Une femme danse en levant haut la jambe sous les regards concupiscents d’hommes en chapeaux : Moulin rouge : La Goulue. Cette affiche est l’une des œuvres qui a rendu célèbre le peintre français Henri de Toulouse-Lautrec exposé à Washington à la National Gallery.
Environ 250 œuvres, principalement de l’artiste (peintures, dessins, affiches), sont exposées jusqu’au 12 juin dans la capitale américaine avant de s’installer au Art Institute de Chicago du 16 juillet au 10 octobre.
« Il a créé parmi les images les plus mémorables d’une nouvelle culture » du divertissement dans le quartier parisien de Montmartre dans les années 1890, relève le directeur de la National Gallery, Earl Powell.
L’exposition « se concentre sur une période d’environ dix ans, entre 1885 et 1895, et replace ce grand artiste dans le contexte de ce qui se passait alors à Montmartre », souligne le commissaire de l’exposition, Richard Thomson, professeur à l’Université d’Édimbourg (Grande-Bretagne).
Né en 1864 à Albi, dans le sud de la France, Lautrec est indissociable de Montmartre où il s’installe en 1884, au cœur de la vie nocturne, fréquentant cabarets, maisons closes et salles de bal, dont le Moulin Rouge et le Moulin de la Galette.
En 1891, il signe sa première affiche qui le rend célèbre, Moulin rouge : La Goulue, se distinguant de Jules Chéret, affichiste renommé à l’époque par ses couleurs franches et l’utilisation innovatrice des silhouettes.
« Lautrec aurait pu peindre avec un style naturaliste très direct, mais son style était beaucoup plus cru, beaucoup plus fugace. Il donne le sentiment de quelque chose qui a été saisi, aperçu furtivement dans la ville », estime M. Thomson. Les œuvres de Lautrec sont dominées par les tons verts traduisant l’atmosphère nocturne des cabarets éclairés à la lumière électrique et au gaz.
Au Moulin rouge (1892/1895) est une de ses œuvres les plus énigmatiques avec le visage fantomatique d’une femme qui apparaît au premier plan sur le côté droit du tableau.
En arrière-plan, l’artiste La Goulue rajuste ses cheveux devant un miroir, tandis que Lautrec apparaît lui-même au milieu du tableau.
Les maisons closes ont été un sujet de prédilection de Lautrec, qui représente les prostituées de manière sensuelle avec un regard de sympathie pour ces femmes qui faisaient face à des conditions de vie difficiles.
L’exposition évite de s’appesantir sur la vie de l’artiste, aristocrate infirme à la santé fragile, plus à l’aise au milieu des maquereaux et des prostituées dans l’atmosphère décadente de Montmartre que dans son propre milieu social. Elle préfère s’intéresser au bouillonnement artistique du quartier et aux influences croisées avec d’autres artistes.
« Lautrec était un artiste très sociable. Il travaillait avec des amis proches, en collaboration avec d’autres artistes », souligne M. Thomson.
L’exposition confronte son œuvre avec des tableaux de certains de ses contemporains, dont Edgar Degas, Pablo Picasso et Vincent Van Gogh, qui fréquentaient Montmartre à la même époque.
Un tableau de Degas, Femme se peignant les cheveux (1884), est ainsi accroché à côté de Rousse (1889) de Lautrec, directement inspiré du premier.
Les deux femmes ont la même pose mais le sens du volume et les tons riches de l’œuvre de Degas contrastent avec les lignes délicates et la légèreté de la peinture de Lautrec.
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