Supposez que le Liban existe. Supposez qu’un pays n’a de force que par ses citoyens et leur sens civique. Supposez que nous sommes tous des citoyens conscients de l’être. On en déduit donc que si le Liban existe, c’est qu’on est tous de bons citoyens.
Supposons donc que tout cela est vrai. Il reste à savoir, comme pour l’œuf et la poule, qui a précédé l’autre : est-ce le fait d’appartenir à un État qui donne un sens civique à ses habitants ou est-ce la conscience civique qui crée l’État véritablement ? Est-ce le sol qui crée le civisme ou est-ce le civisme qui donne un sens à celui-ci ?
Le dictionnaire tente de définir les choses pour nous, même quand elle ont tendance à rester floues. Le Quillet, vieux dictionnaire d’époque, dit avec minimalisme, à propos du civisme : « Sentiments d’un bon citoyen. Zèle pour les intérêts de sa patrie ».
Il faudrait donc d’abord être citoyen pour ensuite devenir le « bon citoyen » que revendique le civisme. Jusque-là, tout va bien. Nous sommes d’accord sur le fait qu’étant libanais, nous bénéficions d’une citoyenneté potentielle du fait d’appartenir à un même territoire géographique. Jouir tout d’abord du statut de citoyen, c’est appartenir à une cité inscrite sur un territoire et y jouir de droits politiques.
C’est donc bien vrai que la citoyenneté est parente avec la politique et le droit, mais justement, si l’on parle de citoyenneté, c’est que le sens civique qu’elle implique est autre chose que la conscience politique. Le sens civique ou le civisme tel qu’il est décrit plus haut fait intervenir des « sentiments », du « zèle » plus particulièrement, c’est-à-dire un état d’âme intérieur à nous, une action émanant de notre intériorité et non pas le climat externe quel qu’il soit.
Par conséquent, pour devenir un vrai citoyen, il ne faut pas rester un citoyen potentiel ; il faut actualiser cette potentialité. Ce que semble réellement dire la définition du dictionnaire, c’est qu’un vrai citoyen est un bon citoyen. La question qui se pose serait alors : peut-on véritablement attribuer le statut de citoyenneté à un mauvais citoyen ? Reformulons : y a t-il une citoyenneté véritable en dehors d’une bonne citoyenneté ? Rappelons-le : un bon citoyen est bon de par lui-même, de par ses sentiments et de par ses actions, bref de son plein gré et non dépendant des conditions climatiques.
Ainsi, si l’on peut se plaindre d’un quelconque système ou d’une quelconque configuration politique, qui constitue l’état de fait contraignant et extérieur à nous, on ne peut blâmer le système, politique ou autre, de nous empêcher d’avoir un sens civique. Autrement dit, le sens civique pourrait et devrait être une affaire privée.
Pourquoi alors ne pas libéraliser le marché du sens civique ? Si nous baignons dans une économie libérale sur laquelle s’est bâtie une réputation de gloire et de notoriété libanaise, pourquoi ne pas ouvrir la voie à un nouveau type de libéralisme, « le libéralisme civique », qui reposerait sur les initiatives individuelles et les décisions privées ? Et en vue de cela, il faudrait écouter ce que dit la publicité de Nike : « Just Do It ».
Do what ? Zapper tous les habitudes et blocages qui empêchent d’avoir une initiative propre à soi.
Pour libéraliser le civisme, il faudrait d’abord dépoussiérer ce qu’on a reçu. Un bon citoyen serait donc quelque part conscient du pouvoir et de la force de son individualité, comme le bon commerçant est conscient qu’il offre quelque chose d’unique.
Avoir une initiative, c’est n’imiter que soi-même. N’imiter que soi-même, c’est donner une chance à l’initiative privée que chacun possède. Si donc chacun œuvre pour le sens civique, pour l’action civique quotidienne, il sera possible de voir, comme dans le cas des marchés économiques, comment plusieurs initiatives individuelles peuvent modifier l’équilibre statique et général supposé immuable par certains.
Alia HAMDANE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats