Incontournable en Grande-Bretagne au menu de tout «lunch» qui se respecte, le sandwich, une invention anglaise du XVIIIe siècle, règne toujours en maître auprès des écoliers et hommes d’affaires pressés, même s’il est aujourd’hui soumis à la concurrence de produits plus exotiques. Représentant 30000 salariés, pour un chiffre d’affaires annuel de 3,25 milliards de livres (4,7 mds EUR) en 2003, en progression de 6% par an, l’industrie britannique du sandwich bénéficie d’un marché intérieur florissant avec 2,4 milliards de ces repas sous cellophane vendus chaque année.
Lancé par la fermeture de nombreuses cantines d’entreprises ou scolaires dans les années 80, le sandwich a été dopé dans les années 90 par l’arrivée en masse de chaînes de restauration rapide comme Prêt à manger, Starbucks, Coffee Republic ou encore Caffè Nero. Inventé en 1762 par John Montague, quatrième duc de Sandwich, qui ordonna qu’on lui amène du pain, du fromage et de la viande à sa table de jeux afin de ne pas gâcher une main heureuse au poker, le traditionnel sandwich est cependant soumis aujourd’hui à une rude concurrence étrangère.
«C’est un jour triste pour le sandwich», regrettait la semaine dernière James Cornish, responsable des achats au sein de la division sandwiches de Tesco, numéro un des supermarchés en Grande-Bretagne, en annonçant que le grand classique «club œuf-salade» avait été détrôné en tête des ventes par «un envahisseur étranger», la tortilla au poulet. Premier vendeur de sandwiches en Grande-Bretagne, avec 2,2 millions d’unités par semaine au départ de ses rayons produits frais, Tesco a dû petit à petit s’adapter aux goûts de plus en plus exotiques des Britanniques. «Il y a trois ans, nous n’avions que trois sortes de tortillas dans notre gamme; maintenant nous en avons 16 et allons encore élargir notre offre», expliquait M. Cornish, soulignant que ce nouveau type d’en-cas représente désormais 18% du marché du sandwich.
Un marché qui présente encore une grande marge de progression. Selon les chiffres de la British Sandwich Association (BSA), seuls 20% des sandwiches consommés par les Britanniques sont achetés dans le commerce. Bref, près de 10 milliards de ces triangles de pain de mie fourrés de jambon, cheddar ou autre sauce à la canneberge sont encore faits maison.
Hégémonique en Angleterre, le sandwich est parti à la conquête d’autres horizons et s’impose. «La sacro-sainte pause-déjeuner de 12h00 à 14h00 est finie», explique Martine Foullois, une Française travaillant à Paris pour Food From Britain, un organisme chargé de populariser les produits alimentaires britanniques à l’étranger.
Désormais estimé à 38 minutes, le temps moyen passé par les salariés français pour déjeuner a de fait diminué de plus de moitié depuis les années 70, offrant un nouveau créneau au sandwich britannique. «Les 35 heures ont provoqué un véritable changement de style de vie» en France, assure Jim Winship, de la BSA, dans un entretien avec l’AFP. «Les gens ne peuvent plus s’asseoir au restaurant pendant des heures l’après-midi.»
Résultat: le classique sandwich-club « made in Britain », surfant sur un engouement initié par la chaîne Marks and Spencer avant son départ de l’Hexagone, concurrence de plus en plus le traditionnel sandwich-baguette et représente déjà 25% du marché français, estimé à 1,1 milliard d’unités par la BSA.
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