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Actualités - Opinion

éclairage La vengeance de Imad : une famille sunnite déchirée par la guerre

Désormais, Imad ne pense plus qu’à tuer son cousin Najim : « Lui, ses frères et tout son clan. » Le prix du sang pour la mort de ses deux frères. « Si je mets la main dessus, je le tue. Je le massacre », assure le jeune Irakien de 23 ans, devenu interprète dans l’armée américaine. Depuis juin 2004, celui que les GI ont surnommé Obie pleure la mort de ses deux frères, tués par des hommes soupçonnés de travailler pour son cousin Najim, un chef rebelle du fief sunnite de Samarra (125 km au nord de Bagdad). En deux ans, l’insurrection sunnite n’a pas seulement causé des ravages chez les forces de sécurité irakiennes et les dirigeants locaux. Le tribut est plus lourd encore dans les familles déchirées dont les proches, devenus ennemis, se dressent désormais les uns contre les autres. « Je rêve de mes frères marchant au paradis. Je rêve d’eux toutes les nuits, dans un merveilleux jardin, entourés de gens de qualité », soupire Imad. Dans un pays où les liens du sang sont les plus forts, il n’aspire qu’à liquider le clan de son cousin Najim. Avant la guerre, le jeune homme jouait au football avec Najim et ses frères dans le quartier Khadra, à Samarra. Sa mère buvait le café avec l’épouse de Najim. Si ce dernier était malade, le frère de Imad, Mirad le pharmacien, lui portait gratuitement des médicaments. Son autre frère, Abdel Kader, allait pêcher avec ceux de Najim. Mais dès l’été 2003, quelques mois après l’invasion de l’Irak, Najim et sa dizaine de frères ont rejoint les rangs de la rébellion naissante. Aussitôt, ils éliminent un proche, coupable de travailler comme interprète aux côtés des Américains. Un de ses cinq frères, Mokdad, était déjà engagé comme interprète de l’armée américaine quand Imad décide de s’enrôler dans la garde nationale, parrainée par les États-Unis. Najim est alors allé voir la mère de Imad pour le faire changer d’avis. « Ma mère lui a dit de partir, qu’il n’était qu’un criminel. Il nous a alors dit qu’on le regretterait. » Pour les officiers américains, Najim est le prototype de l’insurgé dans l’Irak post-Saddam : un homme qui, à la tête d’un réseau de criminels, dirige des attaques contre les forces américaines et irakiennes. Début 2004, Mokdad est la première victime de l’ennemi de la famille : atteint de neuf balles dans la poitrine devant sa maison, mais rescapé, il décide d’éviter Samarra et reste sur les bases de la coalition. La vie devient aussi plus risquée pour Imad et les autres frères quand le plus jeune, Iyad, rejoint la police. Régulièrement, des hommes en turban adressent menaces et avertissements aux parents. Mirad, le pharmacien, est une première fois victime de tirs en mai 2004, mais le pire est à venir un mois plus tard : les troupes américaines ont alors décidé d’évacuer Samarra en signe d’apaisement et la ville se transforme en enclave rebelle. Mirad et deux de ses frères se dirigent vers leur maison quand leur voiture essuie des tirs de roquettes et de kalachnikov. L’un des frères, Fouad, un policier, arrive à s’échapper, se cache dans un quartier kurde voisin et finira par quitter la ville roulé dans un tapis. Mais Mirad et Abdel Kader, les deux autres, sont pris au piège, arrosés d’essence et brûlés vifs. De loin, Imad qui rentre de son travail voit la BMW de ses frères en feu et des gens uriner sur les cadavres. Des hommes masqués le repèrent à son tour et lui donnent la chasse. « Je me suis caché de maison en maison. Ils hurlaient “Espion”, “Tuez-le, tuez-le !”. » Il arrivera enfin à quitter la ville après avoir volé la traditionnelle abaya noire d’une femme. Sa famille gagne le Kurdistan et quand les Américains prennent Samarra en octobre dernier, il se porte volontaire comme interprète de l’unité chargée de former la police. « Quand je verrai Najim, je ne lui parlerai même pas. Je le tuerai, simplement. Et je tuerai n’importe qui de sa famille. Ce sont tous mes ennemis, même les femmes », jure-t-il. Ned PARKER (AFP)
Désormais, Imad ne pense plus qu’à tuer son cousin Najim : « Lui, ses frères et tout son clan. » Le prix du sang pour la mort de ses deux frères. « Si je mets la main dessus, je le tue. Je le massacre », assure le jeune Irakien de 23 ans, devenu interprète dans l’armée américaine.
Depuis juin 2004, celui que les GI ont surnommé Obie pleure la mort de ses deux frères, tués par des hommes soupçonnés de travailler pour son cousin Najim, un chef rebelle du fief sunnite de Samarra (125 km au nord de Bagdad).
En deux ans, l’insurrection sunnite n’a pas seulement causé des ravages chez les forces de sécurité irakiennes et les dirigeants locaux. Le tribut est plus lourd encore dans les familles déchirées dont les proches, devenus ennemis, se dressent désormais les uns contre les autres. « Je rêve de mes frères...