Les sorties de la semaine
Rappel
kkk Mar adentro (The Sea Inside)
d’Alejandro Amenábar
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Jeune prodige du cinéma espagnol, Alejandro Amenábar (The Others, Close your Eyes) offre là un magnifique récit qui mêle brillamment le thème de la vie à celui de la mort.
Le film est inspiré de l’histoire vraie de Ramon Sampedro, devenu tétraplégique à la suite d’un accident et qui s’est battu durant vingt-neuf ans pour avoir le droit de mourir dignement et légalement. Le scénario de Mar adentro est ainsi librement adapté du livre publié par Ramon, Lettres depuis l’enfer, et d’un recueil de poèmes, Cando eu caia.
Euthanasie, mort, tétraplégie: voilà des sujets peu folichons qui pourraient éventuellement nous pousser à aller voir le film à reculons. Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, The Sea Inside se présente comme incroyablement lumineux. Le cinéaste ne se contente pas de pleurer le destin de Ramon. Il laisse une place considérable à la joie de vivre, à l’humour et à l’amour. Deux heures durant, les spectateurs suivent la vie d’un homme doublement enfermé par son corps et par les quatre murs de sa chambre. Notre seul moyen d’évasion (pour l’audience et le personnage principal): une fenêtre qui s’ouvre sur le monde. Huis clos oppressant et pesant ? Absolument pas, car Amenábar nous fait voyager à travers les mouvements de la caméra, la musique, les flash-back, les envolées rêvées du héros et ses fantasmes. Le cinéaste choisit intelligemment le moment clé pour l’embellir d’un sourire, d’une note de musique ou d’une phrase qui parviennent à rythmer notre cœur, à le faire battre un peu plus fort. Tout est calculé afin de toucher profondément le public. Un public qui se laisse avoir par quelques procédés certes faciles, mais excusables compte tenu des autres qualités de taille du film. L’une d’entre elles, peut-être la plus importante, est l’impressionnante prestation de Javier Bardem dans le rôle de Ramon. Il parvient, tout en retenue, à dégager un flot d’émotions (joie, tristesse, révolte, amour, colère, etc.) à travers les expressions de son visage, ses yeux et le ton de sa voix. Il domine incontestablement le film, épaulé par des acteurs secondaires attachants de par la dimension humaine de leur personnage. Au-delà d’un postulat pour l’euthanasie, le film parle de l’homme et de la vie, permettant ainsi à l’histoire de se dégager d’un épais nuage de tristesse.
EMPIRE SOFIL
k The Ring 2
de Hideo Nakata
The Ring 2 suit Rachel Keller et son fils Aiden qui, après avoir échappé à la mort, décident de quitter Seattle pour s’installer à Astoria. The Ring 1 imposait un genre nouveau dans le cinéma d’horreur: pas besoin de sang ni de violence pour effrayer. Le cinéaste Hideo Nakata, à l’origine de la saga japonaise, est parvenu à créer le malaise et l’angoisse à travers une ambiance sombre bien particulière. Il a effectivement suivi la tendance du cinéma nippon contemporain: faire d’un simple objet domestique une source de terreur. Pour le premier volet, il s’agissait d’une vidéocassette. La suite choisit la facilité. La cassette refait surface, elle continue à tuer et se plaît à viser la même proie: la famille Keller. L’élément de suspense est alors au stade zéro, le spectateur connaissant déjà les secrets qui se cachent derrière la vidéo ainsi que l’identité du fantôme qui la hante. Ce nouveau volet n’est donc qu’une excuse plutôt mauvaise, qui tente de profiter du succès du premier épisode.
Ici, le maître-mot est redondance : retour de la cassette, de l’esprit de Samara et du passé de la jeune fille. En terrain connu, impossible pour le spectateur de sursauter ou de se sentir oppressé. L’actrice Naomi Watts (de retour dans le rôle de Rachel) se démène de son mieux afin de donner de la densité et de l’intérêt à un personnage aussi terne que le film lui-même.
KASLIK, FREEWAY,
CIRCUIT EMPIRE sauf SOFIL
Sorties prévues pour le jeudi 7/04/2005 (sous réserves) :
– Constantine, de Francis Lawrence, avec Keanu Reeves et Rachel Weisz.
– Without a Paddle, de Steven Brill, avec Seth Green et Matthew Lillard.
– Iznogoud, de Patrick Braoudé, avec Michaël Youn et Jacques Villeret.
– Banlieue 13, de Pierre Morel, avec Cyril Raffaelli, David Belle et Tony d’Amario.
Diffusion sur Arte du documentaire
de Katia Jarjoura
Après avoir été projeté le 14 mars en avant-première à Paris à l’Institut du monde arabe, le documentaire de Katia Jarjoura, «L’appel de Kerbala», sera diffusé sur Arte le mardi 5 avril dans le cadre de «La soirée Théma».
Diplômée en journalisme et en politique, Katia Jarjoura, Libano-Québécoise, a été tour à tour critique culturelle, chroniqueuse et reporter radio. Entre 2001 et 2002, elle réalise deux documentaires: Entre deux fronts (un gros plan sur le Liban-Sud et sur les répercussions de l’occupation israélienne dans la vie de quatre personnages antagonistes) et Princes de la guerre, seigneurs de la paix (un bilan de la situation politico-économique libanaise, 12 ans après la fin de la guerre civile, à travers le regard de quatre leaders libanais).
L’appel de Kerbala est son troisième documentaire :
Après la chute de Saddam, le pèlerinage des chiites irakiens vers Kerbala (tombeau de l’imam Hussein, petit-fils du Prophète qui fut décapité en 680) a connu un engouement extraordinaire. Interdit du temps du dictateur, ce rituel, outre sa dimension religieuse, est également le symbole de l’opposition contre les présences étrangères. La marche commémore le 40e jour de deuil de Hussein, celui qu’on appelle le prince des martyrs et qui représente la révolte et l’opposition. Trois jours durant, la jeune réalisatrice suit cette marche de 110km qui débute à Bagdad pour enfin se terminer à la ville sainte. Accompagnée d’un poète chiite et ancien prisonnier politique, elle nous fait découvrir l’Irak à travers les yeux de personnages extrémistes et modérés. Aucun jugement de la part de Jarjoura, mais plutôt un souci de filmer le réel pur et simple. Sa caméra est juste miroir. Le miroir d’une population chiite qui, pour avoir tant souffert, s’identifie à l’imam Hussein et qui combat en son nom tant qu’il y aura des oppresseurs et des tyrans, «autant dire pour l’éternité», comme le souligne la réalisatrice.
Rapidement happé, voire même hypnotisé par les images, par les paysages bucoliques et par les chants des pèlerins, le spectateur suit ce voyage atypique et devient témoin d’une période de l’année extrêmement importante pour une communauté et si peu connue du reste du monde. Intéressant par sa nature neutre et pourtant poignante, L’appel de Kerbala nous plonge dans le noyau même du rituel. Le documentaire nous laisse avec le sentiment d’avoir touché à la fois à une réalité et à un songe.
Paroles dE cinéma
Caméra rapprochée
Alejandro Amenábar :
jeune et talentueux
Réalisateur, scénariste et compositeur, Alejandro Amenábar est d’origine chilienne. Après avoir réalisé deux courts-métrages remarqués, intitulés Himenoptero et Luna, il remporte son premier succès commercial avec le thriller Tesis, un long-métrage sur l’univers trouble des «snuff movies», qui fait l’ouverture du Festival de Berlin dans la section «Panorama» et remporte cinq Goya, les récompenses cinématographiques majeures en Espagne. En 1998, le cinéaste brille une fois de plus avec Open your Eyes. Ce thriller fantastique qui navigue entre rêve et réalité devient rapidement l’un des plus gros succès du cinéma espagnol et révèle l’acteur Eduardo Noriega, déjà à l’affiche de Tesis. Hollywood en fera même un remake en 2001, Vanilla Sky, avec Tom Cruise et Penelope Cruz. Séduit par les talents et la nouvelle notoriété du Chilien, les Américains lui donnent sa chance : le réalisateur signe alors en 2001 la fable fantastique The Others, avec Nicole Kidman. Son dernier film en date, Mar adentro, marque un autre changement de registre dans son paysage cinématographique. Un tournant encore une fois salué par la presse et le public.
Amenábar parvient, avec une facilité déconcertante et avec brio, à changer de style et de genre. Après des films en langues espagnole et anglaise, à quand celle de Molière ?
D.D.
Courrier
La liberté au cinéma
De Guerre et paix en 1956 à Braveheart en 1995, le cinéma a célébré de toute son ardeur la liberté. Liberté des personnages ou émancipation d’un peuple opprimé, tous les sujets ayant pour dénominateur cette notion humaine, vitale et intemporelle ont été glorieusement traités par des metteurs en scène à travers le monde.
Côté guerre: l’envers de la guerre a attiré les plus grands cinéastes. Cimino réalise The Deer Hunter en 1978 avec Robert De Niro et Meryl Streep, Coppola tourne Apocalypse Now en 1979. Même en France, Truffaut étudie l’identité juive allemande dans Le dernier métro. En 1993, c’est l’inoubliable Schindler’s List de Spielberg qui montre le paroxysme de la sauvagerie nazie infligée aux juifs.
La prison est le lieu le plus abordé par le réalisateurs. Escapades et évasions bien étudiées sont le sujet de films classiques, comme The Great Escape avec Steve McQueen, et de films contemporains, comme le chef-d’œuvre The Shawshank Redemption.
Liberté. Liberté. Liberté. Que ce soit par élargissement des thèmes ou par simple franchise, la majorité des films tournent autour de la liberté. Tous glorifient l’autonomie et l’indépendance des personnages, d’une communauté ou d’un peuple, par simple justification que c’est la seule possession digne de ce nom pour l’être humain.
Élias Abou Charaf
Contacts: Société générale de presse et d’édition SAL, Kantari, imm. Kantari Corner. E-mail: redaction@lorientlejour.com (230 mots).
En gros plan
Inconséquences
Il est vrai que l’actualité locale ne facilite guère la programmation de nos salles de cinéma. Et, encore moins, n’encourage la sortie des films classés «intéressants». Mais tout de même, il se trouve que, bizarrement (?), quand il y a eu des projections de presse, elles ont concerné des films quelconques (sinon pires) et «oublié» des œuvres de qualité. Deux exemples : le film espagnol d’Alejandro Amenábar, Mar adentro (The Sea Inside); dans la publicité, à peine si la mention «Oscar du meilleur film étranger» était lisible! Et pas de projection préalable pour Open Water, de Chris Kentis, un film qui passait pour faire peur avec intelligence. Le hasard aurait-il joué dans les deux cas? Ce serait vraiment regrettable!
Bien sûr, on pourrait citer de nombreux autres exemples. On pourrait aussi protester : mais à quoi cela servirait-il? Les lois implacables du commerce des films ne datent pas d’aujourd’hui: la promotion sert surtout – et en priorité – le lancement et la carrière des «gros morceaux». Budgets obligent.
J.-P. GOUX-PELLETAN
les ciné-clubs
Le bon, la brute et le truand
de Sergio Leone (1968)
Le bon, la brute et le truand est chronologiquement le troisième volet des aventures de l’Homme sans nom après Pour une poignée de dollars tourné en 1964 et Et pour quelques dollars de plus réalisé en 1965. On revient ici aux premières aventures de notre personnage. Ce film de légende offre quelques-unes des scènes les plus mythiques du cinéma, telles que le duel final. Sergio Leone rompt avec les films hollywoodiens qui retraçaient les exploits des pionniers loyaux et courageux. Il privilégie le cynisme historique plutôt que le mythe de la conquête de l’Ouest. Sur fond de guerre, des mercenaires de la pire espèce rivalisent de cruauté et de cupidité. En parlant de ce long-métrage, le cinéaste déclara: «Ce qui m’intéressait c’était, d’une part, de démythifier les trois adjectifs (bon, brute, truand) et, d’autre part, de montrer l’absurdité de la guerre». Le cinéaste s’impose là comme le maître du western spaghetti. Tous les éléments du film restent en mémoire: les personnages en relief, les acteurs de talents, les plans irréprochables ou la musique somptueuse d’Ennio Morricone.
L’histoire: pendant la guerre de Sécession, trois hommes, préférant s’intéresser à leur profit personnel, se lancent à la recherche d’un coffre contenant 200000 dollars en pièces d’or volées à l’armée sudiste. Tuco sait que le trésor se trouve dans un cimetière, Joe connaît le nom inscrit sur la pierre tombale. Un troisième entre dans la course, Setenza, une brute qui n’hésite pas à massacrer pour parvenir à ses fins.
Avec Clint Eastwood, Eli Wallach et Lee Van Cleef.
Auditorium de l’Esa, mardi 5 avril à 20h30
Sa mère, la pute
de Brigitte Roüan (2000)
L’histoire : Catherine enquête sur la disparition de sa fille. Elle pensait que Coralie était une étudiante sage et tranquille, elle découvre qu’elle se droguait et se prostituait.
Un film produit par Arte.
Avec Brigitte Roüan et Marc Villard.
CCF, salle Montaigne,
mercredi 6 avril à 19h15
DYMA DEMIRDJIAN
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