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Actualités - Analyse

Éclairage L’islam, principal enjeu politique en Irak

Le triomphe parlementaire des partis chiites soutenus par un clergé dénigré et surveillé sous le régime de Saddam Hussein a lancé un débat politique sur le rôle de l’islam dans le nouvel Irak. Après 84 ans de régime laïc, le probable futur Premier ministre Ibrahim Jaafari a déclaré à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel être en faveur de la charia (loi islamique), tout en assurant que son application ne sera pas aussi stricte qu’en Iran ou en Arabie saoudite. Son parti, le Dawa, comme son rival le Conseil suprême de la révolution islamique d’Irak (CSRII), qui ont passé de nombreuses années en Iran, ne cachent par leur désir de voir s’instaurer un État islamique. « En tant que musulman, vivant dans un pays musulman, au milieu de musulmans, je veux que l’on suive l’islam », affirme Jawad al-Maliki, « numéro deux » du Dawa, ajoutant aussitôt qu’il ne veut pas l’imposer « sauf si c’est le choix du peuple ». Un récent sondage lui donne en partie raison : 48 % considèrent que la religion doit jouer un rôle dans la gestion de l’État contre 46 % qui souhaitent une séparation de la religion et de l’État, mais très peu (4,4 %) souhaitent l’application stricte de la charia. Le débat est pour le moment circonscrit par la Loi fondamentale, qui stipule que l’islam est « une source de la législation » et les partis laïcs restent attachés à cette formulation dans la Constitution permanente, qui doit être rédigée, votée et approuvée par referendum cette année. Le Premier ministre sortant Iyad Allaoui a, dans une lettre rendue publique ce week-end, mis notamment comme condition pour rejoindre le futur gouvernement que les membres du clergé chiite n’aient pas leur place au gouvernement. Il s’agit de la critique la plus virulente contre le clergé chiite dirigé par le grand ayatollah Ali al-Sistani, qui a joué un rôle prépondérant dans la tenue des élections du 30 janvier et dans la victoire de la liste de l’Alliance irakienne unifiée (AUI), qui a obtenu 146 sièges sur 275. Si la figure religieuse emblématique des chiites irakiens n’a jamais demandé explicitement l’application de la charia, il souhaite que la législation ne soit pas en contradiction avec les principes de l’islam. Mais pour le clergé musulman et ses partisans, il s’agit aujourd’hui de redresser la barre après des années durant lesquelles leur pouvoir a été rogné, notamment après la révolution de 1958 par Abdel Karim Kassem. En décembre 2003, les partis religieux dirigés par le CSRII d’Abdel Aziz Hakim avaient tenté de remettre en cause la loi de 1959 sur le statut personnel, qui édicte des règles aux tribunaux religieux chargés des mariages, divorces et des règlements sur l’héritage. Elle laissait aux juges peu de marge sur l’interprétation de la charia, avait donné aux femmes des droits égaux à ceux des hommes concernant le divorce et avait mis les tribunaux religieux sous le contrôle des cours civiles. Pour le clergé, ces mesures ont marqué leur perte d’influence depuis la création de l’Irak moderne en 1921. Dans les prochains mois, les partis religieux vont tenter une nouvelle fois de faire avaliser leurs convictions. Mais ce sera difficile car pour être adoptée, la Constitution doit non seulement être approuvée par la majorité des Irakiens, mais peut être rejetée si trois provinces votent aux deux tiers contre elle. À la veille de la formation du nouveau gouvernement, Saad Jawad, le chef politique du CSRII, a résumé la position du camp islamiste chiite : « Aucune loi violant les valeurs de l’islam ne peut être adoptée. Il ne s’agit pas d’une question de clergé mais de valeurs millénaires. » Salwan BINNI et Ned PARKER (AFP)

Le triomphe parlementaire des partis chiites soutenus par un clergé dénigré et surveillé sous le régime de Saddam Hussein a lancé un débat politique sur le rôle de l’islam dans le nouvel Irak.
Après 84 ans de régime laïc, le probable futur Premier ministre Ibrahim Jaafari a déclaré à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel être en faveur de la charia (loi islamique), tout en assurant que son application ne sera pas aussi stricte qu’en Iran ou en Arabie saoudite. Son parti, le Dawa, comme son rival le Conseil suprême de la révolution islamique d’Irak (CSRII), qui ont passé de nombreuses années en Iran, ne cachent par leur désir de voir s’instaurer un État islamique.
« En tant que musulman, vivant dans un pays musulman, au milieu de musulmans, je veux que l’on suive l’islam », affirme Jawad al-Maliki,...