Le chef-d’œuvre de Miguel de Cervantès, pierre angulaire de la littérature hispanique, est considéré comme le premier roman moderne en ce qu’il brise les frontières traditionnelles de son genre pour faire place simultanément à presque toutes les catégories littéraires.
Cervantès est parvenu avec cette œuvre, publiée il y a tout juste 400 ans, à «dépasser les limites du roman de chevalerie pour offrir une œuvre “all embracing” (qui accueille tout), dans laquelle on parle surtout de littérature et de livres et où les personnages se construisent eux-mêmes au fur et à mesure », affirme l’éditeur et historien espagnol Gonzalo Ponton.
Pour la professeur de littérature Yenni Oviedo, l’œuvre «creuse la complexité des personnages; lesquels ne sont pas plats comme dans les autres œuvres de l’époque.»
«Les personnages évoluent, Quichotte devient de plus en plus réaliste et Sancho évolue en sens inverse», explique-t-elle encore, et cette «complexité est déjà une caractéristique moderne de la littérature».
Lorsque naît le Quichotte, à cheval entre les XVIe et XVIIe siècles, les règles artistiques de la Renaissance continuent de primer, notamment des principes d’uniformité stylistique et sociologique avec lesquels Cervantès va rompre radicalement.
Son œuvre fait se côtoyer des personnages de toutes extractions, offrant ainsi une vision complète de la société, et surtout leur fait manier alternativement tous les types de langage, indifféremment de celui duquel ils seraient censés être prisonniers de par leur rang de naissance.
«Ce qui change par rapport aux romans précédents, c’est qu’un même personnage n’utilise pas toujours le même registre linguistique», explique Oviedo. Ainsi, «Sancho Pança cite parfois des proverbes et utilise un parler vulgaire, mais il passe aussi, lorsqu’il aborde d’autres thèmes et entre dans l’idéalisme de Don Quichotte, à un langage beaucoup plus rhétorique.»
Le chef-d’œuvre de Cervantès a été pour son époque une innovation, impossible à classer dans aucun des genres connus, qu’il mélange pratiquement tous, après les avoir développés séparément dans ses œuvres conventionnelles précédentes.
Présentée par Cervantès en préface comme une parodie des romans de chevalerie à la mode au Moyen-Âge et lue par ses contemporains comme un roman burlesque, son œuvre va bien au-delà, se déploie en digressions pratiquement indépendantes, fait des détours par le roman pastoral ou mauresque ou encore le genre dramatique.
«Je conseille aux lecteurs de ne pas prendre au pied de la lettre tout ce que dit Cervantès dans ses préfaces», avertit le président de la Commision sur le IVe centenaire du Quichotte, José Manuel Blecua.
Malgré l’intention initiale, avec l’avènement du romantisme au XIXe siècle, Don Quichotte cesse d’être un personnage comique pour devenir, selon la lecture qui perdure à ce jour, l’incarnation de l’homme qui lutte contre l’univers entier pour faire triompher la dimension spirituelle de l’humain.
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Cervantès est parvenu avec cette œuvre, publiée il y a tout juste 400 ans, à «dépasser les limites du roman de chevalerie pour offrir une œuvre “all embracing” (qui accueille tout), dans laquelle on parle surtout de littérature et de livres et où les personnages se construisent eux-mêmes au fur et à mesure », affirme l’éditeur et historien espagnol Gonzalo Ponton.
Pour la professeur de littérature Yenni Oviedo, l’œuvre «creuse la complexité des personnages; lesquels ne sont pas plats comme dans les autres œuvres de...