Elles ont choisi de conjuguer le titre d’ambassadeur à tous les temps du plus-que-parfait. Mesdames les ambassadrices, femmes, épouses et souvent mères, portent avec élégance et séduction une fonction qui leur va comme un gant. Mêlant à la fois savoir-faire et douceur, autorité et diplomatie, sans jamais rien perdre de leur charme naturel. Égales aux hommes, mais avec ce détail qui change, elles sont les parfaites ambassadrices de leur état. Aujourd’hui, et pour démarrer cette nouvelle rubrique, Georgine el-Chaër Mallat, ambassadrice de Colombie au Liban.
Elle a longtemps rêvé de la Colombie, une envie qui traîne depuis sa tendre enfance et qui a grandi après sa découverte du pays ; rêvé aussi d’une carrière diplomatique, malgré des études de droit et une vie d’épouse et de mère modèle. Georgine el-Chaër Mallat a pourtant, peut-être même s’en apercevoir, tout fait pour en arriver là. Il y a presque trois ans, elle a été, comme le veut la formule consacrée, et qui doit certainement flatter un peu la femme qu’elle est, « élevée au rang d’ambassadrice. » Un rang qu’elle tient à saluer, avec un sens aigu du devoir et l’envie d’être à la hauteur de cet honneur que lui a fait le président colombien Alvaro Uribe Vélez, en mai 2002. « Je tiens, répète-elle souvent, à accomplir le devoir qui m’incombe et faire le maximum. »
Le droit et l’écriture
« J’ai certainement fait le droit aussi pour arriver à la diplomatie. » Licenciée de la faculté de droit de l’USJ, Georgine el-Chaër, qui vient d’épouser Hyam Mallat (nous sommes en 1972), avocat, professeur et auteur de nombreux ouvrages, a juste le temps de travailler quelques années avant que ne la surprenne les événements de la vie. Deux enfants, Georges et Nabil, et une guerre qui vient tout emporter. «Il a fallu nous adapter, ralentir le rythme. En même temps, j’ai senti qu’il me fallait renaître, me renouveler. Je me suis mise à l’écriture.» L’avocate publie L’émeraude était bleue, un premier roman historique, «le parcours d’une vie», qui raconte l’histoire d’un émigré libanais en Colombie, au début du XXe siècle. «La Colombie, précise-t-elle affectueusement, a été le déclencheur de cette passion qu’est l’écriture. » La Colombie… Source de toutes les envies, muse, terre de feu, un deuxième Liban pour de nombreux compatriotes, «le premier émigré libanais était parti de Baabda en 1870», souligne-t-elle – et surtout «ma deuxième patrie». Même si cette passion a démarré au Liban… «Mes oncles paternels avaient émigré en Colombie. J’ai donc grandi dans cette idée, dans cette envie de la Colombie, bercée par les paroles de mon père.» Après la découverte, le coup de foudre et ce sentiment de «déjà-vu», «l’impression que je connaissais déjà ses richesses naturelles et culturelles et ses spécificités», après ce roman qui fut l’expression de cette fascination, Georgine el-Chaër Mallat est nommée consul honoraire de la République de Colombie au Liban-Nord en 1996. « C’était une mission que j’ai vécue comme une vocation. J’ai ouvert un bureau à Tripoli et me suis chargée de promouvoir les relations diplomatiques et économiques entre les deux pays. »
Consciencieuse et perfectionniste
Une mission qu’elle a tenue à mener à bout, au bout de ses possibilités, « avec intégrité, dévouement et affection », tant et si bien que, quelques années plus tard, elle est nommée au poste d’ambassadrice de Colombie au Liban. « Vous savez, tient-elle à préciser, comme pour mieux expliquer cette situation qui peut sembler étrange, qu’un Libanais fut président de la république colombienne, de 1978 à 1982, qu’il existe environ 600000 Libanais d’origine en Colombie, et qu’au Sénat, 30 à 35 % de Libanais ou d’Arabes occupent des postes politiques. » Et d’ajouter : « Pour être un bon diplomate, il faut surtout, que ce soit un homme ou une femme, avoir de l’expérience, de la sagesse, de la persévérance et de la patience. Et surtout avoir une analyse poussée. C’est la personne qui fait la fonction. » Toujours autant éprise d’écriture, et en signalant que « ce qu’on ne peut pas faire dans la vie, on le fait parfois dans ses livres… », elle rédige un deuxième roman, Cristal de roche, « très différent du précédent. Il raconte l’histoire d’une peintre libanaise, Angéla, qui a vécu à Paris, dans les années 50 et qui se lie à un diplomate de religion différente de la sienne. Il y a de tout dans ce livre, de l’art, des sentiments et des interrogations dans le domaine social et religieux». Très active, voire impatiente, et soucieuse de remplir au mieux ces années de diplomatie, madame l’ambassadrice travaille beaucoup. «Lorsqu’on occupe une fonction publique, c’est pour servir et travailler davantage. On fait ce qu’il faut. Ce n’est jamais assez…» Entre ses obligations d’ambassadrice, d’épouse, de mère et de grand-mère, «un petit Hyam», elle a entamé l’écriture d’un troisième roman, qui prendra certainement un peu plus de temps. Car, le dit-elle, « j’aime faire les choses bien. Je les fais de manière à ne rien regretter plus tard. Je peux ainsi me dire, tout le temps: J’ai fait ce que j’ai pu».
Carla HENOUD
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