Après Le Figaro, Libération, et peut-être Le Monde, rares sont désormais les grands quotidiens nationaux français qui ne sont pas sous la coupe, ou au moins convoités, par de grands financiers soucieux de profits et de rentabilité.
Dans une pleine page du journal qu’il dirige, Serge July a longuement détaillé hier les avantages de l’offre que venait de lui faire Édouard de Rothschild, fils du banquier Guy, pour prendre 37 % du capital de Libération, devenant ainsi premier actionnaire du quotidien. « C’est une chance pour l’ensemble des équipes de Libération et pour nos publications », écrit l’ancien gauchiste de mai 1968. Début mars, l’avionneur Serge Dassault s’adjugeait 82 % du capital de la Socpresse (70 titres, dont Le Figaro, L’Express et Le Progrès), avant de monter à 87% à la mi-octobre.
Pour sa part, la holding constituée autour du quotidien Le Monde ne cache plus son besoin d’argent frais et discute, selon des sources concordantes, avec le groupe Lagardère.
Aggravée par un été médiocre pour les ventes, la rentrée des quotidiens nationaux français s’était révélée difficile. Libération, note Serge July, cherche « depuis deux ans, 20 millions d’euros destinés à financer le développement du journal ». La diffusion du Figaro est en baisse et sa direction, dans des comptes rendus internes, fait « un tableau très sombre » de l’état de santé du journal, « tant pour les ventes au numéro que pour la publicité ». Le Monde, qui a besoin de 50 millions d’euros (pour un chiffre d’affaires de 630 millions d’euros ), s’est engagé dans un programme de restructuration qui prévoit le départ d’une centaine de personnes et vient d’annoncer la suppression de son supplément culturel, « Aden ». Dans tous les cas, l’indépendance des rédactions, proclamée aussi bien par ceux qui vendent que ceux qui achètent, reste le maître mot. À Libération et au Monde, l’organisation interne des journaux garantit, en principe, le contrôle absolu de la rédaction sur le contenu du journal.
Selon Serge July, Édouard de Rothschild « a accepté de limiter, quoi qu’il advienne, ses droits de vote à 40 % ». Il rappelle que « la société des personnels dispose d’un droit de veto en ce qui concerne le président et le directeur général et que la société des rédacteurs possède le même droit en ce qui concerne la nomination du directeur de la rédaction ».
Mais les financiers concernés ne cachent pas leur volonté de rentabiliser leurs investissements.
Pour Édouard de Rothschild, il s’agit de « construire » un groupe de presse « indépendant et cohérent », dont Libération serait le moteur. Il veut relancer la diffusion, construire des alliances avec d’autres supports nationaux pour optimiser les coûts en amont, créer des suppléments périodiques, des services complémentaires, des biens culturels.
Serge Dassault est encore plus clair. « Il faut que les journaux soient plus rentables et perdent moins d’argent », souligne-t-il, dénonçant une presse française « vieillotte », qui n’est « plus adaptée aux besoins des lecteurs ». Au sein du groupe Lagardère, qui dispose d’un important pôle médias, on estime que « la presse nationale n’est pas un pôle de développement » pour le groupe et que « si on faisait quelque chose de nouveau avec la presse quotidienne, cela ne pourraît être que marginal ». Mais, au Monde, on souligne que Lagardère est déjà actionnaire à 10 % du quotidien régional Midi Libre, contrôlé aux deux tiers par le groupe Le Monde, ainsi que de l’imprimerie du groupe et du Monde interactif.
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Dans une pleine page du journal qu’il dirige, Serge July a longuement détaillé hier les avantages de l’offre que venait de lui faire Édouard de Rothschild, fils du banquier Guy, pour prendre 37 % du capital de Libération, devenant ainsi premier actionnaire du quotidien. « C’est une chance pour l’ensemble des équipes de Libération et pour nos publications », écrit l’ancien gauchiste de mai 1968. Début mars, l’avionneur Serge Dassault s’adjugeait 82 % du capital de la Socpresse (70 titres, dont Le Figaro, L’Express et Le Progrès), avant de monter à 87% à la mi-octobre.
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