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Actualités - Opinion

Le point Les couacs de la démocratie

Ghazi al-Yaouar, intérimaire chef de l’État en partance, ne veut pas siéger au « perchoir » de la nouvelle Assemblée, et réclame plutôt l’une des deux vice-présidences, réservée aux sunnites. Lesquels avaient avancé le nom de Adnane el-Janabi, une proposition rejetée par les chiites et les Kurdes, en raison des attaches passées du frère du candidat avec le régime de Saddam Hussein. Aucun problème par contre s’agissant de l’autre poste de numéro deux, qui devrait revenir à Adel Abdel-Mahdi, actuel ministre des Finances. Pour la présidence, un nom a été avancé, celui de Michaan Joubouri, seul député (plutôt controversé d’ailleurs) du Rassemblement pour la réconciliation et la libération, dont les chiites ne veulent pas au prétexte qu’il fut, un temps, rédacteur au Saoura, le quotidien du parti Baas. Voilà quelques-unes des multiples embûches surgies dans la foulée de la consultation populaire du 30 janvier dernier. On aurait tort d’en négliger l’importance car une fois ces obstacles surmontés – à supposer qu’ils le soient –, le président et ses deux adjoints auront pour tâche de choisir un Premier ministre pendant que le Parlement s’attaquera à sa mission essentielle : rédiger d’ici au 15 août une Constitution définitive, étant entendu que d’ici là, un gouvernement aura été mis sur pied. Tout cela, n’est-ce pas, est parfaitement clair. Lucide, un dirigeant kurde, Barham Saleh, avoue devant les journalistes : « Vous pouvez dire que nous sommes en crise. » Et Hussein el-Sadr, membre du bloc parlementaire de Iyad Allawi, chef du gouvernement provisoire, tonne à l’adresse de ses collègues : « Ce peuple qui a défié toutes les menaces pour se rendre aux urnes, qu’allons-nous lui dire ? » On n’aurait pas la cruauté de suggérer aux élus de la nation de reprendre à leur compte la petite phrase lancée l’autre jour par George W. Bush à la télévision : « Il est évident que la liberté est en marche. Nous attendons la formation bientôt d’un gouvernement qui recevra l’aval de l’Assemblée nationale et avec lequel nous pourrons travailler. » En attendant l’hypothétique aboutissement de ce processus, la répartition des portefeuilles au sein de l’équipe appelée à voir le jour bute sur des détails rien moins que secondaires. Avec respectivement 146 et 77 sièges, les deux grands blocs peuvent, certes, imposer leurs vues mais non sans le risque grave d’écorner grandement la représentativité de leur Assemblée. Sur au moins trois maroquins importants, dont celui du Pétrole, les pourparlers traînent en longueur tandis que le camp sunnite fait savoir, à propos des deux autres, qu’il troquerait volontiers – ce n’est pas là sa seule revendication – le ministère de la Défense qui lui est proposé pour celui de l’Intérieur. Sans pour autant, avec ses 16 représentants, espérer obtenir gain de cause. Parfois, les choses se compliquent quand les tiraillements se produisent à l’intérieur d’un même camp et opposent entre eux les alliés de la veille. Conséquence probable du « bazarlik » en cours, il faudra six mois supplémentaires, prévoit-on déjà, pour achever l’élaboration d’une Loi fondamentale appelée à être ratifiée par un référendum prévu à l’origine pour le 15 octobre. Là aussi il conviendra de ménager les susceptibilités des uns et des autres : la place de la religion dans l’État qui verra le jour, le fédéralisme réclamé avec insistance par la partie kurde, et pratiquement en vigueur depuis une décennie, avec le sort final de Kirkouk et de ses immenses champs pétrolifères. Conçue par l’Américain Bremer, et rejetée à l’époque par le grand ayatollah Sistani, la loi administrative provisoire visait à réduire en la diluant l’influence de la majorité chiite. Non seulement cet objectif n’a pas été atteint, mais par contrecoup, l’effet direct des dispositions prises a été un accroissement exagéré de l’influence de Jalal Talabani et des siens. Tous les retards accumulés ces dernières semaines vont probablement amener les États-Unis à repousser la date de leur retrait. Mercredi, le général Lance Smith, commandant en chef adjoint du Centcom, a estimé que le rappel d’une partie des 138 000 GI’s présents sur le terrain pourrait débuter dans les premières semaines de 2006. À condition, a-t-il pris soin de préciser, que d’ici là, la résistance armée faiblisse de manière substantielle et persistante. Ce qui, pour l’heure, est loin d’être le cas, à en juger par le nombre de prisonniers dans les trois camps aménagés par les troupes d’occupation. L’armée américaine a avancé le total de 16 000 détenus, un chiffre en nette augmentation par rapport à celui de l’an passé. Mais on aurait tort de s’inquiéter. Sans doute est-ce là l’effet de cette liberté en marche tant vantée par M. Bush. Ou quand l’excès de démocratie tue la démocratie. Christian MERVILLE
Ghazi al-Yaouar, intérimaire chef de l’État en partance, ne veut pas siéger au « perchoir » de la nouvelle Assemblée, et réclame plutôt l’une des deux vice-présidences, réservée aux sunnites. Lesquels avaient avancé le nom de Adnane el-Janabi, une proposition rejetée par les chiites et les Kurdes, en raison des attaches passées du frère du candidat avec le régime de Saddam Hussein. Aucun problème par contre s’agissant de l’autre poste de numéro deux, qui devrait revenir à Adel Abdel-Mahdi, actuel ministre des Finances. Pour la présidence, un nom a été avancé, celui de Michaan Joubouri, seul député (plutôt controversé d’ailleurs) du Rassemblement pour la réconciliation et la libération, dont les chiites ne veulent pas au prétexte qu’il fut, un temps, rédacteur au Saoura, le quotidien du parti...