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Actualités - Opinion

Éclairage La crise divise aussi les églises ukrainiennes

La crise politique qui secoue l’Ukraine, élargissant la ligne de fracture entre l’est et l’ouest du pays, pourrait aussi accentuer les divisions entre les églises orthodoxes, ainsi qu’entre orthodoxes et grecs-catholiques qui ont pris vigoureusement position pour ou contre le régime en place. L’Église orthodoxe du patriarcat de Moscou, qui a juridiction sur la majorité des paroisses orthodoxes en Ukraine, s’est rangée, comme le Kremlin, du côté du Premier ministre prorusse Viktor Ianoukovitch, vainqueur contesté du scrutin présidentiel, même si elle prêche officiellement la neutralité. L’Église grecque-catholique, dite uniate, qui compte de nombreux fidèles dans l’ouest du pays, place-forte de l’opposition, et l’Église orthodoxe du patriarcat de Kiev, qui s’est séparée de celui de Moscou après l’indépendance de l’Ukraine en 1991, ont pris de leur côté position en faveur des contestataires de l’élection présidentielle, dont le deuxième tour a eu lieu le 21 novembre, jugée entachée de fraudes. Le matin, de la tribune installée sur la place de l’Indépendance à Kiev, des prêtres grecs-catholiques, puis orthodoxes du patriarcat de Kiev viennent réciter une prière devant les dizaines de milliers de partisans de l’opposition qui manifestent nuit et jour. « Notre Église est avec le peuple qui réclame dans la rue justice et vérité. C’est une lutte entre le Bien et le Mal, la démocratie et l’autoritarisme, le peuple et les “oligarques” », a déclaré à l’AFP le patriarche Filaret, chef de l’Église orthodoxe de Kiev. « Nous ne soutenons pas un candidat en particulier, mais le peuple dont les suffrages ont été falsifiés (...) Et nous condamnons fermement les ingérences dans la campagne électorale du patriarcat de Moscou, qui a pris ouvertement position en faveur de M. Ianoukovitch », a dit le patriarche Filaret. Le cardinal Lioubomir Houzar, dont l’Église uniate, affiliée au Vatican, entretient des relations tendues avec le patriarcat de Moscou, déclare pour sa part à l’envi que « la voix du peuple, c’est la voix de Dieu, et il faut la respecter ». Le patriarcat de Moscou accuse l’Église grecque-catholique, qui a fait l’objet d’une dure répression à l’époque soviétique, d’avoir repris, parfois par la force à la fin des années 1980 et au début des années 1990, des églises qui lui avaient été confisquées et cédées aux orthodoxes. Le Premier ministre Viktor Ianoukovitch, qui aime à se présenter comme un croyant orthodoxe, était toujours ou presque accompagné d’un prêtre du patriarcat de Moscou lors de ses déplacements électoraux. Les églises orthodoxes des régions russophones du pays ont organisé des prières en soutien de sa candidature et des popes n’ont pas hésité à prendre la parole à la télévision pour accuser les « nationalistes » de l’opposition de vouloir « chasser » le patriarcat de Moscou des terres ukrainiennes. « Nous craignons certains personnages de l’entourage de M. Iouchtchenko qui sont reconnus pour leur nationalisme et favoriseront le patriarcat de Kiev ou les grecs-catholiques si M. Iouchtchenko prend le pouvoir. Ils pourraient aussi s’en prendre à notre Église », a déclaré à l’AFP l’archimandrite Nikon, de l’Église du patriarcat de Moscou. « Il est sûr que cette crise n’aidera pas au rapprochement de nos Églises », a-t-il ajouté. Le patriarche Filaret et le cardinal Houzar ont par ailleurs publié cette semaine une lettre ouverte très directe au président sortant Leonid Koutchma, lui demandant de punir les responsables des fraudes électorales. « Si le président, comme garant de la Constitution, ne remplit pas sa tâche, alors le peuple en devient le garant et descend dans la rue pour réclamer justice », indiquait en outre la lettre également signée par le représentant du Vatican en Ukraine et par celui des Églises évangélique et baptiste. Sylvie BRIAND
La crise politique qui secoue l’Ukraine, élargissant la ligne de fracture entre l’est et l’ouest du pays, pourrait aussi accentuer les divisions entre les églises orthodoxes, ainsi qu’entre orthodoxes et grecs-catholiques qui ont pris vigoureusement position pour ou contre le régime en place. L’Église orthodoxe du patriarcat de Moscou, qui a juridiction sur la majorité des paroisses orthodoxes en Ukraine, s’est rangée, comme le Kremlin, du côté du Premier ministre prorusse Viktor Ianoukovitch, vainqueur contesté du scrutin présidentiel, même si elle prêche officiellement la neutralité. L’Église grecque-catholique, dite uniate, qui compte de nombreux fidèles dans l’ouest du pays, place-forte de l’opposition, et l’Église orthodoxe du patriarcat de Kiev, qui s’est séparée de celui de Moscou après...