L’Irak renoue le 30 janvier avec des élections multipartites disparues avec la monarchie, renversée en 1958 par des officiers nationalistes convaincus que les réformes sociales et la fin de la tutelle britannique étaient plus importantes que la démocratie.
Quatre-vingts ans après sa première élection pluraliste, ce pays s’apprête à revivre la même expérience dimanche mais par un retournement de l’histoire, car ce sont aujourd’hui les religieux sunnites et non chiites qui appellent au boycottage de la consultation.
L’Irak, dominé par les Britanniques, avait élu en janvier 1924 une constituante qui a rédigé sa première Constitution, rappelle l’historien Mohammed Kamel.
L’Assemblée qui doit sortir des urnes dans cinq jours aura aussi à rédiger la Constitution permanente de l’Irak, pays dépendant aujourd’hui des États-Unis.
« L’élection de 1924 avait été pluraliste. Elle avait vu la participation de trois formations, le Parti libre irakien, le Parti Nahda et le Parti national irakien », indique M. Kamel, également secrétaire général adjoint de l’Union des historiens arabes.
Aujourd’hui 111 listes sont en compétition, ce qui en fait l’une des élections les plus disputées de l’histoire du pays, qui émerge d’une longue parenthèse dictatoriale de domination du parti Baas. « En 1924, ce sont les hommes de religion chiite qui avaient boycotté l’élection mais actuellement ce sont les oulémas sunnites qui y appellent. Le centre chiite était en ébullition en 1924 mais ce sont actuellement les zones sunnites qui le sont », rappelle l’historien. « À l’époque, la région kurde de Souleimaniyah échappait au contrôle du pouvoir central et aujourd’hui l’ensemble du Kurdistan jouit de l’autonomie », note encore cet historien, qui trouve des parallèles entre la situation d’aujourd’hui et celle de 1924 même si les rôles sont inversés.
L’enregistrement sur les listes électorales était interprété à l’époque comme un premier pas vers l’instauration du service militaire que refusaient tant les chiites que les Kurdes alors que les sunnites y étaient favorables. Aujourd’hui, c’est la guérilla sunnite qui s’attaque sans répit à l’institution militaire et à la police.
Les sunnites, aux commandes de l’Irak moderne jusqu’à la chute du régime de Saddam Hussein en avril 2003, risquent la marginalisation en boycottant le scrutin.
Les chiites ont tiré l’amère leçon de la politique de la chaise vide, comme l’expliquait récemment un imam proche du Conseil suprême de la révolution islamique en Irak (CSRII), cheikh Sadreddine al-Koubanji, dans la ville sainte de Najaf.
La dernière élection libre a eu lieu en 1953, soit cinq ans avant l’abolition de la monarchie après le coup d’État du 14 juillet 1958. Abdel Karim Qassem, resté au pouvoir jusqu’en 1963, a purement et simplement dissous le Parlement. L’absence de vie parlementaire s’est perpétué sous la direction des frères Abdel Salam et Abdel Rahmane Aref. Saddam Hussein décide en 1980 de faire élire un Parlement mais les scrutins successifs avaient été dominés par le Baas, dont il a fait un instrument de son pouvoir personnel. Le mode de scrutin était majoritaire et l’Irak a été divisé pendant cette période en circonscriptions de quelque 100 000 habitants chacune. Le 30 janvier, les Irakiens doivent élire dans un scrutin à la proportionnelle intégrale les 275 députés de l’Assemblée nationale transitoire et, en outre, les Kurdes doivent désigner les 111 députés de leur Parlement autonome mis en place en 1992.
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Quatre-vingts ans après sa première élection pluraliste, ce pays s’apprête à revivre la même expérience dimanche mais par un retournement de l’histoire, car ce sont aujourd’hui les religieux sunnites et non chiites qui appellent au boycottage de la consultation.
L’Irak, dominé par les Britanniques, avait élu en janvier 1924 une constituante qui a rédigé sa première Constitution, rappelle l’historien Mohammed Kamel.
L’Assemblée qui doit sortir des urnes dans cinq jours aura aussi à rédiger la Constitution permanente de l’Irak, pays dépendant...