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Les fous de samba japonais ont aussi leur carnaval

À l’heure où le Brésil fête le carnaval, Ai Onodera passe ses nuits à Tokyo à coudre les costumes de son groupe de passionnés de samba pour un spectacle de danses brésiliennes en plein essor au Japon. Elle fera la fête demain dans une salle, car février est ici bien trop frais pour plumes multicolores, bustiers scintillants et jolies jambes nues. C’est dans la chaleur moite de l’été que les fanatiques japonais de samba envahissent les rues de Tokyo pour leur carnaval de Rio, plus vrai que nature. Une immense foule enthousiaste et tranquille à la fois est massée alors le dernier samedi d’août sur les trottoirs du quartier d’Asakusa, grands-parents accompagnés de leurs petits-enfants, jeunes gens perchés sur les lampadaires ou les pieds dans le vide, en équilibre instable sur les balcons des immeubles. Soudain, aux percussions de la samba viennent se mêler les sons légers du « sanshin », banjo à trois cordes des îles subtropicales japonaises d’Okinawa, recouvert de peau de serpent. Ai Onodera, de son nom de scène, aime en effet parfois associer discrètement danses, musiques et fleurs japonaises à sa passion pour la samba. Elle a d’ailleurs commencé sa carrière par le « nihon buyo », danses classiques japonaises, qu’elle exécutait enfant pour des mariages ou dans des écoles élémentaires, serrée dans son kimono, un grand éventail à la main. L’été dernier, la touche d’Okinawa apportée par « Ganadora », le groupe de quelque 65 danseurs qu’elle dirige, n’est pas passée inaperçue parmi l’énorme foule de spectateurs attentifs, au nombre de 455 000, selon les organisateurs. Ai a découvert la samba au travers de cours de danse de salon et de magazines et est devenue professionnelle en 1995, après un examen comprenant bonnes manières, exécution de nombreux pas – valse, tango, fox-trot, cha-cha-cha, rumba – et même, entre autres choses, droit japonais. Puis deux années de suite, elle a passé deux semaines à New York, dans l’école du danseur JoJo Smith, qui a notamment contribué au film des années 1970 Saturday Night Fever et travaillé avec les chanteurs Barbra Streisand, Sylvie Vartan et Johnny Hallyday. « Il a changé ma vie. J’étais très timide, comme le sont les Japonais, et ne savais pas comment me montrer séduisante devant un public », se souvient Ai. À 34 ans, elle enseigne dans son trois-pièces à Tokyo la samba mais aussi d’autres danses latines : merengue, salsa, lambada. « J’espère que la samba m’a aidée à comprendre les Brésiliens. Ceux qui vivent ici sont soumis à beaucoup de stress, car notre façon de vivre est très différente », explique-t-elle. Environ 274 700 Brésiliens sont enregistrés à travers l’archipel, selon les derniers chiffres du ministère japonais de la Justice (décembre 2003). La plupart travaillent dans des usines automobiles ou de fabrication de téléphones cellulaires et d’appareils électriques. « Quand les Japonais sont stressés, ils boivent de l’alcool et s’endorment ou bien ils vont à l’onsen (source d’eau chaude naturelle), affirme Ai Onodera. Les Brésiliens, eux, jouent des instruments de musique, chantent et dansent. Les Japonais aiment le calme et ne comprennent pas pourquoi ils font tant de bruit tous les soirs. » Parmi les quelque 4 500 danseurs du festival d’Asakusa se trouvaient aussi Midori Onaga et ses amies. Midori (43 ans) enseigne le tambour brésilien et d’autres instruments et s’intéresse plus aux racines de la samba et de la musique afro-brésilienne. Son périple l’a menée au Brésil où elle a vécu 12 ans, travaillant une partie du temps pour un journal de la communauté nippone locale, Jornal Paulista : 8 000 à 10 000 exemplaires, une page en portugais, sept en japonais, précise-t-elle. Elle a séjourné dans des villages du nord du fleuve Amazone pour recueillir les sons des musiques indiennes et africaines, à l’occasion de fêtes catholiques, et est allée jusqu’au Mozambique où elle a enregistré un disque.
À l’heure où le Brésil fête le carnaval, Ai Onodera passe ses nuits à Tokyo à coudre les costumes de son groupe de passionnés de samba pour un spectacle de danses brésiliennes en plein essor au Japon. Elle fera la fête demain dans une salle, car février est ici bien trop frais pour plumes multicolores, bustiers scintillants et jolies jambes nues.
C’est dans la chaleur moite de l’été que les fanatiques japonais de samba envahissent les rues de Tokyo pour leur carnaval de Rio, plus vrai que nature. Une immense foule enthousiaste et tranquille à la fois est massée alors le dernier samedi d’août sur les trottoirs du quartier d’Asakusa, grands-parents accompagnés de leurs petits-enfants, jeunes gens perchés sur les lampadaires ou les pieds dans le vide, en équilibre instable sur les balcons des immeubles. Soudain,...