L’Iran, secoué hier par un séisme qui a fait plus de centaines de morts, est une zone à très fort risque sismique, mal préparée à ce type de catastrophe, d’où le nombre important de victimes à chaque tremblement de terre, soulignent les experts. D’une magnitude de 6,4 sur l’échelle ouverte de Richter, la secousse qui a frappé la province de Kerman (Sud-Est) constitue le dernier avatar d’un phénomène récurrent dans un pays situé à la jonction de failles et donc dans une zone d’intense activité sismique.
« C’est une zone qui est un peu compliquée car on n’est pas très loin d’une frontière de plaques » composée de deux segments « très différents », a expliqué à l’AFP un sismologue du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), Thierry Winter. Le premier segment, au niveau du Golfe, correspond à une collision entre deux plaques continentales, l’Arabie d’une part, l’Eurasie et le Zagros d’autre part. Le second, au sud-est du détroit d’Ormuz, met en contact une plaque océanique et l’Eurasie, la première passant sous le continent eurasien.
Au cours des 25 dernières années, la province de Kerman et le sud de la province voisine de Khorassan ont été touchés par une dizaine de séismes de 6,5 à 7,4. Le plus meurtrier, dans le sud du Khorassan le 16 septembre 1978, a détruit la ville de Tabass faisant environ 25 000 morts. Le 26 décembre 2003, un tremblement de terre avait fait près de 30 000 morts à Bam. « Le séisme de mardi n’est pas une surprise » et l’on sait que, dans cette zone, « on ne peut pas réduire l’aléa sismique », a reconnu M. Winter. « Par contre, a-t-il ajouté, on pourrait limiter la vulnérabilité » des populations. La magnitude du tremblement de terre de Kerman n’est en effet pas très importante. « C’est un séisme qui, aux États-Unis ou au Japon, aurait à peine alerté la population », avec au pire « une crise cardiaque », a noté le sismologue. Mais en Iran, en raison de « la vulnérabilité des populations et des habitations, ça fait énormément de morts immédiatement ». Depuis un siècle, il y a eu en Iran 170 000 morts liés aux séismes, soit 17 000 tous les dix ans. Et chaque fois qu’il y a un tremblement de terre, « il y a plus de morts », a constaté M. Winter en déplorant que les Iraniens « n’aient apparemment pas tiré parti de tous les séismes passés ». La vulnérabilité des populations, a-t-il précisé, tient d’abord à la fragilité des bâtiments, qui ne respectent pas les normes antisismiques ou qui ne sont pas maintenus en état pour ce qui est des maisons en adobe, ou pisé. La population, selon M. Winter, n’a en outre pas « une culture de risque et n’a donc pas forcément de bonnes réactions en cas de séisme ». La pression démographique (25 % d’augmentation du taux de naissance en Iran en 25 ans) conduit à un besoin de construire très rapidement des bâtiments, des habitations, avec des concentrations dans les zones urbaines, ce qui « augmente forcément une vulnérabilité à la fois sociale, physique et de gouvernance », a-t-il ajouté. Un risque d’autant plus fort à Téhéran, « l’une des villes les plus exposées au monde » avec Istanbul, a précisé M. Winter. La ville, 12 millions d’habitants, est « parcourue par des failles importantes, reconnues », et selon les estimations les plus courantes, un séisme de 6,5 y ferait plusieurs centaines de milliers de morts, a-t-il dit.
Guy CLAVEL (AFP)
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