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Actualités - Opinion

À mi-chemin

Retour sur le 14 mars. Plus d’un million de Libanais – mais c’était tout le Liban –, confluant vers la place des Martyrs pour dire sa volonté d’être libre, d’être délivré de cette « culture de l’intimidation et de l’impunité » dans laquelle on l’avait forcé à vivre, depuis le début de la guerre. Depuis qu’on avait interdit aux Libanais de se parler pour s’entendre, dans l’intention de les garder en sujétion. Pèlerinage vers la liberté, pèlerinage vers l’être. Et voilà que, l’un après l’autre, des tribuns improvisés s’adressaient à eux. Mais ce jour-là, aucun des discours qui ont été prononcés n’a été à la hauteur de nos attentes, aucun n’a assouvi notre soif d’entendre quelqu’un nous dire ce que nous faisions là, dans la forêt de drapeaux en marche, venus dans un extraordinaire élan spontané dire que la concorde entre Libanais, qu’on nous disait éphémère comme la rosée, existait bel et bien. Ce jour-là, en réponse à notre extraordinaire attente, nous n’avons entendu que des mots ordinaires. Un seul discours échappait à la grisaille, celui de Bahia Hariri, qui s’était efforcée de donner au million de Libanais qui l’écoutaient un discours cohérent, consistant, une espèce de programme politique. À la bonne heure. Il est dangereux de continuer à laisser la population sur sa faim. La fixer sur l’exigence de vérité, ou à la mémoire d’un homme disparu, ne suffit plus. Il faut rejoindre le peuple au niveau de profondeur où il se trouve en attente, suspendu à la suite des choses. Et pourtant, nous voilà à mi-chemin, retenant notre souffle, tentant de deviner d’où viendra la prochaine explosion qui sèmera la mort, dévastera nos biens et ruinera un peu plus notre économie, notre saison d’estivage, notre espoir de profit, nos revenus quotidiens. Et ce constat est implacable et rend un peu plus accablant le dossier du régime. Il est en effet inadmissible qu’au bout de quinze ans de vie institutionnelle, on ne soit pas parvenu à former un service de contre-terrorisme efficace mettant les Libanais à l’abri de ce chantage à la violence. Et il est tout aussi inacceptable que l’opposition ne se soit pas encore hissée à la hauteur de ce défi, et que son discours ne contienne pas la dose de courage et d’âme nécessaire pour permettre à la population de résister, moralement, à cette violence d’autant que la présomption d’innocence ne parvient pas à nous convaincre que derrière tout ces attentats, il n’y a pas quelque trahison nationale. Un candidat aux législatives disait l’autre jour que de Gaulle s’était efforcé de nouer des relations cordiales avec l’Allemagne, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Mais c’était une Allemagne vaincue. Nous avons, en face de nous, une Syrie toujours triomphaliste et sans doute revancharde, que des discours locaux trompeurs continuent de décrire comme une bienfaitrice, au mépris de la vérité et du plus simple sentiment patriotique. On nous assure que les nids d’espions sont toujours là, mais un peu mieux cachés, ou encore entrés en clandestinité. La Syrie ne cédera-t-elle donc qu’à la violence ? En tout état de cause, il faut, de la part des chefs de l’opposition, un langage d’une plus grande maturité politique. Il est peut-être inévitable que l’opposition tâtonne, mais elle doit également répondre au besoin d’un discours à la fois novateur et rassurant. Le pays doit commencer à se parler en profondeur. Les chefs de l’opposition doivent prendre le temps de se mettre à l’écoute de l’histoire. Les choses vont trop vite et dans trop de directions à la fois. Il faut sans doute demander le départ des chefs des services de sécurité, mais sans porter atteinte au moral de la troupe. Et chercher la part de vérité dans ce que certains, dans le camp d’en face, disent. Le 14 mars, des centaines de milliers de Libanais ont donné un mandat à l’opposition. Il faut maintenant qu’elle se montre à la hauteur de cette confiance. Fady NOUN
Retour sur le 14 mars. Plus d’un million de Libanais – mais c’était tout le Liban –, confluant vers la place des Martyrs pour dire sa volonté d’être libre, d’être délivré de cette « culture de l’intimidation et de l’impunité » dans laquelle on l’avait forcé à vivre, depuis le début de la guerre. Depuis qu’on avait interdit aux Libanais de se parler pour s’entendre, dans l’intention de les garder en sujétion. Pèlerinage vers la liberté, pèlerinage vers l’être.
Et voilà que, l’un après l’autre, des tribuns improvisés s’adressaient à eux. Mais ce jour-là, aucun des discours qui ont été prononcés n’a été à la hauteur de nos attentes, aucun n’a assouvi notre soif d’entendre quelqu’un nous dire ce que nous faisions là, dans la forêt de drapeaux en marche, venus dans un...