Ce n’est pas un métier, encore moins une vocation, mais plutôt un choix de vie et surtout le choix d’un homme, l’homme de leur vie, avec qui, pour le meilleur, et parfois le moins facile, elles ont été jusqu’au bout du monde. Auprès de ces hommes, diplomates de carrière, se tiennent, discrètes mais présentes, des femmes que l’on découvre à toutes les occasions officielles et celle, un peu moins formelle, comme cette rencontre autour de quelques mots. Aujourd’hui, Lucia Mistretta, épouse de l’ambassadeur d’Italie.
Lucia Mistretta,
une femme d’expérience
C’est au retour d’un séjour en Argentine que Lucia Mistretta a bien voulu nous recevoir chez elle, dans sa magnifique résidence avec terrasse ouverte sur la baie de Beyrouth, entourée de collections diverses, cannes, cristallerie, et sucriers et poivriers que le couple emporte avec lui, à chaque nouvelle destination. Amicale même si distante, parfait mélange de cette Italie qui coule dans ses veines, de ce rôle qui lui impose des réserves, et un caractère modelé par l’expérience, elle nous propose, quoi de plus naturel, un espresso à l’accent romain. Elle semble surtout comblée, heureuse d’avoir retrouvé, un rituel renouvelé régulièrement, ses amis d’enfance abandonnés dans ce pays d’adoption où elle a passé une bonne partie de sa jeunesse. Cette Argentine magique et ensorcelante où elle a laissé, rangée dans un coin de sa mémoire intime et de son cœur, une partie d’elle-même. « Je me sens à moitié argentine», avoue-t-elle avec ce bel accent italien. Née à Varèse, « une ville située dans le nord, près de la Suisse », elle a passé vingt ans à Buenos Aires. Fille unique de parents installés dans la cité du tango, elle y accomplira ses études scolaires et universitaires. « J’ai fait mes études d’économie en Argentine et j’ai obtenu l’équivalence en Italie. » C’est dans cette Italie retrouvée, jamais vraiment quittée, que la jeune femme qu’elle est devenue rencontre à Turin Franco, étudiant en histoire. « On s’est connu en parlant le français ! – Le collège d’Europe donnait ses cours dans la langue de Molière – » Franco et Lucia se marient un peu plus tard, en 1970. Il faudra attendre quelques années avant que ne démarre à Londres la carrière diplomatique de son époux, où il sera nommé deuxième secrétaire de l’ambassade. « Nous avons pris ensemble ce choix de vie ; c’est une vie qui me plaît, elle me permet de rencontrer des personnes différentes et généralement des personnalités au plus haut niveau du pays. Qu’elles appartiennent au monde politique – je suis très intéressée par la politique – que culturel. »
Un tour du monde heureux
« Nous avons eu beaucoup de chance, tous les postes qui nous ont été confiés étaient très beaux, les pays faciles. Le Liban, poste que nous avons demandé, et le premier où mon époux est ambassadeur, est le seul pays où nous ne parlons pas la langue ! Nous suivons, tous les deux, des cours d’arabe, sans aucun succès ! Je comprends quelques mots, mais pas des phrases. » Londres, Buenos Aires, Washington, Barcelone et New York, « j’ai aimé chaque ville pour une raison précise. Buenos Aires, c’était comme revenir chez moi; Washington, ville pleine d’espaces verts était idéale pour nos deux enfants, Anna Paola et Eduardo, alors très jeunes, c’est également une ville qui ne parle que de politique et j’aime ça ! New York est très vivante, nous y avons rencontré des gens extraordinaires; Barcelone est belle. » Et puis Rome, arrêt de cœur, où Lucia Mistretta retrouve à chaque retour son poste de conseiller parlementaire. « Je travaille, même si ça ne se voit pas ! » dit-elle presque fièrement. Beyrouth, enfin, le Liban, où le couple est en mission depuis juillet 2002. « Les choses ont été faciles, car nous avons une mentalité similaire, et puis nous avons la chance d’être arrivés à un moment où le corps diplomatique est très sympathique ! » La vie de madame est ponctuée de leçons d’arabe, de cours d’histoire du Liban, de bridge, « là aussi je ne me suis pas beaucoup améliorée, faute de temps », et de tennis. Elle se charge aussi, avec diplomatie et élégance, de « faciliter la tâche de mon mari, de rendre ma maison plus accueillante et d’y réunir des personnalités libanaises et des Italiens de passage dans le pays», autour de plats italiens concoctés par un chef libanais « qui a longtemps travaillé dans un restaurant italien et qui a beaucoup appris de moi… » Elle tient aussi compagnie à sa mère, âgée de 94 ans, qui réside à présent avec elle au Liban. Féministe déclarée, elle avoue tout de même avoir déconseillé à sa fille de choisir une carrière dans la diplomatie, « c’est difficile pour une femme d’avoir une vie affective normale dans ces conditions ». Le reste de son temps, elle l’offre à des épouses d’Italiens, aujourd’hui veuves ou seules, des personnes âgées dans le besoin.
« Je suis sociable, j’aime être avec les gens, dit-elle enfin, sortant un peu plus de sa réserve. J’ai passé trop d’années dans ce métier, j’ai même appris à faire parler les pierres… » La nostalgie s’estompe-t-elle avec le temps et après tant de départs, de débuts et de fins ? « On dit que l’on va se revoir, mais on ne se revoit jamais vraiment. On sait que ce ne sera plus jamais comme avant, non ? Mais on s’habitue », conclut-elle avec un sourire presque maternel.
Carla HENOUD
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Lucia Mistretta,
une femme d’expérience
C’est au retour d’un séjour en Argentine que Lucia Mistretta a bien voulu nous recevoir chez elle, dans sa magnifique résidence avec terrasse ouverte sur la baie de Beyrouth, entourée de collections diverses, cannes, cristallerie, et sucriers et...