Les gouvernements de la zone euro affichent leurs divergences face à la flambée de leur monnaie, qui pèse sur les exportations mais a aussi l’avantage de réduire la facture pétrolière, une cacophonie qui risque d’alimenter encore la hausse du taux de change.
Alors que le ministre français des Finances Hervé Gaymard avait averti jeudi que la chute du dollar pouvait devenir « catastrophique sur le plan mondial », son homologue néerlandais, Gerrit Zalm, dont le pays préside l’UE, s’est au contraire montré rassurant vendredi. « Si on se souvient qu’à son lancement l’euro valait environ 1,20 dollar, l’appréciation de la devise européenne se limite à 10 %. L’euro évolue donc dans des marges encore acceptables », a déclaré M. Zalm au quotidien La Croix.
De quoi réduire à néant les efforts des Européens pour parler d’une seule voix face à l’envolée de leur monnaie. Et encourager les cambistes à continuer à vendre du dollar. Après avoir franchi la veille le seuil de 1,35 dollar, le billet vert poursuivait d’ailleurs vendredi sa marche en avant en direction de 1,36 dollar.
Au début du mois, les ministres des Finances de la zone euro et la Banque centrale européenne avaient pourtant publié un communiqué commun d’une vigueur inédite, s’inquiétant de la hausse de l’euro, appelant les États-Unis à réduire leurs déficits et prévenant qu’ils « surveilleraient la situation de près ». Mais cette harmonie de façade cache une impuissance réelle pour stopper la dépréciation du billet vert, encouragée in petto par le gouvernement américain, ainsi que des divergences d’appréciation en Europe sur son impact économique. La BCE continue ainsi à faire la sourde oreille face à la France et l’Allemagne, qui tirent régulièrement la sonnette d’alarme et lui lancent des appels du pied en faveur d’une intervention sur le marché des changes.
Malgré l’euro fort, le chef économiste de l’institut monétaire, l’Allemand Otmar Issing, se dit optimiste pour la croissance en zone euro et confirme ses prévisions publiées début décembre.
« Nous pronostiquons une croissance comprise entre 1,4 % et 2,4 % (1,9 % en moyenne) l’an prochain et pensons que l’inflation reviendra progressivement à un niveau conforme à la stabilité des prix », dit-il dans une interview à paraître samedi dans l’hebdomadaire allemand Welt am Sonntag. La Banque centrale a d’ores et déjà exclu de baisser davantage ses taux d’intérêt, ce qui pourtant rendrait les placements en zone euro moins attractifs et aiderait en principe à réduire la pression sur le marché des changes. Nombre de ses dirigeants, rejoints en cela par les gouvernements les plus orthodoxes, semblent en fait se satisfaire de l’impact désinflationniste de la hausse de l’euro, qui contrebalance l’effet du pétrole cher. Et ce alors que l’inflation en zone euro va encore dépasser en 2004 pour la cinquième année consécutive la limite de 2 % qu’elle s’est fixée.
La BCE ne paraît pas non plus prête à prendre le risque d’une intervention isolée sur le marché des changes, d’autant qu’elle semble de plus en plus considérer la baisse du billet vert comme inéluctable.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats