Par petits groupes, ils se retrouvent en soirée ou même la nuit, et s’investissent de la lourde responsabilité d’assurer la sécurité de leurs villages, de leurs quartiers, de leurs rues. Pour empêcher les intrus, les terroristes, les fous de la violence de semer, encore une fois, la terreur et la mort.
Jeunes et moins jeunes, étudiants et pères de familles, ils arpentent les places, les quartiers résidentiels ou les rues commerçantes.
Pour tromper l’ennui et vaincre le sommeil, ils déballent pique-nique, narguilés ou tasses de café noir sur les trottoirs qu’ils squattent et s’adonnent aux jeux de cartes, au trictrac, tout en se racontant des blagues, assis sur des sièges improvisés, bien peu confortables.
Ou alors suivent religieusement les infos, sur des télévisions à piles, histoire de rester alertes, de suivre le cours des événements et d’être les premiers informés sur une éventuelle charge piégée qui aurait explosé, ici ou là.
Tout en surveillant d’un œil vigilant l’activité nocturne qui se déroule sous leurs yeux, voitures qui se garent, déplacements des habitants, entrées et sorties des personnes étrangères au quartier...
Leurs lendemains sont bien moins reluisants. Cernes aux yeux, traînant les pieds, ils se rendent à leurs occupations respectives, à l’école ou à l’université pour les plus âgés, au boulot pour les plus âgés. Soucieux de poursuivre leur existence normale, comme si de rien n’était.
Louable, certes, cette initiative des équipes de gardiennage qui se sont improvisées, d’un commun élan, dans différentes régions du pays. « Une véritable organisation communautaire, une véritable preuve de civisme et de solidarité », serait-on tenté de dire.
Oui, mais voilà, tout en étant compréhensible, cette initiative ne peut que rappeler les tout débuts de la guerre. Lorsque les jeunes gens, soucieux de défendre leurs quartiers, ont fini par s’armer jusqu’aux dents, pour devenir pour nombre d’entre eux de féroces combattants engagés dans un interminable cycle de haine et de violence.
Lorsque ces mêmes personnes, réunies pour protéger leurs familles et leurs biens, ont fini par former de véritables milices, de part et d’autre, durant 15 longues années.
« Plus jamais ! » a-t-on juste envie de crier, aux uns et aux autres. Pour que l’histoire ne se répète pas. Pour que l’on tourne définitivement la page de la guerre, sans le moindre risque de retour en arrière.
Même si, à la base de ces initiatives, les bonnes intentions foisonnent.
Mais encore faudrait-il que les forces de l’ordre, armée et FSI, jouent une fois pour toutes le rôle qui leur est dévolu, celui d’assurer une présence sécurisante et d’empêcher que se reproduisent de nouveaux attentats destructeurs.
Anne-Marie EL-HAGE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Par petits groupes, ils se retrouvent en soirée ou même la nuit, et s’investissent de la lourde responsabilité d’assurer la sécurité de leurs villages, de leurs quartiers, de leurs rues. Pour empêcher les intrus, les terroristes, les fous de la violence de semer, encore une fois, la terreur et la mort.
Jeunes et moins jeunes, étudiants et pères de familles, ils arpentent les places, les quartiers résidentiels ou les rues commerçantes.
Pour tromper l’ennui et vaincre le sommeil, ils déballent pique-nique, narguilés ou tasses de café noir sur les trottoirs qu’ils squattent et s’adonnent aux jeux de cartes, au trictrac, tout en se racontant des blagues, assis sur des sièges improvisés, bien peu confortables.
Ou alors suivent religieusement les infos, sur des télévisions à piles, histoire de rester alertes,...