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Actualités - Opinion

Le point Wolfowitz, Bolton : le coup double américain

On le sait depuis Rabelais : « Les nerfs des batailles sont les pécunes. » Mais nul n’a jamais prétendu que l’inverse était vrai et que l’on pouvait passer avec un égal bonheur de la direction des guerres à la distribution des aides aux moins nantis. À Washington, une personne au moins le croit : c’est George W. Bush qui propose à ses pairs, avec de fortes chances d’être entendu, la désignation de Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale. Il n’en faut pas plus pour que la communauté internationale découvre soudain au candidat des qualités hier encore insoupçonnées. Ainsi, le chancelier allemand Gerhard Schröder et le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw ont-ils eu les mêmes mots pour qualifier le choix appelé à être entériné dans quelques semaines. « Les gens, à les en croire, vont être agréablement surpris. » Le principal intéressé, lui, vient de se livrer dans une de ses rares interviews, déclarant : « Je suis en général gentil, en dépit de ce qu’on écrit sur moi. » Les représentants des 184 États membres de l’auguste Assemblée ne demandent qu’à le croire. Le parallèle avec la carrière d’un autre responsable du Pentagone est fort troublant. En 1968, Robert McNamara est appelé par le président Lyndon B. Johnson à diriger la BM après avoir, sept années durant, conduit la guerre du Vietnam. Les derniers mois, devaient révéler ultérieurement ses adjoints les plus proches, il avait commencé à émettre en privé de sérieux doutes sur les objectifs véritables et surtout sur l’issue du combat contre le Vietcong. L’homme que le patron de la Maison-Blanche surnomme affectueusement « Wolfie » n’a pas, lui, de ces états d’âme. On ne le surprendra pas à remettre en cause les trois principes qui ont guidé son plan d’action au pays de l’entre-deux fleuves : les troupes engagées sont suffisamment nombreuses – et le général Eric Shinseki, à l’époque chef d’état-major, avait dû ravaler ses objections – ; les GI vont être accueillis à Bagdad avec des brassées de fleurs et de petits drapeaux étoilés, que l’on avait pris soin de préparer et qui ne seront jamais distribués à la population ; enfin, le coût de l’entreprise militaire devra être largement couvert par le pétrole local. Cruel, un membre de l’Administration républicaine a jugé que les deux hommes se ressemblent sur un point au moins : tous deux sont responsables de la mort de milliers d’êtres humains dans des pays pauvres que beaucoup d’Américains auraient été incapables de localiser sur une carte. Il reste que l’un a pleuré devant les journalistes en donnant lecture de son premier rapport, « parce que, devait-il reconnaître, je prenais soudain conscience de l’énormité de la tâche qui m’attendait ». Et que l’autre a écrit un jour que pauvreté et sécurité sont étroitement liées, mais que le règlement des conflits réside non dans le recours aux armes mais dans le développement économique. C’est bien pourquoi d’ailleurs, il vient d’annoncer que son premier geste, après son élection, sera d’effectuer une tournée dans le continent africain. Ce périple devrait le porter à modifier des habitudes contactées à l’époque où, ambassadeur à Djakarta, il fréquentait avec une peu louable assiduité les Suharto, dont les membres ne passaient pas pour figurer dans le top 100 des familles les plus démunies d’Indonésie. Sur un plan strictement américain, le nouveau poste de Wolfowitz représente à la fois une promotion et une mise à l’écart. L’étape suivante, murmure-t-on à Washington, comportera le départ de Douglas Feith, actuel sous-secrétaire en charge de la politique de défense. Débarrassée ainsi de l’encombrante présence des numéros deux et trois du Pentagone, avec lesquels elle entretenait des rapports plutôt conflictuels, Condoleezza Rice aura la haute main sur la politique sécuritaire nationale, ce qui devrait se traduire par une primauté de la diplomatie sur l’interventionnisme militaire. Encore faudrait-il que les deux faucons notoires que sont le vice-président Dick Cheney et Donald Rumsfeld lui en laissent la possibilité. Or, si l’on en juge par la nomination d’un nouveau représentant US aux Nations unies, la partie est loin d’être gagnée pour les (fausses) colombes du département d’État. John Bolton en effet passe pour être opposé à l’idée même d’un arbitre international. Du coup se pose la question de savoir si sa mission ne consiste pas à paralyser le « machin » onusien. Pendant que, de son côté, Wolfowitz s’emparerait de la Banque mondiale pour en faire un instrument de la politique étrangère yankee. Christian MERVILLE
On le sait depuis Rabelais : « Les nerfs des batailles sont les pécunes. » Mais nul n’a jamais prétendu que l’inverse était vrai et que l’on pouvait passer avec un égal bonheur de la direction des guerres à la distribution des aides aux moins nantis. À Washington, une personne au moins le croit : c’est George W. Bush qui propose à ses pairs, avec de fortes chances d’être entendu, la désignation de Paul Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale. Il n’en faut pas plus pour que la communauté internationale découvre soudain au candidat des qualités hier encore insoupçonnées. Ainsi, le chancelier allemand Gerhard Schröder et le ministre britannique des Affaires étrangères Jack Straw ont-ils eu les mêmes mots pour qualifier le choix appelé à être entériné dans quelques semaines. « Les gens, à les en...