Troisième à prendre la parole pour évoquer « le mouvement estudiantin au Liban », Marc Makary a estimé d’entrée que « le mouvement estudiantin de l’après-guerre est dans l’incapacité de remplir sa tâche originelle, celle de refléter les attentes des jeunes ». Ainsi, au lieu d’être « une dynamique jeune amorçant le changement dans la société », le mouvement estudiantin « souffre de plusieurs maux qui le rendent presque inefficace », selon lui. Après avoir joué un rôle moteur dans la mobilisation de l’opinion publique entre 1997 et 2001, le mouvement estudiantin stagne. « Les étudiants n’arrivent pas à innover », a-t-il noté, évoquant « le malaise estudiantin », lié à des conditions nationales, mais aussi inhérentes au mouvement.
Ainsi, l’efficacité du mouvement estudiantin est fonction du degré d’autonomie des étudiants par rapport aux structures qui les entourent. Les atteintes peuvent provenir de certaines universités, qui empêchent leurs étudiants de se livrer à des activités politiques, mais aussi des partis politiques. Sans faire le procès des partis, M. Makary a estimé qu’il « est une réalité frappante : la plupart des partis politiques libanais souffrent d’un discrédit chronique qui se répercute directement sur le mouvement estudiantin. Que ce soit par la personnalisation des partis, leur monopolisation par certaines familles, leur asservissement intégral au régime et aux intérêts syriens ou leur identification à l’une des communautés religieuses, la plupart des partis politiques libanais sont en mal d’évoluer vers des structures politiques modernes et démocratiques ».
Et de déplorer ensuite le fait que les vieilles divisions partisanes héritées de la guerre se répercutent souvent négativement sur l’action des amicales estudiantines. « Il est normal, sinon nécessaire, que toutes les parties n’aient pas les mêmes revendications, mais il est anormal et destructeur que les revendications des uns soient complètement étrangères aux autres et qu’elles puisent leur source dans un fond de valeurs complètement différent (...), souligne M. Makary. Les étudiants sont ainsi en mal de trouver une plateforme commune qui pourrait constituer un début de vision commune et constructive pour le Liban. Ils sont incapables de se réunir autour de causes politiques nationales, mais aussi autour de thèmes qui les touchent directement en tant que jeunes. Ils sont dans l’incapacité d’innover. Ce sont les mêmes slogans qui reviennent tous les ans dans tous les événements estudiantins : tous leurs discours tournent autour de la présence syrienne au Liban. La tutelle syrienne est effectivement une des sources principales, sinon la source principale, de tous les maux et elle doit occuper une place prioritaire dans le combat pour la liberté, mais il existe d’autres sujets qui devraient également mobiliser les étudiants, à savoir le mariage civil, la réduction de l’âge électoral et surtout le service militaire. En mal d’innover et d’explorer de nouvelles pistes de réflexion capables d’offrir un autre cadre de dialogue, le mouvement estudiantin restera plongé dans la division et l’impotence », a-t-il indiqué. Avant d’ajouter : « Ce phénomène de fractionnement est d’autant plus grave que la conjoncture actuelle au Liban favorise la division et la mésentente nationale. Sous l’emprise d’un État policier qui doit être assimilé à une dictature à la syrienne, modèle d’inspiration du régime libanais, et d’un confessionnalisme exacerbé qui gouverne les esprits, le climat s’avère de moins en moins propice au dialogue. »
Rappelant ensuite que « les mouvements estudiantins sont toujours menés par une minorité », il a constaté que « le grand drame du mouvement estudiantin libanais est que cette minorité est incapable de mobiliser la plus grande partie des étudiants », qui, sceptiques quant aux possibilités réelles de changement, finissent par se désintéresser totalement de toute action à caractère politique. « La solution n’est absolument pas de renoncer aux manifestations et sit-in mais de leur ajouter d’autres formes de lutte qui emporteraient une plus grande adhésion. Cette diversification des moyens de lutte réside dans l’idée d’innovation qui d’ailleurs devrait constituer la substance même du mouvement estudiantin », dit-il, citant le concept de « résistance culturelle » prônée par le père Sélim Abou. « La “résistance culturelle” est effectivement une alternative qui peut conscientiser et sensibiliser la majorité silencieuse : d’une part, elle devrait toucher tous les esprits vu la diversité des formes de lutte, et d’autre part, elle est accessible à tous les étudiants », a-t-il souligné.
Et de conclure son exposé par une note positive : « Aujourd’hui, face à une opposition plurielle qui resserre ses rangs dans le seul intérêt du Liban, le pays a une chance de revivre. D’un grand absent de l’après-guerre, le mouvement estudiantin a l’opportunité d’être parmi les architectes du Liban de demain. Espérons qu’il la saisira. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Troisième à prendre la parole pour évoquer « le mouvement estudiantin au Liban », Marc Makary a estimé d’entrée que « le mouvement estudiantin de l’après-guerre est dans l’incapacité de remplir sa tâche originelle, celle de refléter les attentes des jeunes ». Ainsi, au lieu d’être « une dynamique jeune amorçant le changement dans la société », le mouvement estudiantin « souffre de plusieurs maux qui le rendent presque inefficace », selon lui. Après avoir joué un rôle moteur dans la mobilisation de l’opinion publique entre 1997 et 2001, le mouvement estudiantin stagne. « Les étudiants n’arrivent pas à innover », a-t-il noté, évoquant « le malaise estudiantin », lié à des conditions nationales, mais aussi inhérentes au mouvement.
Ainsi, l’efficacité du mouvement estudiantin est fonction du...