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Eclairage - L’implosion de Aïn el-Tiné jette Lahoud au pied du mur

Le point le plus pathétique de la dernière (en espérant sincèrement que ce soit l’ultime) prestation télévisée de Omar Karamé n’était pas tant l’humiliante confirmation de sa totale incompatibilité avec la troisième présidence, mais bien plutôt cet affligeant sourire qui ne l’a pratiquement pas quitté tout au long de sa conférence de presse d’hier : un sourire pour jurer ses grands dieux qu’il n’a pensé qu’à l’intérêt du pays, un autre pour dire que ses partenaires de la troïka sont comme autant de Mère Teresa au service du Liban et des Libanais, un troisième pour imputer son échec au choc des appétits gargantuesques des Churchill de Aïn el-Tiné, encore un sourire pour clamer que les législatives peuvent se tenir dans les délais constitutionnels, etc. Le pays s’enfonce dans un néant politique abyssal, à deux doigts d’un tsunami économico-financier dévastateur, et l’Effendi rit, un vrai petit « razil » tout heureux d’avoir fait la nique aussi bien à l’opposition qu’au camp prosyrien dont il s’est d’ailleurs princièrement autoexclu. C’est inouï. Mais Omar Karamé, qui ne perd apparemment pas le Nord, sait (se) consoler, pense à se dédouaner au cas où, et quitter un navire qui prend l’eau de presque partout... En râbachant infatigablement que tout est de la faute du « choc des appétits » des ministrables de Aïn el-Tiné, il a implicitement mais brillamment confirmé ce que tout le monde savait bien : que le camp prosyrien, qui était le sien, a tout fait pour reporter les élections et proroger le mandat de la Chambre, mais que lui-même refuse d’être le complice de ces machiavéliques desseins, lui qui a affirmé hier souhaiter ardemment des élections « justes et libres », un Liban « digne et souverain ». Et même s’il n’a pas nommé ces gloutons prosyriens qui ont fait avorter la formation du gouvernement, même s’il s’est refusé à interpréter les raisons de leurs voracités respectives – il a décidé pour cela de faire confiance « au talent des journalistes » –, Omar Karamé a ouvert bien grandes les portes. Peut-on penser que les desiderata des Frangié (Sleimane), Wahhab, Arslane, les desiderata des PSNS et autres Baas, les hallucinants vetos de Nabih Berry – tous formulés en même temps – soient le fruit du seul hasard ou la transcription sur le terrain (ils ont tous exigé des ministères vaches à lait) de leurs velléités électorales ? Prosyriens parmi les prosyriens, tous ces hommes, toutes ces formations ont donné la parfaite impression d’avoir chacun joué jusqu’au bout la partition écrite et orchestrée par le bon tuteur syrien – une partition sans laquelle se briserait d’ailleurs en un instant la branche sur laquelle chacun d’entre eux est vautré depuis des lustres. Omar Karamé a-t-il joué, lui aussi, son rôle ? Il le dira bien un jour. Pour l’instant, c’est vers un homme coupable d’avoir usurpé la première magistrature que les yeux se tournent ; un homme accusé d’avoir éreinté et totalement décrédibilisé la première présidence, mais auquel on prête depuis un certain temps des velléités – toujours hypothétiques – de se racheter, maintenant que Aïn el-Tiné a implosé : Émile Lahoud. Le locataire de Baabda aurait dû demander, et depuis plusieurs semaines, à un Omar Karamé (qui aurait pu profiter de la mort du prince de Monaco pour retarder encore sa décision...) de se récuser ; il en avait, constitutionnellement, tous les droits, c’était même son devoir. S’il veut réellement prouver sa bonne volonté, hâter le scrutin et respecter l’engagement qu’il aurait pris devant le maître de Bkerké, Émile Lahoud aurait dû programmer pour aujourd’hui ses consultations parlementaires à l’issue desquelles l’on verrait idéalement un sunnite être, enfin, en harmonie avec l’ensemble de sa communauté, et, au-delà, avec tous les Libanais. En s’offrant encore un délai de 48 heures, le chef de l’État ne rassure personne et pousse une grande majorité d’observateurs et de Libanais à se demander quelles combines, quelles manœuvres il serait ainsi en train de couvrir, voire même d’agencer. Surtout que le n° 1 de l’État doit pertinemment savoir, ou avoir entendu, qu’il est dans son stratégique intérêt que les élections se déroulent à la date prévue, proprement, librement, justement ; il doit avoir compris que (vraiment) rien n’empêche la rue, ce peuple qu’il a constamment ignoré, de se soulever (de nouveau) et d’appeler (de nouveau) à son départ s’il se rend compte que le n° 1 de l’État ne fait rien en faveur de l’échéance électorale ; Émile Lahoud doit bien envisager que la patience du patriarche, tout entier au service des législatives à la date prévue, ainsi que son respect de la fonction présidentielle, ont des limites. Le locataire de Baabda pourra-t-il, ainsi, s’autoriser de cautionner la présence d’un prosyrien exacerbé, Abdel-Rahim Mrad, à la tête du futur gouvernement ? À la bourse des Premiers ministrables, le nom de l’insensé ministre démissionnaire de la Défense, avait hier la côte. Ou bien aura-t-il le bon sens de tout faire pour contribuer à installer au Sérail un homme avec qui, selon les dernières rumeurs, il se serait entendu, un homme prêt à révoquer les patrons des Services, un homme qui ferait ainsi un beau geste en faveur des Libanais et de l’opposition : Négib Mikati, à la tête d’un cabinet restreint ? Une opposition qui va décider aujourd’hui de la marche à suivre vendredi, et plancher sur la relance tous azimuts des pressions, aussi bien populaires que politiques. Interrogé par L’Orient-Le Jour, Samir Frangié évoque, parmi d’autres idées, manifestations et grèves, ainsi qu’un appel officiel à la Ligue arabe, au cas où le gouvernement ne naîtrait pas dans les toutes prochaines heures. « Cela fait plus d’un mois et demi que toutes les formules ministérielles ont été épluchées. Ils doivent former le gouvernement le plus rapidement possible, sinon on demandera à la Ligue arabe d’organiser les élections, d’assurer la transition entre un pouvoir en panne et le pouvoir de substitution. Et si cela ne marche pas, on demandera à l’Onu », a-t-il ajouté. On a beau dire, une opposition n’existe véritablement que quand elle agit. Surtout lorsque le peuple piaffe. Ziyad MAKHOUL
Le point le plus pathétique de la dernière (en espérant sincèrement que ce soit l’ultime) prestation télévisée de Omar Karamé n’était pas tant l’humiliante confirmation de sa totale incompatibilité avec la troisième présidence, mais bien plutôt cet affligeant sourire qui ne l’a pratiquement pas quitté tout au long de sa conférence de presse d’hier : un sourire pour jurer ses grands dieux qu’il n’a pensé qu’à l’intérêt du pays, un autre pour dire que ses partenaires de la troïka sont comme autant de Mère Teresa au service du Liban et des Libanais, un troisième pour imputer son échec au choc des appétits gargantuesques des Churchill de Aïn el-Tiné, encore un sourire pour clamer que les législatives peuvent se tenir dans les délais constitutionnels, etc. Le pays s’enfonce dans un néant...