L’amour, encore l’amour. Reem Deeb, soprano, chante l’amour sur tous les tons. Pas toujours convaincants ou émouvants, car ni la présence sous les feux de la rampe, ni la voix qui chevrote à maintes reprises n’accordent un répit de vrai plaisir à l’auditeur. Accompagnée sagement et sans éclat particulier au piano par May Kallab, la cantatrice a concocté un programme pourtant intéressant mais pas souvent à la hauteur de l’ambition souhaitée. Se sont succédé des pages de Haendel, Mozart, Gounod, Bizet, Verdi, Webber, Rogers et Hammerstein, Lerner et Loewe, Norman, et enfin Simon et Leonard Berstein. Survol rapide du temps et des siècles, allant de l’architecture classique aux embardées modernes, en passant par un certain lyrisme bien romantique.
Sur une scène décorée de guirlandes, de roses blanches et d’un bouquet de roses rouges trônant à côté du piano, portant une robe longue en noir et blanc avec écharpe en gaze claire sur les épaules, Reem Deeb a entamé son tour de chant avec une aria tirée de Jules César, de Haendel. Adoration, chaleur du regard et serment d’amour rimant avec toujours pour ce bref passage d’une grande rigueur et sobriété classique. Suivent le charme et la douceur du génie de Salzbourg à travers les intermittences du cœur échappées aux Noces de Figaro. Tourbillonnante et fraîche valse avec le Ah je veux vivre, de Roméo et Juliette, de Charles Gounod, où cependant les trilles aux aigus foirent quelque peu… Juliette clame son droit à la vie dans un irrépressible élan d’espoir fou et de joie. De la Carmen de Georges Bizet, on écoute non les déclarations incendiaires de l’indomptable gitane mais la prière quelque peu résignée de la timide Michaela. Pas de habanera sensuelle donc ni de seguidilla dansante mais une complainte aux confins des murmures et des soupirs d’une jeune fille craintivement amoureuse. Pour conclure cette première partie, un passage singulièrement dramatique et sombre de La Traviata, où la dame aux camellias se livre à son destin de femme déchue. Vaincue et abandonnée, même les souvenirs ne la réchauffent plus.
Du Fantôme de l’opéra, œuvre baroque et à succès de Andrew Lloyd Webber, trois mélodies (en anglais) où l’amour est présence, vœux de se retrouver et souhait de se fondre à l’autre. Deux ritournelles moins connues de Rogers et Hammerstein, tirées successivement de Oklahoma et Carousel. Plus vivant et certainement plus fredonné par tout le monde est le mythique I Could Have Danced All Night de My Fair Lady, immortalisé à l’écran par une Audrey Hepburn éblouissante de beauté et de talent.
Aimer en silence et payer le prix fort, c’était la fatalité d’amour pour Guinever dans l’épisode de Camelot. Encore une œuvre peu connue du grand public, tirée du Jardin secret de Norman and Simon, où les secrets du cœur sont impénétrables.
Pour terminer, le I Feel Pretty, de West Side Story, de Bernstein. Pétillante et délicieuse coquetterie de jeune fille découvrant l’enivrant pouvoir de la séduction quand le regard de l’autre est bien plus qu’un simple miroir.
Gerbes de fleurs, applaudissements d’un cercle d’amis, de collègues et de quelques mélomanes. En bis, une fois de plus, le credo (mais qui aurait pu prédire un aussi funeste destin aux amants de Vérone?) de Juliette, dans l’œuvre de Gounod, cette lumineuse ronde de notes qui s’intitule Ah , je veux vivre.
Edgar DAVIDIAN
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Sur une scène décorée de guirlandes, de roses blanches et...