Le défilé de la nouvelle collection de Rabih Keyrouz était programmé, peu après la Saint-Valentin, dans le cadre d’une usine désaffectée non loin des abattoirs. Il s’agissait de faire surgir, dans le sordide de la cité industrielle de Beyrouth, la fraîcheur des couleurs printanières, la jeunesse, la grâce et l’esprit de la fête. Pour les raisons que l’on sait, ce défilé n’a jamais eu lieu. En revanche, après la stupeur et la désolation, le couturier le plus audacieux de la place n’a pas fait une croix sur son printemps massacré. À défaut de danser sur le podium, ses robes sont délicatement pliées dans un coffret souvenir pour les jours meilleurs. Une éblouissante sélection de photographies qui révèle un talent des plus prodigieux. Rappelons que Keyrouz travaille encore avec une structure quasi artisanale, sans concession à l’industrie ni à la délocalisation, avec des moyens parfois primitifs, tels que ce «nol» (métier à tisser) légendaire dont il se sert pour rebroder ses plus beaux corsets. Sa nouvelle collection haute couture est placée sous le signe du pli (Plis et Cie…). Traitées comme des origamis, ses robes sont le résultat de pliages aux effets superbement graphiques. Serrés comme les pétales d’un bouton de rose, cousus de biais, rayonnants comme des éventails sur les encolures, les plis soulignent les courbes, s’épanouissent là où ça serre un peu et donnent l’impression d’un bonheur et d’une vitalité sur le point d’éclore. Une ligne inspirée des années cinquante, avec un clin d’œil évident à Audrey Hepburn, corsets étroits et jupons vaporeux. Mais aussi une attirance pour le vocabulaire du kimono, ce vêtement compliqué à l’apparence pourtant si simple, avec ses nœuds sur le côté pour tout défaire du même coup, avec ses pliages savants dont on ne s’extrait qu’à la manière d’une chrysalide. Quel talent !
TENDANCE
Le retour du corset
Le corset revient en force depuis quelque temps, mais son histoire est assez longue. Il apparut pour la première fois pendant la période minoenne (vers 1700 av J-C) et a ensuite virtuellement disparu jusqu’à la renaissance (XVe siècle). La première grande période du corset commença avec la propagation de la mode espagnole entre le milieu du XVIe et le XVIIe siècle. Étrangement, les hommes succombent eux aussi au charme des courbes du vêtement devenu fétiche. Pendant les premières décennies du XIXe siècle, la redingote pour les hommes était cintrée et corsetée si nécessaire. Ainsi, les dandys portaient fréquemment un corset pour mettre en valeur leurs charmes. Puis le XXe siècle arriva avec ses conflits mondiaux. La Première Guerre mondiale fut la première tentative vers l’arrêt du port habituel du corset. Les hommes au front, les femmes doivent assurer le travail en ville. Mais malgré cette tâche, les femmes persistent à le porter, tant elles sont habituées à son étau. Si la Première Guerre mondiale fut un coup dur pour le corset, la Seconde guerre fut le coup de grâce. Le besoin d’acier pour produire les armes de guerre est croissant, le corset et l’entretien de leur silhouette n’étaient donc pas les préoccupations premières des femmes pendant cette période.
Depuis les années 1980, le corset fait son grand «come-back» et devient un thème récurrent dans la mode contemporaine. Il inspire les grands noms de la haute couture. Jean Paul Gautier, par exemple, est connu pour le corset à bonnets pointus qu’il a conçus pour Madonna. Sa mythique collection-été de 1987 mettait en scène de nombreux corsets. On ne compte plus le nombre de fois où il a utilisé le corset pour l’image de ses parfums. La collection printemps-été 2005 est l’occasion pour le couturier de créer un corset à l’image de sa fantaisie. Le couturier Thierry Mugler a fait du corset une partie intégrale de son design théâtral de la «femme fatale». Il a montré des corsets agressifs, avec des seins pointus, et des corsets en cuir. Des couturiers comme Christian Lacroix, Ungaro ou Valentino ont créé également des modèles glamour et onéreux. Depuis, le corset est réapparu en tant que sous-vêtement et vêtement. On trouve aujourd’hui le corset plutôt en tant qu’accessoire réalisé en standard par des entreprises ou des maisons corsetières telle Cadolle, qui réalise des corsets sur mesure.
SPA
« HIP » chez Ï-Day,
le bien-être en couleurs
Depuis qu’il a fait son entrée chez Colette, le célèbre concept-store parisien, le produit Hip est le produit incontournable « qui fait du bien à l’intérieur et du beau à l’extérieur ». Ce concept de beauté globale, aux produits arc-en-ciel à choisir selon l’humeur du jour, se décline en cinq familles de sept couleurs : du rouge pour la circulation, à l’orange antirides, en passant par le jaune purificateur, le vert contre l’asphyxie urbaine (sic !), pour finir avec la gamme froide du vert eau antistress et du turquoise tonique après soleil et le violet propice à la quiétude et à la méditation. À travers les notices qui indiquent « la friction, le bain, l’onction, l’aspersion, le visage, le corps », on devine que ces produits servent au rituel de la célébration de soi. Pour couronner le tout, Hip propose une ligne de couleurs…à boire ! Pour transformer les eaux du «water-bar» en délicieuses eaux de beauté. Hip vient de faire son entrée en exclusivité au spa Ï-Day à la rue al-Moutran. Qui se jettera la première ?
NEWS
Déferlement de textiles chinois : pays riches et pays pauvres, tous victimes
Le déferlement de textiles chinois dans le monde après la levée de quotas internationaux a provoqué des réactions protectionnistes en Occident mais il menace aussi des millions d’emplois dans des pays pauvres.
Les États-Unis et l’Europe ont déclenché la semaine dernière des processus visant à limiter les importations de textiles chinois, provoquant une vive réaction du géant asiatique.
Mais les pays du Nord ne sont pas les seules victimes de la fin du système de quotas. Le Bangladesh, le Cambodge, le Sri Lanka et le Vietnam ont également mis en garde contre les dégats provoqués à leurs propres industries textiles.
D’autres pays du Sud, mieux préparés, résistent cependant à la déferlante chinoise, comme les Philippines, l’Indonésie ou l’Inde.
À l’origine de ces bouleversements se trouve la suppression au début de l’année de l’accord multifibres de 1974, qui régissait une industrie de 400 milliards de dollars.
Déjà première exportatrice de vêtements avec 28% du marché mondial, la Chine a bénéficié de la levée des quotas de manière spectaculaire.
Le gouvernement américain a été le premier à réagir en début de semaine en décidant d’examiner les effets des importations chinoises, une mesure qui pourrait entraîner l’imposition d’une limite à leur hausse. L’Union européenne a pris des mesures similaires quelques jours plus tard.
En réponse, le gouvernement chinois a déclaré que les réactions américaine et européenne violaient les principes du libre-échange et pourraient compromettre les échanges mondiaux du secteur.
La polémique fait craindre une escalade pouvant déboucher sur une guerre commerciale.
«Le danger est que la question des textiles soit la goutte d’eau qui fait déborder le vase», déclare Ernest Bower, de la société de consultants de Washington BrooksBowerAsia.
« Mais si les deux parties arrivent à gérer la question et reviennent sur les bruits de sabre des derniers jours, une confrontation à plus long terme peut être évitée. Personne n’a intérêt à une guerre commerciale », dit-il, qualifiant de «combat d’arrière-garde» les mesures préconisées par des groupes d’intérêts protectionnistes.
Ailleurs, des pays moins influents sur la scène internationale tentent de faire face au changement avec plus ou moins de bonheur.
Les exportations de vêtements du Bangladesh ont chuté de 21% en janvier, mauvais signe pour une industrie qui emploie 1,8 million de gens, la plupart des femmes gagnant de 35 à 50 dollars par mois. « Nous sommes préoccupés », dit Anisul Haq, président de l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh. Il prévoit que 40 % des fabricants du pays fermeraient d’ici à la fin de l’année.
Le Sri Lanka s’inquiète aussi après une baisse des commandes en mars et le Cambodge a déjà perdu 20 000 emplois, selon les chiffres gouvernementaux.
Mais les Philippines et l’Inde disent avoir profité de la levée des quotas à laquelle elles s’étaient préparées.
Les Philippines ont enregistré une hausse des exportations en janvier et s’attendent que la tendance se poursuive grâce à l’exploitation de créneaux et à un service complet allant du dessin des produits à leur livraison en magasin.
L’Inde de son côté coordonne son action avec la Chine, estimant qu’il y a de la place pour les géants asiatiques, qui peuvent tous deux profiter de la levée des quotas.
FIFI ABOU DIB
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