L’évolution en général et au Sud en particulier réjouit le cœur des lahoudistes. Qui ne prennent pas beaucoup au sérieux les protestations de neutralité du président de la Chambre dans le conflit entre les têtes de l’Exécutif. Car, selon eux, en s’alliant électoralement, mais également à travers la direction des débats parlementaires, avec le chef du gouvernement, le président de la Chambre porte préjudice au régime. Par un concours particulier de circonstances, il s’est trouvé que le camp lahoudiste avait de fortes affinités politiques avec le Hezbollah, le chef de l’État ayant toujours soutenu la Résistance. Donc c’est avec satisfaction, sinon avec jubilation, que les lahoudistes ont accueilli les résultats électoraux remarquables du Hezb contre l’axe adversaire commun formé par le tandem Hariri-Berry. Mais, contrainte de la dialectique, les partisans du régime, qui ont toujours cultivé la défense du modérantisme rationnel, ne pouvaient pas trop souligner le côté radical que le Hezb revêt. Ils ont donc évité de trop le citer.
En distribuant leur satisfecit d’une manière globale au bon sens modéré, raisonnable, démocratique que l’électorat a manifesté lors des municipales. En affirmant que ce flux vient soutenir la ligne adoptée par le président de la République, notamment au Mont-Liban. Selon un des proches de Baabda, les municipales ont montré en effet, grâce aux municipalités remportées (notamment par l’aile Michel Murr), la forte popularité du chef de l’État au niveau de la rue chrétienne. Selon cette personnalité, l’on a pu récemment entendre un diplomate occidental témoigner dans les salons que, finalement, l’opposition n’a pas le monopole de cette rue. Plus proche qu’on ne croyait du pouvoir.
Retour au Sud. Car c’est là que les municipales altèrent le plus les donnes sur l’échiquier politique local. En effet, dans cette région sensible, les deux président alliés, Berry et Hariri, ont fait face au Hezbollah comme à un certain nombre d’opposants, familles comprises. De plus, dans cette zone bordant le territoire ennemi et qui englobe une enclave, Chebaa, encore occupée, le scrutin ne pouvait pas être sans connexion avec le dossier régional. En (grande) partie géré par la Syrie. Qui a dès lors veillé, par des remontrances anticipées, au bon déroulement des opérations de vote, côté sécurité et côté expression libre, sinon démocratique.
Il est significatif, symptomatique que Hariri ait essuyé une déroute totale à Saïda, sa ville natale. Ce développement vient confirmer, après Beyrouth son autre fief, où sa marge de manœuvre avait été strictement limitée, que le président du Conseil se voit interdire la superstature qu’il aurait aimé se donner. Et cela en base de la vieille règle établie par les décideurs pour mieux contrôler la scène politique libanaise : il ne faut pas qu’une tête dépasse trop, en hauteur, le reste du lot. Tout comme, et les résultats électoraux le prouvent aussi, il ne faut pas qu’une partie en élimine une autre. C’est ce qui s’est confirmé pour Berry qui n’a pas été balayé, mais a dû faire jeu égal avec le Hezbollah. En perdant, par rapport à ses scores précédent, un bon tiers des municipalités qu’il contrôlait. Mais alors que Hariri était défait, pour ne pas dire humilié, à Saïda, Berry est parvenu à garder son emprise sur sa propre cité symbole de premier plan, Tyr. Ce qui pousse beaucoup d’observateurs à estimer qu’aux yeux des décideurs, dans l’ordre des préférences, un chef de parti, allié fidèle des temps de guerre, passe avant une personnalité qui s’est lancée à partir d’une tout autre orbite arabe (saoudienne, pour tout dire).
Il reste que, répétons-le, il y a également une nette réduction de volume pour Berry. Le Sud, qui prend figure de premier baromètre dans la perspective des législatives de l’an prochain, semble annoncer, pour le futur Parlement, une nouvelle configuration. Les leaderships « transcendants » de Hariri et de Berry sont d’autant plus menacés qu’il est fortement question d’une nouvelle loi électorale favorisant le caza ou la petite circonscription. Et mettant donc fin, ou limite, aux parachutages massifs d’illustres inconnus (de la population). Ce qui réduit en poudre la possibilité de voir se reformer, place de l’Étoile, des blocs embrigadant plusieurs dizaines de députés, comme ceux, justement, de Hariri et de Berry. C’est du reste ce dernier qui semble le plus en perte de vitesse potentielle. Parce que Hariri est plus diversifié politiquement si l’on peut dire. Et garde la possibilité, avec ses moyens propres, de se gagner (c’est le mot) de précieux appuis, même du côté des décideurs. Tandis que Berry, chef de parti, est confronté à un autre parti, au moins aussi bien structuré et organisé que le sien. Et qui vient de lui donner une leçon plutôt sévère dans la Békaa. En lui lançant un avertissement sans frais au Sud. Pour le fond, le mouvement Amal se voit contester le rôle de représentant politique dominant, voire quasi unique, de la communauté chiite. Il devra en tenir compte en 2005. En espérant, secrètement, un rapprochement syro-américain qui aboutirait à la mise en veilleuse, électorale et autre, du Hezbollah. Bête noire des Américains, que Nasrallah vient derechef de défier lors de la marche des linceuls.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’évolution en général et au Sud en particulier réjouit le cœur des lahoudistes. Qui ne prennent pas beaucoup au sérieux les protestations de neutralité du président de la Chambre dans le conflit entre les têtes de l’Exécutif. Car, selon eux, en s’alliant électoralement, mais également à travers la direction des débats parlementaires, avec le chef du gouvernement, le président de la Chambre porte préjudice au régime. Par un concours particulier de circonstances, il s’est trouvé que le camp lahoudiste avait de fortes affinités politiques avec le Hezbollah, le chef de l’État ayant toujours soutenu la Résistance. Donc c’est avec satisfaction, sinon avec jubilation, que les lahoudistes ont accueilli les résultats électoraux remarquables du Hezb contre l’axe adversaire commun formé par le tandem...