faire les adieux de l’Amérique à Yalta et de tourner la page des vieux souvenirs d’une guerre que, du côté européen de l’Atlantique, on n’est pas près d’oublier. Finies aussi l’euphorie et la lune de miel de l’après-45, quand chacun voulait voir dans l’autre l’allié dans la lutte contre l’ogre nazie. Qu’il ait choisi pour l’annoncer les trois États baltes et un langage volontairement agressif n’a pas paru étonner les Russes eux-mêmes, pourtant maladivement chatouilleux depuis quelque temps sur le chapitre de leur ancienne suzeraineté. Ainsi, le président US a parlé de « l’occupation » de la Lettonie, de l’Estonie et de la Lituanie tandis que Vladimir Poutine a préféré, on le comprend, évoquer leur « libération ». Et à son hôte qui lui recommandait de traiter ses voisins avec respect et de ne pas craindre l’émergence de nouvelles nations libres à ses frontières, le maître du Kremlin a eu beau jeu de rappeler qu’ils sont plus de 25 millions de Russes à vivre dans ces pays en régime de minorités depuis la chute de l’empire des glaces. C’est à cela aussi qu’il faisait allusion quand, le 25 avril dernier devant les deux Chambres de l’Assemblée nationale, il qualifiait la fin de l’Union soviétique de « plus grande catastrophe géopolitique du siècle dernier ». Le successeur de Boris Eltsine aura été moins heureux en formulant un jugement pour le moins superficiel sur les mérites comparés des deux démocraties. Dans le programme « 60 Minutes » de la chaîne de télévision CBS, il proclamait sentencieusement à l’intention du journaliste Mike Wallace : « Les États-Unis devraient s’interroger sur leur propre système de gouvernement avant de chercher à nous créer des problèmes. » Son reproche ? « Chez vous, on vote pour désigner les grands électeurs, lesquels à leur tour choisissent le président, alors que chez nous, celui-ci est élu par un vote populaire direct. » Condoleezza Rice, qui décidément n’en rate pas une, rappelait dimanche dernier qu’au moment du partage de l’Europe, en 1943, Winston Churchill et Franklin Roosevelt avaient obtenu de Josef Staline l’engagement, jamais suivi d’effet, d’organiser des élections libres dans les zones placées sous sa tutelle. On pourrait noter que le département d’État aurait pu attendre six autres décennies pour soulever un point aussi urgent. Dans sa hâte à tenir l’engagement pris lors de son discours d’investiture, après sa réélection triomphale, de faire de l’instauration de la démocratie partout dans le monde son objectif premier, le maître de la Maison-Blanche oublie (volontairement ?) que l’ours russe n’est plus aussi affaibli qu’au lendemain de son réveil d’une hibernation de dix ans. D’autant plus que le langage tenu lors de son dernier périple relevait – l’expression est de la Nezavissimaïa Gazeta – de « la triple diplomatie ». Avec une surprenante agilité, notait ce journal d’opposition, il était ainsi antirusse à Riga, prorusse à Moscou et avocat de l’indépendance de la Géorgie dans un pays où le Kremlin maintient deux bases militaires. Et où l’on a du mal à régler le problème du séparatisme en Ossétie du Sud et en Abkhazie, malgré le soutien de Washington au président Mikhaïl Saakachvili. Alors que tous les efforts de ce brillant politicien, qui a fait ses études de droit à la Columbia University de New York, ne parviennent pas à assurer le décollage économique d’un pays miné par un chômage qui atteint 12 % de la population active, une corruption rampante et une censure qui ne veut pas dire son nom mais qui n’en est pas moins réelle. En excellent judoka, Vladimir Poutine ne cherche pas, n’en ayant pas les moyens, à contrer la percée américaine dans ce qui représentait jusqu’à une date récente les derniers confettis de l’empire. Il sait que tôt ou tard, les États concernés n’auront pas d’autre recours que l’ancienne superpuissance tutélaire ; il sait aussi que les USA continueront d’avoir fort à faire, et pour un temps assez long, en Irak, ce qui devrait leur ôter toute envie d’intervenir ailleurs ; il sait enfin qu’aux yeux du tandem pétrolier Bush-Cheney, ce qui compte dans la région, c’est de maintenir l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan reliant la Caspienne à la Méditerranée hors de la zone d’influence du Kremlin. Il reste que nolens volens, ce périple incluant des membres de la « nouvelle Europe » si chère au cœur de Donald Rumsfeld aura été perçu par les vieille nations du continent comme étant dirigé contre eux. Ce qui, on en conviendra, n’est pas très habile. Il est des rapprochements qui s’imposent d’eux-mêmes. Comment ainsi ne pas s’empêcher de penser qu’il n’y a pas si longtemps, Bush père avait bien mieux géré la fin de la guerre froide et la réunification de l’Allemagne. En parlant un peu moins de liberté mais en s’appliquant à en traduire dans les faits le principe. Christian MERVILLE

George W. Bush vient de faire les adieux de l’Amérique à Yalta et de tourner la page des vieux souvenirs d’une guerre que, du côté européen de l’Atlantique, on n’est pas près d’oublier. Finies aussi l’euphorie et la lune de miel de l’après-45, quand chacun voulait voir dans l’autre l’allié dans la lutte contre l’ogre nazie. Qu’il ait choisi pour l’annoncer les trois États baltes et un langage volontairement agressif n’a pas paru étonner les Russes eux-mêmes, pourtant maladivement chatouilleux depuis quelque temps sur le chapitre de leur ancienne suzeraineté. Ainsi, le président US a parlé de « l’occupation » de la Lettonie, de l’Estonie et de la Lituanie tandis que Vladimir Poutine a préféré, on le comprend, évoquer leur « libération ». Et à son hôte qui lui recommandait de traiter...