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Actualités - Opinion

Plaidoyer pour des partis et des courants politiques non communautaires

L’évolution de la vie politique libanaise, après la douloureuse époque de la guerre dite « civile », a trouvé son expression finale dans les grandes manifestations qui se sont déroulées durant le mois de mars. Tant que la volonté du peuple libanais était kidnappée par la terreur et par l’imposition de la pensée unique pendant des décennies, il était impossible de savoir exactement comment l’opinion a évolué, puisque toute expression sortant du cadre imposé était réprimée. Au lieu de commencer notre travail de reconstruction de l’homme libanais et notre exercice de liberté après les événements de 1975-1990, nous avons aussitôt été gouvernés par les seigneurs de la guerre et par les maîtres de pensées imposées et dirigées. Tous nos rêves ont été comprimés et enfermés dans des vases hermétiquement clos. Cependant, même dans ce confinement, la réaction « chimique anaérobique » a poursuivi sûrement mais lentement son travail. Le Libanais a « travaillé » son identité. Il a su que hors de son libanisme, il n’y a point de salut. Il se voyait usurpé de son identité, de son droit, de sa joie de vivre, de sa fierté et de sa raison d’être. Il était humilié, se sentait sans défense, alors qu’il voyait les peuples libres évoluer vers des jours meilleurs. Il voyait la marche inéluctable de ces peuples vers plus de liberté, plus de démocratie, plus de culture. Il n’était pas en reste, mais n’ayant plus d’identité, il n’était plus respecté en tant que Libanais, mais seulement en tant qu’individu. Cette sensation était partagée par tous les Libanais, ou à tout le moins la plupart d’entre eux, mais surtout par ceux qui ne voulaient pas être écrasés – et ils sont majoritaires. Ce travail d’identité a évolué à travers leur appartenance communautaire pour devenir une philosophie de vie et d’avenir. Cette philosophie se base sur l’unité du peuple face à l’adversité d’une part et, d’autre part, sur la soif de rejoindre le concert des nations démocratiques qui développent l’homme et le rendent plus accompli quelle que soit son appartenance ethnique et religieuse. Le Libanais, sans le savoir, est devenu laïc quant à ses besoins fondamentaux et à ses relations intercommunautaires. Il a toujours une appartenance religieuse, et qui restera, cela va de soi, mais il a su faire la part des choses quand les choix de principe et de vie se sont imposés à lui. Il ne faut donc pas obliger le peuple libanais à devenir laïc, puisque la laïcité est en train de s’imposer d’elle-même par son essence propre qui est celle des intérêts fondamentaux du pays et de son peuple ; un peuple libre et démocratique dans le droit à la différence de ses composantes. Puisque les Libanais sont d’accord sur la nécessité du Liban, pays où toutes les communautés ont le droit à l’existence, à la différence et à la dignité, ce qu’il faut trouver maintenant, ce sont ces hommes et ces femmes qui l’ont compris pour qu’ils se regroupent en partis, courants politiques ou culturels non communautaires. Ils doivent le faire autour d’idées et de principes, en consolidant les acquis de ce raz-de-marée patriotique, cherchant les intérêts communs : politiques, socio-économiques et culturels. Ce sont ces hommes et ces femmes qui façonneront lentement mais sûrement l’avenir du pluralisme communautaire dans un État laïc et démocratique. Le « marché » des partis purement communautaires déclinera alors de lui-même et, bientôt, il aura vécu, rendant les croyances religieuses, ce qui n’est pas plus mal, à la conscience individuelle. Joseph W. ZOGHBI Paris
L’évolution de la vie politique libanaise, après la douloureuse époque de la guerre dite « civile », a trouvé son expression finale dans les grandes manifestations qui se sont déroulées durant le mois de mars.
Tant que la volonté du peuple libanais était kidnappée par la terreur et par l’imposition de la pensée unique pendant des décennies, il était impossible de savoir exactement comment l’opinion a évolué, puisque toute expression sortant du cadre imposé était réprimée.
Au lieu de commencer notre travail de reconstruction de l’homme libanais et notre exercice de liberté après les événements de 1975-1990, nous avons aussitôt été gouvernés par les seigneurs de la guerre et par les maîtres de pensées imposées et dirigées. Tous nos rêves ont été comprimés et enfermés dans des vases...