Certains les regardent d’un œil sceptique, ces jeunes qui campent, nuit et jour, place des Martyrs. « Cela prend des allures de Woodstock », prétendent les médisants. « Cela dérape, et sent la drogue et les attitudes déplacées », renchérissent encore les mauvaises langues. « Cela tourne à la kermesse », pensent parfois les simples citoyens, dérangés par les chants entonnés au rythme des tambours à proximité immédiate du tombeau du Premier ministre défunt, gênés par les saletés qui jonchent le sol, à l’instar des lendemains de fête, inquiets de la tournure que prennent les événements, influencés surtout par les ragots malveillants qu’ils entendent çà et là.
Des ragots qui n’ont pour seul but que de semer le doute et la discorde, de discréditer la ténacité des jeunes et des moins jeunes, de minimiser leur mobilisation, de rire de leurs convictions.
Alors que ces Libanais de toutes confessions, de toutes tendances, réunis pour une fois, pour la première fois depuis si longtemps, ne se lassent pas de manifester, d’affirmer leur opposition à la présence de l’armée syrienne sur le territoire libanais, de se relayer, de marcher en criant haut et fort leur colère, mais aussi en chantant leur amour pour leur patrie, d’une seule voix et à en perdre la voix.
Le regard des autres ? De ceux qui sont contre, qui réprouvent de voir filles et garçons cohabiter dans une même tente, manifester main dans la main ou fumer quelques cigarettes en brandissant le drapeau libanais ? Ils n’en ont cure.
Car la libération de leur pays, la vérité sur l’assassinat de Hariri, mais aussi la démission des chefs des services de renseignements, réclamées par l’opposition, c’est à corps perdu qu’ils se lancent pour les obtenir. Sans retenue. Sans peur. Même si, pour cela, ils doivent rater leurs cours, perdre une partie de leur année scolaire ou universitaire. Prêts même à y perdre la vie, pour certains, si cela était nécessaire. « Notre âme, notre sang... Notre vie pour que vive le Liban », chantaient-ils encore hier soir et tous les soirs.
Le jour de la manifestation interdite, ils n’ont pas hésité à braver menaces et barrages, fraternisant, roses à la main, avec l’armée que l’on avait chargée de les mater, de les réprimer, de les empêcher de s’exprimer. Cette armée qui leur est si chère.
La « révolution du cèdre » est en marche. Pour ne plus s’arrêter. Ce ne seront pas quelques paroles médisantes, quelques ragots malveillants qui entraveront sa bonne marche.
Anne-Marie EL-HAGE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Certains les regardent d’un œil sceptique, ces jeunes qui campent, nuit et jour, place des Martyrs. « Cela prend des allures de Woodstock », prétendent les médisants. « Cela dérape, et sent la drogue et les attitudes déplacées », renchérissent encore les mauvaises langues. « Cela tourne à la kermesse », pensent parfois les simples citoyens, dérangés par les chants entonnés au rythme des tambours à proximité immédiate du tombeau du Premier ministre défunt, gênés par les saletés qui jonchent le sol, à l’instar des lendemains de fête, inquiets de la tournure que prennent les événements, influencés surtout par les ragots malveillants qu’ils entendent çà et là.
Des ragots qui n’ont pour seul but que de semer le doute et la discorde, de discréditer la ténacité des jeunes et des moins jeunes, de...