Il est de ces personnes qui veulent imposer leurs idées et leurs croyances politiques. Leur foi est sans aucun doute digne de tout respect. En effet, on ne trouve plus que très rarement des gens entraînés par un tel enthousiasme pour servir « la bonne cause » que, nous semble-t-il, tous leurs intérêts ne soient mis de côté. Malheureusement, cet entrain est souvent aveugle et cette énergie positive dont ils font preuve n’est que tromperie.
Il est vrai qu’avec tous les échos qui nous arrivent à travers les médias, aucun diplôme universitaire n’est requis pour se rendre compte de cette réalité; pour comprendre qu’à travers discours et prise de position, des jeunes suivent comme des automates des orateurs quelconques sans se demander si leur attentes correspondent vraiment à celles du parti auquel ils adhèrent. En termes vulgaires, on parlerait volontiers de « lavage de cerveau ». D’autres encore, oubliant les valeurs prônées par un autre parti, s’y réfugient pour trouver l’excuse convenable afin de libérer leur haine ou leur colère.
Il est toujours plus palpable de ressentir à quel point la patrie n’est plus à la hiérarchie des priorités (contrairement à ce que l’on affirme encore) quand on assiste à la confrontation de deux militants d’un même parti. J’ai récemment suivi la conversation entre un ancien militant d’un parti politique – un déserteur découragé – et une nouvelle recrue du même parti. Le déserteur, un homme d’environ cinquante ans, parlait de son dégoût vis-à-vis de ce qui est advenu du parti. Nostalgique du temps passé où, défiant défaites et échecs, il refusait de baisser les bras et continuait à se battre malgré faim et froid, il a ouvertement accusé son ancien parti d’avoir perdu le sens de son existence. Contrairement au jeune qui croit encore pouvoir ressusciter un Liban sous les décombres (si ce n’est pas au niveau de l’infrastructure, c’est l’image du Liban au fond de plusieurs d’entre nous) il pense que le parti en question n’est qu’un moyen de masquer des opérations dont le but sous-jacent ne concerne pas les intérêts de ce qui reste du pays.
J’ignore jusqu’à quel point cet ancien militant a raison. Au fond, chacun est libre d’avoir son opinion. Ce qui est malheureux, pourtant, c’est de savoir que des gens continuent à vivre avec un cœur lourd de trop d’impuissance face au « tyran légitime ». C’est de savoir que ces personnes riches de trop d’expériences, regardent avec un œil mélancolique les jeunes qui s’animent et s’acharnent pour réformer. Il n’est pas superflu d’ajouter qu’on se sent ridicule à les entendre dire : « Nous aussi, dans le passé, nous étions comme vous. On s’est sacrifié croyant en une révolution qui entraînerait un islah ; et voyez où nous en sommes. »
C’est alors qu’on tente de se projeter dans le futur, craignant admettre que tout ce zèle serait substitué un jour par une indifférence, ou pis encore une passivité. Si aujourd’hui des jeunes ont assez de volonté pour faire le choix de s’enraciner au Liban, beaucoup d’autres préfèrent déjà faire leur valise car, pensent-ils, c’est une erreur de vouloir vivre là où il n’y a plus aucun respect de la dignité humaine. Ils étouffent de savoir que des milliers de patriotes sont conscients que des fraudes innombrables sont effectuées quotidiennement dans de hauts rangs et que, malgré tout, ils doivent se résoudre à se taire parce que, de toute façon, ils n’ont pas le choix...
Non. Il est clair que penser de cette façon serait oublier que c’est grâce à l’endurance de Libanais, des vrais, que le Liban occupe toujours la même superficie sur les cartes. Et puis, faire preuve de persévérance, encore, représente une sorte d’ultimatum, un cri de victoire prochaine, un appel à la souveraineté et à la paix.
Jamale RIZKALLAH
Élève de terminale
au Collège Notre-Dame de Jamhour
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Il est vrai qu’avec tous les échos qui nous arrivent à travers les médias, aucun diplôme universitaire n’est requis pour se rendre compte de cette réalité; pour comprendre qu’à travers discours et prise de position, des jeunes suivent comme des automates des orateurs quelconques sans se demander si leur attentes correspondent vraiment à celles du parti auquel ils adhèrent....