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Actualités - Opinion

Trois p’tits tours et puis...

Faut-il accabler le spécialiste de la recherche du temps perdu, le morne virtuose de l’art de tourner en rond qui s’est évertué à bloquer la marche d’un calendrier libanais placé sous le signe de l’urgence ? Se laissera-t-on aller plutôt à éprouver quelque vague compassion pour le morne héritier d’une grande famille politique sur lequel s’acharne décidément la guigne et qui vient de battre tous les records d’infortune en rendant son tablier deux fois en l’espace de deux mois ? Peu importe en réalité la réponse : l’essentiel est que Omar Karamé s’en va pour de bon, en jurant qu’on ne l’y reprendra plus. C’est toujours cela, en attendant la suite. Du discours d’adieu prononcé hier par le Premier ministre démissionnaire, désigné et finalement résigné au départ, on retiendra surtout son intention de quitter les rangs du Rassemblement de Aïn el-Tineh dont les membres, en proie à une fringale de portefeuilles ministériels lucratifs, ne lui ont guère facilité la tâche en effet. Le coup est dur pour la majorité parlementaire prosyrienne qui, après avoir essuyé une demi-douzaine de défections, perd maintenant son principal pôle sunnite. La fissure promet même de s’élargir, dès lors qu’il s’agira pour elle de planifier la prochaine étape, et cela au rythme, chaque jour plus rapide, du retrait des troupes syriennes. Les contradictions ne sont plus désormais le seul fait d’une opposition par définition plurielle, et il est plutôt réconfortant de le constater. Plus sibylline, en revanche, est l’affirmation faite par Karamé qu’à aucun moment des divergences ne l’ont opposé au chef de l’État et au président de l’Assemblée nationale. De la petite ou de la grande circonscription électorale, quelle option aurait-elle fait l’unanimité au sein de la troïka libanaise notoirement divisée sur la question ? C’est la suite des évènements qui le dira : une suite réduite, en gros, à deux ou trois éventualités. Dans la première, que commande impérieusement l’intérêt national, on verrait la désignation d’une personnalité politiquement peu marquée et jouissant du respect de tous, qui s’entourerait de notables répondant au même profil. Si les consultations parlementaires devaient être menées au pas de charge, sans souci de la pause ensoleillée du week-end ; si en outre était débattu, dans le même esprit et avec la même urgence, le découpage des circonscriptions, il ne serait pas tout à fait inconcevable que puisse être honorée in extremis, ou avec un infime retard, l’échéance constitutionnelle de fin avril. Tout cela fait évidemment beaucoup de si, dans un paysage politique surchauffé et qui n’est guère peuplé d’anges. De manière plus réaliste, la majorité surprendrait agréablement les Libanais en propulsant un parlementaire modéré et prêt à considérer avec souplesse les revendications les plus pressantes de l’opposition en mettant sur la touche, par exemple, les symboles les plus décriés du système policier qui a donné sa funeste empreinte au régime. À défaut de cette solution médiane, il faudrait se mobiliser sans délai pour faire face à la dernière éventualité : celle où l’on verrait la majorité persister dans l’obstruction et le défi, dans la politique du pire. En désignant un champion forcément plus impopulaire encore que Omar Karamé, en étirant à outrance le processus de formation du gouvernement, en s’octroyant une substantielle extension de bail à l’Étoile, les inconsolables clients de la tutelle syrienne auraient enfoncé le seuil de l’intolérable. La parole devrait revenir alors aux mêmes foules qui ont déjà eu raison du premier cabinet Karamé comme de la très théorique majorité parlementaire : ces mêmes foules dont on peut regretter aujourd’hui qu’elles n’aient pas augmenté la pression à la minute même où Aïn el-Tiné remettait en circulation le pétard à retardement (il n’y a pas d’autre mot) qu’aura été le leader tripolitain. Il serait grand temps enfin que le président Émile Lahoud se décide à cesser de jouer les reines d’Angleterre, son dernier rôle de composition. En sollicitant la prorogation – éminemment abusive – de son mandat légal, le chef de l’État a déjà raté un premier rendez-vous avec l’histoire ; il en est cruellement puni d’ailleurs, ses ambitions semblant se limiter désormais à descendre de voiture au terminus de 2007. L’occasion s’offre pourtant au président de faire un coup d’éclat. De donner de la voix, de taper du poing sur la table. Il le faisait bien, du temps où il s’agissait de montrer au martyr de l’indépendance Rafic Hariri qui était le plus fort... Issa GORAIEB
Faut-il accabler le spécialiste de la recherche du temps perdu, le morne virtuose de l’art de tourner en rond qui s’est évertué à bloquer la marche d’un calendrier libanais placé sous le signe de l’urgence ? Se laissera-t-on aller plutôt à éprouver quelque vague compassion pour le morne héritier d’une grande famille politique sur lequel s’acharne décidément la guigne et qui vient de battre tous les records d’infortune en rendant son tablier deux fois en l’espace de deux mois ? Peu importe en réalité la réponse : l’essentiel est que Omar Karamé s’en va pour de bon, en jurant qu’on ne l’y reprendra plus. C’est toujours cela, en attendant la suite.
Du discours d’adieu prononcé hier par le Premier ministre démissionnaire, désigné et finalement résigné au départ, on retiendra surtout son...