Selon une étude menée par l’économiste Toufic Gaspard, disponible sur le site web du ministère de l’Économie, au moins la moitié des marchés au Liban peuvent être considérés comme ayant des structures monopolistiques ou oligopolistiques. Par exemple, 71 % du marché du gaz liquide en bouteille sont contrôlés par une seule firme et 88 % du marché de l’eau minérale sont contrôlés par trois compagnies. Deux exemples surprenants sont celui du traitement des métaux où trois firmes contrôlent entièrement le marché, ainsi que celui des pesticides et autres produits agrochimiques où une seule firme contrôle 60 % du marché. D’autre part, à peu près 5 % des agriculteurs exploitent près de la moitié de la superficie totale cultivable du Liban alors que la moitié des agriculteurs n’exploite que 8 %.
Ces marchés auront des pratiques dites restrictives au niveau des prix proposés, ce qui peut nuire au consommateur et diminuer le flux des investissements. En effet, les prix pratiqués dans la plupart des marchés libanais sont supérieurs de 10 % au niveau d’un marché compétitif d’après l’étude qui s’appuie sur une comparaison du prix local des produits importés avec leur prix dans leur pays d’origine. Par conséquent, les effets de ce genre de structure économique conduisent à une performance non optimale et à une distribution inéquitable du revenu. Preuve en est qu’il y a, selon l’étude, une augmentation significative de la demande pour les produits de luxe aux dépens de celle pour les produits de masse. La moitié la plus pauvre de la population aurait un salaire de 21 % du revenu total alors que 10 % de la population en aurait 39 %.
Les obstacles à un climat favorable à la concurrence sont nombreux. Entre autres, le coût élevé du crédit et le manque d’investissement impliquent la formation de petites à moyennes entreprises (PME) qui constituent 90 % des établissements manufacturiers, selon l’étude. Le peu de crédit octroyé par les banques va directement aux 10 % des privilégiés qui raflent la plus grande partie des recettes de ce marché. En dépit du fait qu’un potentiel d’économie d’échelle existe – ce qui serait la principale source de croissance et de productivité –, ces petits établissements sont aussi freinés par des barrières administratives et légales, car, selon l’étude, les lois commerciales, restées inchangées depuis le mandat français, sont obsolètes de par leur incapacité à régir des problèmes modernes telle la banqueroute. Sans parler du manque d’effectif dans les tribunaux et du système de la « wasta » qui crée un climat de discrimination et qui pourrait par conséquent inhiber le flux des investissements. Pour cette étude, il faut surtout favoriser l’élargissement de ces PME pour profiter des économies d’échelle.
D’autre part, une trop grande concentration existe dans certains marchés tel celui du cellulaire où deux sociétés possèdent tous les attributs d’une structure oligopolistique, d’après l’étude qui décèle une complicité au niveau des tarifs proposés. En effet, la valeur de ces tarifs reste exorbitante pour la région (13 cents la minute comparé à 3 à 8 cents la minute dans d’autres pays arabes). Idem pour l’électricité où la privatisation qui consiste à séparer les différentes activités (émission, distribution, collecte) reste nécessaire tout en gardant la transmission en état de monopole à cause des économies d’échelle qu’implique cette activité.
Entre autres solutions proposées, l’étude préconise l’abolition des agences exclusives. L’argument selon lequel la qualité du produit serait négativement affectée si l’on abolit l’exclusivité ne tient pas, d’après l’étude pour qui le marché et le processus de la concurrence seront les principaux régulateurs des prix et des ventes suivant la qualité du produit.
B.S.
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