Le président Jacques Chirac fera aujourd’hui à Davos des « propositions concrètes » pour tenter de convaincre un gotha économique et politique, a priori sceptique, du bien-fondé d’une taxe internationale pour financer le développement des pays pauvres.
M. Chirac, qui est le premier président français à participer à une réunion du Forum économique mondial, devrait rester à peine une heure aujourd’hui après-midi dans cette station de ski des Grisons, dans l’est de la Suisse, tout juste le temps d’y prononcer un discours.
L’objectif d’une taxe internationale est de recueillir 50 milliards de dollars par an pour diminuer de moitié l’extrême pauvreté dans le monde d’ici à 2015, comme le sommet du millénaire de l’Onu s’y était engagé en 2000. Aujourd’hui 1,2 milliard de personnes vivent avec moins d’un dollar par jour.
L’Élysée n’a pas dévoilé les propositions que doit faire M. Chirac, mais il devrait choisir parmi l’éventail de solutions avancées en septembre par un groupe d’experts.
Certaines idées sont anciennes (taxe sur les gaz à effet de serre ou les transactions financières, sur les entreprises multinationales ou les ventes d’armes) mais d’autres sont plus novatrices : taxe sur les passages dans les détroits maritimes, les billets d’avion ou les achats par carte de crédit. Le rapport prévoyait également des contributions volontaires par le biais de loteries ou d’incitations fiscales pour les dons.
Quatre pays (France, Brésil, Chili, Espagne) soutiennent activement l’idée d’une taxe pour tenir les engagements du millénaire. À New York, en septembre dernier, une centaine de pays s’étaient montrés intéressés, mais les États-Unis y avaient réitéré leur hostilité. De grands pays riches comme le Japon et l’Allemagne sont restés prudents.
L’Élysée affirme qu’une taxation internationale est techniquement facile à mettre sur pied et, surtout, qu’elle apporte des revenus stables et pérennes, contrairement à l’augmentation de l’aide publique au développement (APD), défendue dans un récent rapport commandé par l’Onu.
Pour l’entourage de M. Chirac, « il y a une brèche qui est en train de s’ouvrir », dont il faut profiter en 2005 dans la perspective du G8 sous présidence britannique, qui sera largement consacré au développement, et du sommet de l’Onu en septembre à New York.
La France estime que, lors de ces deux rendez-vous, les pays riches doivent prendre « des décisions fortes sur le financement du développement », alors que l’écart entre pays riches et pauvres ne cesse de s’aggraver, étant passé de 1 à 30 en 1960 à 1 à 80 aujourd’hui, selon l’Élysée.
« L’effort de pédagogie », affirme-t-on dans l’entourage de M. Chirac, doit être fait non seulement en direction des États mais aussi des décideurs économiques, pour les convaincre qu’il est dans leur intérêt de répartir plus équitablement la richesse mondiale qui s’accroît de 1 500 milliards de dollars par an.
C’est la raison de ce premier déplacement du président de la République à Davos, d’autant que ce forum, qui a longtemps incarné la mondialisation libérale, s’est ouvert à des préoccupations plus sociales et politiques, fait-on valoir à l’Élysée. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, qui défend lui aussi l’idée d’une taxe internationale, sera ainsi pour la deuxième fois présent à Davos.
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