Ce serait sans doute faire preuve d’un certain degré d’angélisme que de demander à la classe politique imposée au pays depuis une quinzaine d’années de respecter la Constitution ou les lois en vigueur. L’écrasante majorité des responsables qui demeurent encore en charge des destinées du pays ne doit en effet sa présence sur l’échiquier local qu’à son allégeance à un pouvoir de tutelle qui n’a pu continuer à sévir que parce que ses méthodes se résument précisément à fouler aux pieds, sans trop se soucier des apparences, les règles constitutionnelles.
Il reste qu’une observation s’impose malgré tout, en dépit du cynisme de cette realpolitik d’inspiration syrienne. Lorsque les atteintes à la législation touchent les fondements, l’essence même, du système politique en place, lorsque des dirigeants font preuve d’un mépris sans bornes à l’égard de la population et de ses droits les plus élémentaires, il faut alors s’attendre irrémédiablement à un vaste effet boomerang.
Pourrait-il en être autrement dans le cas de la situation présente ? Les faits sur ce plan sont particulièrement éloquents. Le Premier ministre désigné a ainsi essayé de faire croire à l’opinion publique que ses concertations pour la formation du gouvernement avaient traîné en longueur parce qu’il attendait le retour du patriarche maronite de Washington et, ensuite, parce que le deuil officiel observé après la mort du pape Jean-Paul II ne lui permettait pas de mettre sur pied le cabinet ! Des propos – pour ne pas dire des boutades – qui constituent une véritable insulte à l’intelligence des Libanais et qui, de ce fait, se retourneront un jour contre leur auteur.
Pis encore : lorsque les détenteurs du pouvoir actuel s’emploient à torpiller l’échéance constitutionnelle des élections législatives pour la seule et unique raison qu’ils risquent de subir un revers retentissant, ils se transforment indubitablement en véritables usurpateurs. Lorsqu’ils font fi du droit fondamental du citoyen (le droit de vote) pour se livrer à des manœuvres dilatoires dans le seul but de sauver leurs acquis – et surtout ceux de circuits mafieux libano-syriens –, ils affichent de la sorte un mépris criminel à l’égard de la population. Un mépris que les Libanais ne manqueront pas de leur manifester en retour...
En agissant comme il le fait depuis plusieurs mois, en traînant dans la boue les législations de base qui régissent le fonctionnement du système politique, le pouvoir en est réduit à saborder l’État, dans sa fonction d’institution nationale au service de tous. Et du même coup, il risque de semer les germes d’une intifada nouvelle dirigée cette fois contre ces usurpateurs sans foi ni loi.
Qu’on est loin aujourd’hui, très loin, de cet « État de droit et des institutions » longtemps prôné par le président de la République...
Michel TOUMA
Ce serait sans doute faire preuve d’un certain degré d’angélisme que de demander à la classe politique imposée au pays depuis une quinzaine d’années de respecter la Constitution ou les lois en vigueur. L’écrasante majorité des responsables qui demeurent encore en charge des destinées du pays ne doit en effet sa présence sur l’échiquier local qu’à son allégeance à un pouvoir de tutelle qui n’a pu continuer à sévir que parce que ses méthodes se résument précisément à fouler aux pieds, sans trop se soucier des apparences, les règles constitutionnelles.
Il reste qu’une observation s’impose malgré tout, en dépit du cynisme de cette realpolitik d’inspiration syrienne. Lorsque les atteintes à la législation touchent les fondements, l’essence même, du système politique en place, lorsque des...
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