Tous ceux qui ont connu Annette Éleftériadés garderont le souvenir de la grande dame patricienne de la plus pure tradition byzantine. Certains n’oublieront jamais la parfaite maîtresse de maison de l’église Notre-Dame de l’Annonciation d’Achrafieh. Attentive au moindre détail, et surtout à chacun, elle se dépensait sans compter et gérait la paroisse avec autorité certes mais qui était à la mesure de l’incommensurable générosité que le ciel lui avait accordé.
Dire tout le bien qu’Annette Éleftériadés a fait autour d’elle serait trahir l’humilité et la discrétion de sa mémoire. Aujourd’hui, la dépouille de cette très grande patricienne repose, non dans un caveau de marbre et d’onyx mais, conformément à sa volonté, dans la fosse commune du cimetière Saint-Dimitri parmi les vieux, les pauvres et les anonymes qui étaient reçus comme des rois à sa table. Telle fut la dernière volonté de cette fille d’Antioche de Syrie, héritière des traditions de la plus ancienne assemblée chrétienne de l’histoire.
Annette Khouri, veuve d’Eleuthère Éleftériadés, é3tait tout simplement une chrétienne fidèle et orthodoxe dans la tradition universaliste d’Antioche sur l’Oronte. Elle fut un pilier du renouveau spirituel au sein du patriarcat d’Antioche comme membre éminent du Mouvement de la jeunesse orthodoxe. Ceux qui l’ont connue se souviennent, entre autres, des efforts déployés par le couple Éleftériadés, dès les années 40, en faveur du dialogue œcuménique et de l’amélioration des relations entre les sièges de Rome et de Constantinople en vue de l’unité des chrétiens. Eleuthère et Annette Éleftériadés étaient officiellement présents aux rencontres historiques entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras Ier, en leur qualité d’archontes du trône œcuménique.
Chère Annette,
À vous il convient de dire : Madame.
Entrez donc, Madame, derrière les iconostases. Aujourd’hui votre féminité n’est plus un obstacle.
Entrez, Madame, par les portes royales. Aujourd’hui vous abandonnez la carcasse de chair pour vous revêtir de la parure nuptiale des élus.
Entrez, Madame, dans les salons des palais la Trinité, la foule innombrable de vos amis vous y attend avec le sourire.
Entrez, Madame, voici que s’avancent vers vous leurs saintetés Athénagoras Ier et Paul VI.
Madame, votre ami André Scrima vous fait signe. Quant à votre père spirituel Lev Gillet, cette figure légendaire de moine de l’Église d’Orient, il est là avec son sourire ineffable ainsi que le père Maurice Villain. Mais voici Dom Lambert Beaudouin le champion de l’œcuménisme. Voilà également le cardinal Yves Congar en compagnie de Mgr Constantinidès qui viennent vous rendre hommage. Voici tous ceux que vous avez reçus, tous ceux que vous avez honorés, ceux que vous avez aidés, que vous avez comblés et nourris, que vous avez éduqués, que vous avez consolés.
Bienheureuse êtes-vous, Madame, car malgré votre richesse et votre opulence, vous étiez pauvre en esprit.
Bienheureuse êtes-vous, Madame, vous fûtes un artisan de paix et une assoiffée de justice.
Bienheureuse êtes-vous, Madame, pour toutes vos faiblesses humaines dont il ne sera pas tenu compte.
Bienheureuse êtes-vous, Madame, d’avoir été, dès la première heure, une ouvrière de miséricorde.
Bienheureuse êtes-vous, Madame, dont les flancs n’ont pas porté d’enfants mais dont le cœur était assez vaste pour contenir Dieu lui-même.
Merci, Madame, pour tout ce que vous avez fait.
Pr Antoine COURBAN
Au nom du Cénacle de l’Annonciation
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Dire tout le bien qu’Annette Éleftériadés a fait autour d’elle serait trahir l’humilité et la discrétion de sa mémoire. Aujourd’hui, la dépouille de cette très grande patricienne repose, non dans un caveau de marbre et d’onyx mais, conformément à sa volonté, dans la fosse commune du cimetière Saint-Dimitri parmi les vieux, les pauvres...